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Fantaisies baroques à deux claviers par Martin Gester et Aline Zylberajch

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Seilh (31) Orangerie du château de Rochemontès. 8-XI-2015. « Fantaisies concertantes pour orgue et clavecin ». Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto en ré majeur pour clavecin et orgue ; Domenico Scarlatti (1685-1725) : Quatre sonates en dialogue ; Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto en si mineur TWV 42 h : 1 des « Six concert et six suites pour flûte traversière, clavecin concertant ou violon et basse continue » ; Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) : Variations sur les Folies d’Espagne ; Allegro de la sonate en si mineur Wq 76 ; Wolfgang Amadeus Mozart : 1756-1791) : concerto en ré majeur K 107, 1 pour orgue avec accompagnement de clavecin.

Aline Zylberajch & Martin Gerster ©JJ. AderLa nouvelle saison des concerts à l’Orangerie de Rochemontès, organisée par Catherine Kauffmann-Saint-Martin s’ouvrait début novembre par une configuration surprenante, qui possède pour autant une plénitude et une esthétique sonore caractérisée.

Pourquoi un orgue positif et un clavecin, s’interrogeait en public  ? Pourquoi pas, répondait-il, sachant qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, les instrumentations n’étaient jamais gravées dans le marbre et les transcriptions étaient innombrables pour adapter les partitions aux configurations instrumentales dont on disposait. En couple à la scène comme à la ville, l’organiste et chef d’orchestre et la claveciniste, pianofortiste et continuiste participent à de nombreux ensembles de musique ancienne, mais ils aiment aussi à se retrouver dans des combinaisons insolites, qui leur confèrent une grande liberté d’interprétation. Et avec quels instruments, car le de six jeux et deux pédaliers, réalisé en 2010 n’a rien d’un petit orgue coffre propre à accompagner les ensembles vocaux et le superbe clavecin de 2014, d’après (1740) n’est pas en reste. Cette association domestique n’était sans doute pas courante, tandis que pianos, harmoniums, voire orgues se trouvaient plus dans les salons du XIXe siècle, qui diffusaient ainsi les thèmes musicaux entendus au concert.

Dans le Concerto grosso en ré majeur de Vivaldi, clavecin et orgue alternent entre mélodie et accompagnement, optimisant toutes les possibilités harmoniques. Comme souvent chez le « prêtre roux », la douce méditation du largo e spiccato intermédiaire contraste avec la vivacité des allegro initial et conclusif.

Avec quatre sonates de , jouées en répons, les claviéristes établissent un dialogue pétillant et subtil, pétri d’humour où l’orgue se permet parfois des sonorités de boîte à musique avec des flûtes toutes en finesse.

L’œuvre prolifique de Georg Phiipp Telemann semble inépuisable et ils ont extrait le Concerto en si mineur TWV 42 h des Six concerts et six suites pour flûte traversière, clavecin concertant ou violon et basse continue, qui s’adapte parfaitement aux claviers, avec un adagio initial en écho, précédant un rythme populaire de polonaise au 2e mouvement vivace.

C’est dans un esprit ludique qu’ils entonnent les Variations sur les Folies d’Espagne de Carl Philipp Emmanuel Bach, selon ce tube absolu qui ne cessa de se répandre en Europe tout au long de quatre siècles et encore aujourd’hui. Puis dans l’allegro de la Sonate en si mineur WQ 76 du même « Bach de Hambourg », les claviers échangent les humeurs des personnages (sanguin-placide), selon la partition.

Le concert s’achevait par une illustration absolue du principe de transcription avec le Concerto en ré majeur K 107 du tout jeune Mozart, lui même transcrit d’une sonate de son aîné Johan Christian Bach (dit le « Bach de Londres »), que Wolfgang avait rencontré lors de ses voyages de jeunesse. Cela sonne bien Mozart lorsque le clavecin assure la basse continue et l’orgue s’attribue la partie soliste. Et Martin Gester s’octroie la liberté d’ajouter des cadences, naturellement dans le style, aux premier et deuxième mouvements.

Un programme des plus originaux servi par la virtuosité incomparable des deux claviéristes, que le public aura largement apprécié. Ils l’en gratifieront d’une aimable Pastorale de (1740-1767), qui avait apporté le goût des musiques d’Europe centrale à Paris où il fut très à la mode.

Il y a toujours quelque chose de nouveau à Rochemontès !

Crédit photographique : et Martin Gester à l’Orangerie de Rochemontès © JJ. Ader

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