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L’hommage à Boulez du Ballet de l’Opéra de Paris

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Opéra Garnier. 5/XII/15. Ballet de l’Opéra national de Paris : Wheeldon/McGregor/Bausch. Polyphonia (Entrée au répertoire). Chorégraphie : Christopher Wheeldon (2001). Musique : György Ligeti, Pièces pour piano. Costumes : Holly Hynes. Lumières : Mark Stanley. Piano : Ryoko Hisayama, Michel Dietlin.
Alea Sands (Création). Chorégraphie : Wayne McGregor. Musique : Pierre Boulez, Anthèmes II, pour violon et électronique. Scénographie : Haroon Mirza. Lumières : Lucy Carter. Réalisation Informatique Musicale IRCAM : Andrew Gerzso, Gilbert Nouno. Violon : Hae-Sun Kang.
Le Sacre du printemps. Chorégraphie : Pina Bausch (1975). Musique : Igor Stravinsky. Direction musicale : Vello Pähn. Scénographie et costumes : Rolf Borzic. Avec l’Orchestre, les Etoiles, Premiers danseurs et danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.

Wheeldon - McGregor - Bausch (Saison 2015-2016)Ligeti, Boulez, Stravinsky, ou un trio de compositeurs iconoclastes du XXe siècle pour rendre hommage à un grand chef d’orchestre. Le Ballet de l’Opéra de Paris relève brillamment le gant pour les fêtes de fin d’année en se glissant dans ce triple programme éclectique.

La soirée commence sagement par Polyphonia, une pièce de 2001 chorégraphiée par pour le New York City Ballet. Le titre interroge, car il n’y a ici aucune polyphonie. Les pièces pour piano de Ligeti choisies pour le spectacle s’étalent sur une longue période de création et sont très diversifiées. Elles donnent naissance à des duos poétiques ou légers, minimalistes ou sophistiqués ou à des ensembles complexes et architecturés dans lesquels se surpassent les huit danseurs de cette distribution : Laura Hecquet, Juliette Hilaire, Lydie Vareilhes, Mélanie Hurel, Audric Bezard, Emmanuel Thibault, et Pierre-Arthur Raveau.

L’ensemble forme une riche palette sonore et rythmique qui convient à un ballet éclaté en séquences aux tonalités variées. La diversité des rythmes et des nuances conjuguées à une homogénéité technique et stylistique des interprètes forment les points forts de ce ballet classique contemporain, qui fait son entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris à l’occasion de cette soirée, et qui pourra rapidement rejoindre les « classiques », comme Etudes d’Harald Lander.

Wheeldon - McGregor - Bausch (Saison 2015-2016)La danse de Wayne McGregor, autre chorégraphe britannique, est beaucoup plus souple et féline que celle de son compatriote. Dans Alea Sands, une création pour le Ballet de l’Opéra national de Paris, elle épouse tous les méandres et les subtilités d’Anthèmes 2 de Boulez, la pièce pour violon et électronique interprétée avec virtuosité par Hae-Sun Kang. La musique, si riche qu’elle en devient narrative, propulse les danseurs dans une autre dimension. Leurs académiques signés Gareth Pugh ne sont pas seyants, mais qu’importe ! Ils surgissent tels des spectres sur un fond de scène semblables aux rideaux de fer des théâtres. La scénographie propose d’accompagner ces effets par des traces lumineuses qui font écho et amplifient la musique ou la danse. La confrontation est intéressante, mais peut-être trop fugace ou insuffisamment poussée. Les interprètes (Marie-Agnès Gillot, Laura Hecquet, Léonore Baulac, Jérémie Bélingard, , Audric Bezard, Vincent Chaillet), tous excellents, se saisissent du triple matériau sonore, visuel et lumineux pour le modeler et jouer avec leurs corps.

Dommage que le concepteur du projet ait jugé opportun d’y adjoindre un prologue électrique, d’une pauvreté musicale et scénographique désolante. La musique électronique contemporaine vaut mieux que cette alternance de sonneries et d’éclairs lumineux.

Wheeldon - McGregor - Bausch (Saison 2015-2016)Ces deux pièces paraissent néanmoins bien faibles au regard de la puissance symphonique et symbolique intacte du Sacre du Printemps chorégraphié en 1975 par . Confié à la compagnie en 1997, c’est désormais la troisième génération de danseurs parisiens à s’emparer du mythe. Alice Renavand, et rivalisent d’effroi, conduisant un groupe de biches aux abois, graciles et fortes à la fois. choisit l’élue. L’affrontement est intense, sans répit. Les corps se marquent de terre, les traits se figent d’épuisement et de frayeur. Aux saluts, semble bouleversée par l’expérience qu’elle a vécue en dansant ce chef d’oeuvre. Tout autant que nous !

Crédits photographiques : © Julien Benhamou / Opéra national de Paris

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