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Death in Venice, nouvelle production réussie à Nice

La Scène, Opéra, Opéras

Nice. Opéra de Nice. 22-I-2016. Benjamin Britten (1913-1976) : Death in Venice, opéra en deux actes sur un livret de Myfanwy Piper d’après la nouvelle de Thomas Mann.
Mise en scène : Hermann Schneider. Décors : Bernd Franke. Costumes : Irina Bartels. Chorégraphie :Ivan Alboresi. Lumières : Hervé Gary. Vidéo : Paulo Correia. Avec : Hans Schöpflin, Gustav von Aschenbach ; Davide Damiani, Voyageur / Vieux dandy / Vieux gondolier / Directeur de l’hôtel / Guide / Barbier / Chef des musiciens / Voix de Dionysos ; James Laing, Voix d’Apollon ; Karine Ohanyan, Mère allemande / Mendiante ; Frédéric Diquero, Verrier / Musicien ambulant ; Richard Rittelmann, Père allemand / Employé anglais, Luciano Montanaro, Serveur du bateau / Serveur du restaurant ; Eva Fiechter, Vendeuse de journaux / Musicienne ambulante ; Mickael Guedj, Père russe / Prêtre. Chœur de l’Opéra de Nice et Orchestre philharmonique de Nice, direction : Roland Böer.

death+in+veniceÀ Nice, , , et constituent un quatuor gagnant, tant sur le plan vocal qu’au niveau de la mise en scène, particulièrement réussie pour cette nouvelle production de Death in Venice.

Sans doute les inconditionnels du film de Visconti Mort à Venise ont-ils été surpris par cette mise en scène, qui, en réaffirmant sa fidélité à la nouvelle de Thomas Mann, s’éloigne considérablement de la vision développée par le cinéaste italien. Disons-le tout de suite, a réalisé ici un magnifique travail tout en finesse et en concision. Bien que l’opéra soit composé de dix-sept tableaux, le choix d’un décor unique sur un plateau qui s’ouvre et se referme au gré des deux actes ne nuit aucunement à la compréhension de l’œuvre : une vue de Venise par Canaletto au domicile de l’écrivain nous situe immédiatement les enjeux de la pièce, et sans que le décor ne change, on passe de l’appartement munichois à une chambre d’hôtel vénitienne. Cette sobriété est contrebalancée par des jeux de lumière soignés et une utilisation pertinente de la vidéo (films en noir et blanc de la Sérénissime) qui proposent ainsi un contrepoint intelligent et hautement symbolique, à l’instar de cette chandelle que l’écrivain allume et éteint sans cesse. Seul petit bémol : les scènes de groupes, qui donnent lieu à un défilé de costumes particulièrement réussis, sont un peu trop statiques, mais ce n’est qu’un détail mineur : la contemplation esthétique est bien réelle, d’autant plus que la question homosexuelle, qui hante Visconti, n’est pas ici le point focal de l’œuvre et cette conformité aux idéaux de Britten ne peut que nous réjouir.

Au niveau de la distribution, on soulignera pour commencer les interventions de qualité du chœur et des seconds rôles, auxquelles s’ajoute un trio vocal particulièrement homogène et convaincant. , familier du rôle, incarne avec beaucoup de finesse cet écrivain en quête de l’inspiration perdue, fasciné par le jeune Tadzio (mention spéciale au danseur ) : vocalement, on est loin des airs à applaudissements du XIXe siècle, la voix est souple, parfois à la limite du parlé, expressive mais sans vibrato excessif. Son principal interlocuteur, , a la difficile tâche d’enchaîner pas moins de huit rôles différents, toujours avec brio : particulièrement saisissant dans le rôle du gondolier-Charon, il voile habilement son timbre lorsqu’il donne vie au funeste barbier (« Guardate Signore »), et dévoile l’étendue de sa puissance vocale lors de la mythique confrontation entre Dionysos et Apollon (« Receive the Stranger God »). Ce dernier est incarné par le contre-ténor , impressionnant d’agilité, et dont la grande projection vocale lui permet d’être le plus souvent hors-champ sans que cela ne gêne l’écoute. Néanmoins, lors de sa courte apparition scénique, il est vêtu, grimé et présenté comme un double de l’écrivain, choix qui s’avère tout à fait pertinent puisque Gustav von Aschenbach, érudit passionné par la culture antique a consacré sa vie à l’idéal apollinien de l’harmonie, de la beauté et de la pureté.

Notre seul regret concerne l’orchestre, qui en dépit d’un résultat sonore très propre, n’est pas toujours parvenu à donner à la partition – fort complexe, au demeurant – le souffle et l’intelligibilité que l’on souhaiterait. Cette nouvelle coproduction avec le Landestheater de Linz reste cependant d’une excellente facture et on espère vivement que d’autres productions de cette qualité se succéderont sur la scène niçoise.

Crédit photographique © Dominique Jaussein

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