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Contes d’Orient pour le Philharmonique à Montpellier

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Festival de Radio France-Montpellier-Occitanie. Montpellier. Le Corum, Opéra Berlioz. 21-VII-2016. Paul Dukas (1865-1935) : La Péri, poème dansé pour orchestre ; André Caplet (1878-1925) : Epiphanie, fresque musicale d’après une légende éthiopienne pour violoncelle et orchestre ; Igor Stravinsky (1882-1971) : L’oiseau de feu, conte dansé en deux tableaux pour orchestre. Marc Coppey, violoncelle ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Pablo González.

7Le programme du Philharmonique, en concert au Festival de Radio France Montpellier, cerne de près la thématique 2016 en affichant trois partitions regardant vers l’Orient. Au côté de la très rare Épiphanie d’, dédiée à son créateur le violoncelliste Maurice Maréchal, la version intégrale (1910) de l’Oiseau de feu de Stravinsky fait valoir ses somptueux déploiements orchestraux.

Non pas ballet mais « poème dansé pour orchestre », La Péri de qui ouvre la soirée est écrite la même année que l’Oiseau de feu de Stravinsky. Dans ce conte empruntant à la mythologie persane, le prince Iskander, nom persan d’Alexandre le Grand, part à la recherche de la Fleur d’immortalité. Il la trouve dans la main d’une péri (sorte d’ange déchu) mais renonce à son larcin, touché par la grâce et la détresse de cette créature étrange. On connaît la fameuse Fanfare inaugurale à laquelle les cuivres rutilants du Philharmonique de Radio France ne manquent pas de donner une vibrante majesté. Dans le Poème proprement dit, la richesse polyphonique du discours et la palette de couleurs déployées par Dukas pour conduire la dramaturgie impressionnent, au sein d’une grande forme puissamment élaborée. Mais il nous manque le souffle qui la traverse, l’élan peinant à s’instaurer au sein d’un orchestre certes réactif mais que l’on aurait aimé plus fluide et luxuriant.

Trop peu jouée mais disponible au disque (chez Aeon), Épiphanie d’, la seconde pièce au programme, a été enregistrée au côté du concerto pour violoncelle d’ par qui tient ce soir le devant de la scène. L’œuvre plaisait au compositeur de Tout un monde lointain, qui en avait joué la réduction pour piano avec le violoncelliste Maurice Gendron. Caplet s’inspire d’une version éthiopienne de la visite des Rois mages à l’Enfant Jésus dans cette fresque en trois volets très contrastés. L’écriture y est inventive et originale, telle cette page introductive dans les registres clairs de l’orchestre, suscitant des alliages de timbres singuliers. La partie de violoncelle qui emprunte le tracé sinueux d’une ligne très énergique est redoutable de bout en bout, s’imposant au sein d’un orchestre qui semble en réverbérer les sonorités dans l’espace. Elle laisse apprécier le timbre puissant autant que flexible du violoncelle, un superbe Goffriller du début du XVIIIe siècle, de dont l’archet souverain ne laisse d’impressionner. La cadence centrale, exécutée sur la pulsation régulière d’un tambour, est un rien démonstrative mais transcendée par notre soliste dont la virtuosité émerveille. La Danse des petits nègres, irrésistible, n’est pas sans évoquer le dernier mouvement de Tout un monde lointain. Le profil de son motif obsessionnel, l’allure vibrillonnante des bois et l’hybridation des timbres – celle du violoncelle par la percussion à l’entrée de l’orchestre – ont sans aucun doute donné des idées à Dutilleux. Ce dernier mouvement met l’orchestre en verve, bien conduit par qui en cisèle les contours.

Mais c’est dans l’Oiseau de feu, inscrit à son répertoire, que le « Philar » donne la pleine mesure de son art et enchante son auditoire. L’orchestre est pléthorique (bois par 4, trois harpes, un célesta, deux contrebassons…) dans la version du ballet intégral qui laisse savourer les pages subtilement évocatrices et délicieusement suspensives dont nous frustrent les suites de concert. Face aux merveilleux musiciens de l’orchestre, joue sur du velours, recherchant la transparence des textures et la féérie des timbres dont Stravinsky privilégie la pureté solistique. D’agréables surprises sont ménagées au fil de l’argument : l’intervention des trompettes spatialisées pour l’arrivée de Kastchei l’immortel et de ses sbires (quatre tubas Wagner apparaissent sur le devant de la scène), le solo de contrebasson (dont Ravel se souviendra) pour le réveil du tyran. Les pages célèbres – Danse de l’oiseau de feu, Khorovode des Princesses, Danse infernale… – sont luxueusement restituées, où l’énergie du son, la précision des attaques et la flexibilité des lignes confèrent une aura magique au chef d’œuvre stravinskien.

Crédit photographique : Marc Coppey (c) Adrien Hippolyte

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