tous les dossiers(1)

Finale Chant du 71e Concours de Genève

Concerts, Concours, La Scène

Genève. Victoria Hall. 2-XII-2016. Charles Gounod (1818-1893) : Salut, demeure chaste et pure (Faust) ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Kuda, kuda (Eugène Onéguine) ; Richard Strauss (1864-1949) : Heimliche Aufforderung. Gustav Mahler (1860-1911) : Nun seh ich vohl… (Kindertotenlieder) ; Jules Massenet (1842-1912) : Werther…qui m’aurait dit (Werther) ; Gioacchino Rossini (1792-1868) : Mura felice (La Donna del Lago). Joseph Haydn (1732.1809) : Gefesselt steht… (Dir Jahrzeiten) ; Benjamin Britten (1913-1976) : Nocturne (Sérénade pour ténor, cor et cordes, Op. 31) ; Gaetano Donizetti (1797-1848) : Una furtiva lagrima (L’Elisire d’Amore). Richard Strauss (1864-1949) : Ständchen ; Franz Lehar (1870-1948) : Es lebt eine Vilja… (Die lustige Wittwe) ; Charles Gounod (1818-1893) : Ah, je ris… (Faust). Avec Seung-Jick Kim (ténor), Marina Viotti (mezzo-soprano), David Fischer (ténor), Marie Perbost, (soprano). Orchestre de la Suisse Romande. Direction, Constantin Trinks.

davidfischerChaque année le Concours de Genève attire beaucoup de monde pour assister aux épreuves finales. Et, comme dans chaque concours, les décisions des jurys soulèvent des interrogations sinon des réprobations. Avec le chant, cette nouvelle édition n’a pas fait exception.

S’il est deux domaines où les mélomanes sont rarement en accords avec les décisions des jurys, ce sont ceux qui concernent le piano d’une part et le chant d’autre part. Cette année, les résultats des épreuves de chant ont fait chanceler les convictions de plus d’un mélomane sur ses connaissances de la voix humaine. Ainsi, alors que la sélection des quatre finalistes laissait perplexe sur les connaissances du jury sur l’art vocal, sa décision finale avait de quoi surprendre.

En particulier celle concernant la soprano française dont l’absence de récompense soulève des sifflets de désapprobation de la part du public. Pourtant, sa prestation s’avère des plus honnêtes et sûrement plus remarquable que celle d’autres concurrents. Sa chanson de Viljna de La Veuve Joyeuse est abordée avec sensibilité et une belle ligne de chant. Chantant le fameux Air des bijoux du Faust de Gounod, jamais son interprétation ne tombe dans la caricature. Même si sa présence en finale peut être considérée comme contestable en comparaison des prestations de certaines de ses autres concurrentes, méritait une reconnaissance autre que celle qui ne s’est concrétisée qu’aux applaudissements du public. Dans de telles conditions, quelle cruauté de faire monter la jeune soprano sur la scène pour lui faire assister à une distribution de prix dont elle ne fait pas partie !

Elle méritait une reconnaissance certainement plus méritée que celle attibuée au ténor sud-coréen (3e prix) dont la puissance limitée, le manque d’unité dans sa ligne de chant, les graves inexistants, la prestation scolaire, la projection vocale terne et la justesse parfois discutable ne suffisent pas à compenser la bonne diction. Sa présence au plus haut niveau de la compétition reste mystérieuse au mélomane.

Partageant le troisième prix du concours, la mezzo-soprano apporte une note de musicalité bienvenue. Certes, si les aigus et le haut-médium de son registre vocal sont éclatants et bien timbrés, les graves (extrêmes) manquent encore de corps comme dans son Mura felice tiré de La Donna del Lago de Rossini. Reste que son Nun seh ich wohl… des Kindertotenlieder de est un moment de pureté vocale et de phrasé remarquables. Outre ce prix officiel, la mezzo suisse a été récompensée du Prix du Cercle du Grand Théâtre de Genève, soit l’engagement pour un rôle principal auprès du théâtre genevois.

Fort heureusement, l’audace du jeune ténor (25 ans) allemand brouille les cartes d’une compétition qui s’avançait vers un ennui émotionnel certain. Habité par son texte, il donne vie à un brillant Gefesselt steht… des Saisons de . Avec sa parfaite diction, sa clarté de ton, il s’imprègne du sens littéraire pour le projeter avec force et puissance. Enfin brillent le chant, l’interprétation et la générosité. Une intelligence interprétative qu’on retrouve dans l’extrait de la Sérénade pour ténor, cor et cordes de Britten. En revanche, ce beau mozartien peine à convaincre dans Una furtiva lagrima de L’Elisire d’Amore de . Reste que sa prestation mérite largement le deuxième prix du Concours comme celui du public qu’il a réussi à ravir.

Hormis cet unique moment de bonheur, la finale de cette compétition n’a pas offert au public les émotions qu’il peut attendre de musiciens en devenir. La faute à un jury qui a favorisé des concurrents chanteurs au lieu de couronner de véritables artistes. Avec de tels juges, Maria Callas elle-même n’aurait eu aucune chance de passer les éliminatoires !

Sous la direction attentive et mesurée de , l’ a offert un soutien discret, efficace et intelligent aux concurrents.

Crédit photographique: © RTS

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.