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Pierre Hantaï confronte Scarlatti et Haendel

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Cortot. 18-I-2017. Domenico Scarlatti (1685-1757) : sonates ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : suite en ré mineur ; suite en la majeur. Pierre Hantaï : clavecin.

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À la salle Cortot, illustre la joute qui aurait eu lieu à Rome en 1709 entre et .

Impossible de savoir ce que les jeunes musiciens jouèrent à cette occasion, mais au fond quel intérêt ? Il faut voir l’événement comme un prétexte, ainsi que l’a fait récemment Bertrand Cuiller, et surtout comme une opportunité d’entendre dans un répertoire où il excelle.

Le concert commence par Scarlatti. Une semaine plus tôt, sur les ondes de France Musique, Pierre Hantaï laissait entendre qu’il souhaitait jouer de manière libre, en choisissant les morceaux au fur et à mesure du concert, selon l’envie du moment. Il a finalement choisi à l’avance une vingtaine de sonates, jouant d’abord celles avec une indication de tempo, puis les autres en les classant par tonalité. Et ce n’est pas une répartition si artificielle, car, en terminant par quatre pièces en do mineur (dont la fameuse fugue lente K 58), il marque une progression vers le côté sombre et tourmenté de la musique de Scarlatti. D’un bout à l’autre de la grosse heure consacrée au Napolitain, enchaînée presque sans applaudissements, Pierre Hantaï est remarquable par sa concentration et son immersion dans une œuvre où, à l’opposé du Scarlatti spirituel et aérien que nous servent la plupart des pianistes, les modulations inattendues grincent, les accords de guitare claquent, les arpèges et les glissandi fouettent l’auditeur, les modules répétés s’obstinent, les mélodies nous emmènent partout sauf où on les attend. Mais le clavecin, sous ces doigts experts, sait se faire hésitant (Sonate en ré mineur K 213 Andante qui ouvre le concert), opulent (Sonate en ré majeur K 492 par exemple), chantant (partout), et jamais son maître ne donne la moindre impression de perdre le fil. Du très grand art.

On pourrait craindre qu’après un moment si intense, Haendel paraisse quelque peu plat. Il n’en est rien, car non seulement cette musique semblant plus construite, plus apaisée et en un sens moins démonstrative s’impose pacifiquement à l’auditeur ; mais aussi car Pierre Hantaï sait lui donner allant et volume. Il a accolé des préludes à deux suites qui en sont dépourvues, notamment une transcription de l’ouverture du Pastor Fido, donnant plus d’allure à l’ensemble. On peut regretter dans la première une Courante un peu rapide et un Menuet un peu mécanique, mais tout cela est de très bonne facture.

La série de bis donne pour finir une autre direction au concert : si au lieu d’opposer un compositeur à Scarlatti on essayait d’en rapprocher un, il y aurait du sens à le faire avec Jean-Philippe Rameau.

Crédits photographiques : Pierre Hantaï © Jean-Baptiste Millot

 

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