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Nagano, un brucknérien d’élite à l’Elbphilharmonie de Hambourg

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Hambourg. Elbphilharmonie. 20-II-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Prélude et fugue BWV 542 ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Offrande et Alléluia final du Livre du Saint Sacrement ; Anton Bruckner : Symphonie n° 8. Christian Schmitt, orgue ; Orchestre Philharmonique de Hambourg ; direction : Kent Nagano.

Nagano PSOHMieux vaut oublier l’orgue en première partie : dans la nouvelle Elbphilharmonie, le Bruckner très personnel de fait merveille.

Pour les abonnés de l’Orchestre de l’opéra de Hambourg, ce sixième concert de la saison était un événement : pour la première fois, ils pénétraient dans la toute nouvelle Philharmonie sur l’Elbe, inaugurée en janvier après un chantier épique et ruineux. Le programme de ce premier concert avait un double sens : de façon explicite, l’inscription dans un petit festival intitulé Lux Aeterna mettait en évidence la manière dont les trois compositeurs au programme faisaient de leur musique une expression de leur foi ; de manière plus souterraine, il s’agissait de faire la démonstration des qualités acoustiques de la Philharmonie : quel meilleur choix que la Huitième symphonie de Bruckner pour éprouver l’acoustique de la nouvelle salle ?

La première partie, cependant, était l’occasion de faire entendre l’orgue de la nouvelle salle. Certes, on l’entend, cet orgue, et on n’en croit pas ses oreilles. Certes, on n’attend pas d’un tel instrument la délicatesse des merveilles d’Arp Schnitger conservées dans la région, mais ce Bach confus et brutal va bien au-delà des stéréotypes post-romantiques habituels dans les grandes salles de concert. Quand le soliste utilise dans la fugue certains registres aigus en solo, une comparaison vient à l’esprit : les sons MIDI des premiers jeux vidéo. C’est confondant, et même si la pièce de Messiaen qui suit passe mieux, le résultat global laisse perplexe.

IMG_9790Une symphonie comme drame wagnérien

Heureusement, tout s’améliore après l’entracte avec la symphonie de Bruckner : Nagano n’est peut-être pas le plus romantique des chefs, mais on sent dès les premières notes le chef de théâtre nourri aux drames wagnériens. La puissance du son n’est pas ce qui lui importe le plus, mais les effets de transparence des cordes sont très réussis et le discours musical va de l’avant, avec une remarquable force de conviction. Plutôt que de chercher la fusion des timbres, il sait faire usage d’une riche palette de couleurs : l’orchestre impressionne favorablement, à part quelques approximations chez les cuivres, et Nagano peut obtenir de lui précisément ce qu’il souhaite. Peut-être les deux premiers mouvements ont-ils une perfection que les deux derniers, moins habités et plus convenus, n’ont pas tout à fait, mais ce Bruckner dramatique plus que tragique mérite l’écoute autant que des conceptions plus romantiques ou plus mystiques.

Et la salle ? Confiée comme tant d’autres à Yasuhisa Toyota, son acoustique a les mêmes qualités et les mêmes défauts que les autres, même si l’espace conçu par Herzog et De Meuron apparaît moins étriqué que son homonyme parisienne : on y entend tout, certes, mais avec une netteté un peu clinique qui n’enveloppe pas l’auditeur comme le son d’autres salles plus traditionnelles. Ce n’est, bien sûr, pas le style de Nagano qui lui conviendra le plus mal.

Photo 1 : © Philharmonisches Staatsorchester Hamburg ;  Photo 2 : © DR

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