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A Genève, Antonio Pappano bienfaiteur de l’âme

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Genève. Victoria Hall. 4-V-2017. Richard Dubugnon (né en 1968) : Caprice romain n° 3 op. 72. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano et orchestre n° 1 en si bémol mineur op. 23. Ottorino Respighi (1879-1936) : Les Fontaines et les Pins de Rome. Jean Sibelius (1865-1957) : Valse triste op. 44 n° 1. Orchestra del’Accademia Nazionale di Santa Cecilia Roma. Yuja Wang (piano). Direction : Sir Antonio Pappano.

AntonioPappano.01En avril 2013, Sir Antonio Pappano à la tête de son Orchestra del’ Roma bouleversait le public genevois avec une flamboyante ouverture de La Forza del Destino de Giuseppe Verdi qui la disputait à une poignante Symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski. Le public qui ne pouvait avoir oublié ce moment de grâce est accouru à ce nouveau rendez-vous. C’est donc devant un Victoria Hall rempli jusqu’au dernier strapontin que l’orchestre romain et son chef tentent à nouveau l’enchantement.

La musique adoucit les mœurs dit le proverbe. Elle est aujourd’hui un baume pour l’âme, quand elle est proférée avec la générosité et la profondeur d’ et des admirables musiciens de son orchestre romain. Des musiciens qui se mettent au service de la musique, d’un chef charismatique, d’un esprit habité. Parce que s’il est aujourd’hui une différence majeure entre le concert que l’Orchestra del’ et Sir ont offert ce soir par rapport à celui qui avait conquis les Genevois voici quatre ans, c’est qu’en dehors de l’éclat dévastateur de Verdi et de la profondeur triste de Tchaïkovski, le concert de cette année délivre une empreinte de beauté poétique et de sérénité tranquille.

Non pas de cette sérénité béate comme le serait une cuisine sans relief, mais une sérénité bienfaisante faite de la beauté des timbres, du contrôle des nuances et du dessin harmonieux de la ligne mélodique. Dans cette soirée, le public a pu goûter à des moments de pur bonheur avec un orchestre plus somptueux que jamais. Quelle majestueuse qualité de pupitres Sir tire de son ensemble !

Tant dans l’intéressant et coloré Caprice romain de où les nuances de sa musique se succèdent de contrastes en contrastes, de pianissimo en fortissimo, alternant subtilement le son de clochettes à main avec le célesta ou le carillon tubulaire. Des sons enveloppés des cordes, où les bois prennent soudain part à la fête musicale avec l’intervention d’une clarinette basse superbement intégrée entre la flûte et les cuivres parfaitement dosés. Un travail d’orfèvre mettant en valeur une musique magnifiquement vivante et admirablement écrite. D’ailleurs, même avec la réticence naturelle du public pour la musique contemporaine, celle-ci a été chaleureusement accueillie, tout comme son compositeur venu remercier l’orchestre et son chef.

Une qualité orchestrale qu’on retrouve bientôt dans l’accompagnement orchestral de la pianiste dans le Concerto pour piano et orchestre n° 1 de Tchaïkovski. Une star du piano dont la notoriété dépasse aujourd’hui un talent qui tarde à s’affirmer. Quand bien même sa technique et sa sonorité instrumentale sont irréprochables, elle ne parvient pas sinon à émouvoir du moins à raconter sa musique.

Retour aux émotions bienfaisantes avec l’éblouissante interprétation de l’œuvre fétiche de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia qui en fut la créatrice en 1917 et 1923, Les Fontaines et les Pins de Rome d’. Là encore, les musiciens romains font preuve d’une maîtrise instrumentale d’exception. L’écoute de leurs pianissimo est un régal. On voit les musiciens jouer avec l’impression de ne pas les entendre. Et pourtant, la musique, l’imperceptibilité des sons vous submerge, comme un effleurement de l’ouïe. Sensations étranges. Le silence est habité par cette caresse musicale unique. A cet effet, parmi les différents chapitres de ces poèmes symphoniques, on reste le souffle suspendu à l’épisode des Pins près d’une catacombe qui, dans la noirceur de l’ambiance créée autour de cette partie fait la part belle à cette fabuleuse maestria du pianissimo.

On retrouve cette qualité dans une sublime Valse triste de Sibelius jouée en bis. Le chef, les bras comme de grands arceaux se balançant au-dessus de sa tête, dirige son ensemble dans un susurrement des cordes. L’air vibre alors que les sons semblent ne jamais s’ouvrir. La musique est là, entière dans le silence à peine violé. Grand moment d’émotion et de sérénité intérieure. Sir Antonio Pappano est un Maître, un bienfaiteur de l’âme !

Crédit photographique : © Musacchio & Ianniello

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