banclefsdor2017

Après Lulu, Kent Nagano dirige Wozzeck à Hambourg

La Scène, Opéra, Opéras

Hamburg. Staatsoper Hamburg. 25-XI-2017. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Peter Konwitschny ; décors et costumes : Hans-Joachim Schlieker ; lumières : Hans Toelstede ; dramaturgie : Werner Hintze. Avec : Georg Nigl, Wozzeck ; Gun-Brit Barkmin, Marie ; Katja Pieweck, Margret ; Simon O’Neill, Tambourmajor ; Sascha Emanuel Kramer, Andrès ; Jürgen Sacher, Hauptmann ; Tigran Martirossian, Doktor ; Shin Yeo, Erster Handwerkbursch ; Jóhann Kristinsson, Zweiter Handwerkbursch ; Sergeï Ababkin, Der Narr ; Kiril Sharbanov, Ein Soldat. Chor der Staatsoper Hamburg, chef de choeur : Eberhard Friedrich. Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, direction : Kent Nagano.

Wozzeck Nigl Brit-BarkminLa production du Wozzeck de Berg par a bientôt vingt ans et son expressionnisme à l’allemande inspiré du début du XXe ne fascine plus autant, mais elle n’en reste pas moins efficace dans le propos. La direction de trouve comme avec Lulu récemment le ton juste pour agencer les séries, sans pour autant perdre la forme globale, en plus d’accompagner une distribution correcte dont ressort le baryton dans le rôle-titre.

Tout amateur de Berg connaît l’enregistrement de Wozzeck, parmi les meilleurs, réalisé par alors qu’il était à Hambourg, avec sa photo de couverture représentant un Bo Skovhus pantalon baissé sur les chaussures face à . Cette photo provient de la mise en scène de reprise cette saison dans une ville qui a découvert l’ouvrage en 1953. C’était alors avec Leopold Ludwig et le Wozzeck référent d’une époque, le baryton , encore présent dix-sept ans plus tard dans une nouvelle mise en scène de Günther Rennert dirigée par Bruno Maderna.

Aujourd’hui en fosse, le directeur a remplacé dans l’œuvre puis Simone Youn et apporte à la partition ce qu’il a su donner à Lulu. Le geste est raffiné et il met en avant le matériau sériel avec une impeccable gestion des plans sonores. Les soli du quatuor, tous magnifiques, s’accordent à de grands moments purement symphoniques qui développent cette partition en se permettant de jouer plus fort lorsque le plateau n’intervient pas. Il manque juste une pointe de mordant et de cynisme à cette lecture pour totalement exalter l’opéra, sinon superbement traitée dans ses parties les plus claires grâce à de magnifiques harpes, glockenspiel et célesta.

Sur scène, le décor expressionniste d’Hans-Joachim Schlieker enferme le drame social dans un cadre blanc clinique, avec les hommes en costumes queue-de-pie et les femmes en longues robes noires. Des trappes cachées dans le plancher permettent aux artistes d’apparaître et disparaître, même si la plupart des entrées et sorties s’effectuent par les portes latérales ou par l’arrière. L’idée principale développée par cette mise en scène est celle de l’argent, qui tombe du plafond dès la scène 2 de l’acte I et afflue continuellement pendant l’œuvre jusqu’à représenter un véritable parterre de feuilles d’automne. Nerf de la guerre de la misère social qui conduit Wozzeck à tuer, même si l’ultime raison déclencheuse est la tromperie, les billets servent à recouvrir le corps de Marie une fois l’acte au couteau effectué.

Wozzeck Hamburg Nigl

Le plateau retrouve la Marie entendue en mai dernier à Paris, une stable vocalement comme scéniquement adaptée. Margret campée par Katja Pieweck est peu utilisée dans cette mise en scène mais sait être efficace lors de ses deux interventions, tout comme le Soldat de Kiril Sharbanov. On retient plus les deux compagnons de Shin Yeo et Jóhann Kristinsson, surtout à leur première apparition au fond de la scène. Le Fou de Sergeï Ababkin est assis au premier rang du parterre et se lève pour son unique moment en réussissant à garder une voix pleine, malgré le fait qu’il n’a pu la chauffer en coulisse depuis plus d’une heure.

Simon O’Neill porte un Tambour major peu aidé par la dramaturgie et dont l’aigu semble tendu, tout comme celui de Jürgen Sacher pour le Capitaine, ce rôle étant rarement parfaitement chanté tant il est composé pour être ingrat. Il est dépassé ce soir par la présence et la dynamique du Doktor de , tandis qu’Andrès trouve avec Sascha Emanuel Kramer un ténor de belle couleur, mais dont la technique n’est pas encore assurée, au risque de rompre parfois la ligne de chant. n’a pas ces difficultés pour la partie qu’il connaît parfaitement, celle d’un Wozzeck développé sans excès de charisme pour s’accorder à la proposition scénique, en plus d’être porté par une voix chaude à la diction précise et à l’agilité nécessaire pour se jouer des variations de hauteur.

A noter enfin que la salle est bien remplie pour cette reprise. Cela prouve bien que cette musique encore souvent classée dans la rubrique « contemporaine » ne l’est plus par son âge, puisqu’elle aura bientôt cent ans, mais bien par la réception qu’en fait le public d’aujourd’hui.

Crédits photographiques : © Brinkhoff/Mögenburg

tous les dossiers(1)

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.