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Rafraîchissant Messie version 1754 par Hervé Niquet

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Messiah. Oratorio in three parts. Foundling Hospital version 1754. Avec Sandrine Piau et Katherine Watson, sopranos ; Anthea Pichanick, contralto ; Rupert Charlesworth, ténor ; Andreas Wolf, basse. Le Concert Spirituel (chœur et orchestre), direction : Hervé Niquet. 2 CD. Alpha. Enregistré du 20 au 22 décembre 2016. Notice de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 46’55 et 69’17

 

MessiahBelle distribution vocale – lumineuse – et ensembles rôdés et stylés menés par pour un Messie léger et rafraîchissant, se voulant plus « opératique » que spirituel.

La discographie haendélienne avait-elle besoin d’un nouveau Messie ? Dans l’absolu, sans doute non, même si les versions destinées à reprendre l’agencement de 1754, celui à cinq solistes que Haendel avait proposé pour les concerts de charité du Foundling Hospital de Londres, ne sont pas légion. Dans la notice de présentation de ce luxueux album, destiné à célébrer le trentième anniversaire du Concert Spirituel, rend hommage au célèbre enregistrement de Christopher Hogwood à la tête de l’Academy of Ancient Music, un des premiers à avoir suivi la version de 1754.

Le parti pris annoncé par Niquet d’offrir une lecture « opératique » du grand oratorio de Haendel ne ressort pas particulièrement de l’écoute de l’œuvre, même s’il est vrai que les cinq solistes retenus n’ont pas les voix blanches et dénuées de vibrato que l’on goûtait encore il y a quelques dizaines d’années. Ah, les Judith Nelson, Carolyn Watkinson et autres Paul Elliott des années 1970-1980… Et dans le genre « opératique », on en a vu d’autres avec Le Messie ! Ce qui caractérise la fort attachante version de Niquet, c’est avant tout la volonté du chef de redessiner la construction dynamique des grands chœurs et de revoir légèrement l’orchestration de certains morceaux (le bourdon dans la pifa, considérablement raccourcie, de la première partie). Les chœurs, y compris l’ »Hallelujah », frappent ainsi par leur souplesse et leur légèreté, les contrastes savamment et subtilement dosés par Niquet permettant néanmoins aux chanteurs du Concert Spirituel de s’imposer dans les grands enchaînements choraux, sans pour autant donner dans l’excès de religiosité. Fallait-il comprendre le terme « opératique » comme « laïque » ou « prosaïque » ? Ce n’est pas, en tout cas, comme cela que nous avons reçu cette lecture particulièrement légère et rafraîchissante d’une des plus célèbres partitions du grand Haendel.

Côté solistes, on appréciera la prestation vocale de tout jeunes chanteurs, à commencer par le soprano souple et limpide de et le ravissant ténor de . D’une belle innocence dans la première partie, ils savent se montrer expressifs dans la suite de ce drame sacré. Très bien chantant lui aussi, ne cache malheureusement pas un assez fort accent allemand. La contralto affiche quant à elle une belle diction et un timbre généreux, mais elle manque singulièrement d’expressivité dans son grand air de la deuxième partie. n’en est pas à sa première version du Messie, et on se réjouit de l’entendre ici dans des pages, nouvel agencement oblige, qu’elle n’avait pas enregistrées auparavant. La beauté et la fraîcheur de son timbre, la luminosité de ses phrasés, le naturel et la simplicité de sa diction en font à l’heure actuelle l’interprète idéale des grandes partitions haendéliennes.

Intéressante version, donc, qui apporte un éclairage nouveau sur un ouvrage qui, comme tant d’autres, ne peut perdre à être relu et revitalisé.

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