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Damrau et Kaufmann chantent l’Italienisches Liederbuch de Wolf

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie – Grande Salle Pierre Boulez. 14-II-2018. Hugo Wolf (1860-1903) : Italienisches Liederbuch. Diana Damrau, soprano. Jonas Kaufmann, ténor. Helmut Deutsch, piano

damrau_kaufmann_cmichael_bodeDans le cadre de leur tournée européenne, la soprano et le ténor ont donné à la Philharmonie de Paris une interprétation de l’Italienisches Liederbuch d’ en tous points irréprochable, s’inscrivant d’emblée dans la lignée de leurs plus illustres prédécesseurs, comme Dietrich Fischer-Dieskau et Elisabeth Schwarzkopf.

L’Italienisches Liederbuch est un recueil de quarante-six lieder répartis en deux cahiers, composés lors de trois périodes créatrices entre 1890 et 1896, et qui permettent un jeu infini, jeu d’esprit, jeu d’alternance entre deux voix, jeu badin, jeu coquin, jeu amoureux qui s’achève en un jeu plus inquiétant et parfois interdit. La particularité de ces lieder est, en premier lieu, leur brièveté, sorte de concentré de verbe et de musique, intimement liés, avec un goût très prononcé pour la pointe, au sens rhétorique du terme, souvent présente dans les épigrammes wolfiennes, rehaussées par le chant piquant du piano : « Auch kleine Dinge können uns entzücken » (« les petites choses aussi peuvent nous ravir »). Avec ce recueil, utilise pour la première fois une source italienne, des poèmes populaires traduits par Paul Heyse en 1860 découverts à l’occasion d’un voyage en Italie ; mais la musique évacue pour l’essentiel la couleur locale, limitée à quelques allusions : « Ihr seid die Allerschönste ». Le lied reste avant tout l’expression, ici tardive, du romantisme allemand. Parmi les quarante-six lieder qui constituent le cycle, dix-sept ont un locuteur masculin, dix-neuf un locuteur féminin, et dix ne font pas la distinction. Toute liberté est laissée aux interprètes dans le choix d’agencer les morceaux à leur guise.

Ce soir, , dont la voix a pris quelque patine, et au timbre ambré, choisissent de diviser le recueil en quatre courtes sections qui renforcent le relief du dialogue. D’abord amoureux, minaudant ou enflammé : « Sterb’ch, so hüllt in Blumen meine Glieder », puis plus enclin aux reproches et aux disputes, volontiers théâtral : « Mein Liebster ist so klein », avec quelques évocations religieuses : « Gesegnet sei, den durch die Welt entsund », ou plus souvent grivoises ou humoristiques : « Ich esse nun mein Brot nicht trocken mehr », ce passionnant recueil s’achève sur le pseudo-catalogue plein d’espièglerie d’un Leporello en jupons : « Ich hab in Penna einen Liebsten wohnen ».

Si la qualité du chant est irréprochable (diction, timbre, puissance, souplesse de la ligne, graves profonds, aigus filés, pianissimi susurrés et envoûtants, fortissimi foudroyants), le triomphe de ce récital tient également à l’accompagnement superlatif d’ au piano, qui sait magnifier le verbe : « Wie lange schon war immer mein Verlangen », ainsi qu’à l’engagement scénique des deux interprètes qui font montre d’une indiscutable complicité dans ce jeu de rôle où Jonas Kaufmann en séducteur irrésistible, fanfaron et hâbleur, est  souvent mis à mal par la coquette Diana Damrau qui n’hésite pas à faire valoir ses charmes pour parvenir à ses fins…

Un récital plus théâtral qu’émouvant qui restera dans les mémoires par la qualité de son interprétation vocale. Une bien belle façon de chanter la Saint-Valentin.

Crédit photographique : Diana Damrau et Jonas Kaufmann © Manolopress-Michael Bode 

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