Heinz Holliger version musique de chambre à Zurich

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Zurich. Opernhaus (Spiegelsaal). 4-III-2018. Heinz Holliger (né en 1939) : Sonate pour hautbois ; Berceuse pour M. pour cor anglais. Sándor Veress (1907-1992) : Sonatine pour hautbois, clarinette et basson. Charles Koechlin (1867-1950) : Au loin op. 20 n° 2 pour cor anglais et harpe ; Robert Schumann (1810-1856) : Six études en forme canonique, transcrites par Theodor Kirchner et jouées au piano, hautbois et basson. Philipp Mahrenholz, Clément Noël, hautbois, hautbois d’amour, cor anglais ; Robert Pickup, clarinette ; Elisabeth Göring, basson ; Julie Palloc, harpe ; Benjamin Engeli, piano

En prélude à la création de son opéra Lunea, les musiciens du dressent un portrait d’un musicien exigeant et généreux.

est un musicien discret, qui n’a jamais servi de chef de file ni voulu frapper fort en créant des œuvres à sensation. Il faut aimer la nuance, la délicatesse, l’impalpable pour aimer cette musique qui se sert de ces moyens pour aborder des univers intellectuels et émotionnels souvent tendus à l’extrême. Quelques heures avant la création de son nouvel opéra, les musiciens du consacrent à son univers musical un concert court mais éclairant. Le hautbois est le fil conducteur de la soirée, sous sa forme habituelle, mais aussi grâce au cor anglais et au hautbois d’amour. La sonatine en trio de son maître , émigré en Suisse en 1949, a un parfum de folklore que Holliger évoque dans sa sonate pour hautbois de jeunesse, du moins dans le second mouvement qui plonge, au-delà de Veress, ses racines chez Bartók : il y a une tonalité plus inquiète chez Holliger, qui prolonge la cantilène lunaire du premier mouvement. , que Holliger a toujours ardemment défendu comme chef d’orchestre, est présent à travers son court Au loin, ici joué au cor anglais et à la harpe, page d’une aimable nostalgie debussyste qui n’est pas très loin de la fadeur ; mais c’est à Schumann, à qui Holliger est lié de bien des manières, qu’est consacrée la fin du concert, avec la transcription de Theodor Kirchner des Études canoniques op. 56, à l’origine pour trio piano/cordes, ici adaptée pour piano, hautbois et clarinette. Tout ceci ne forme pas un portrait complet des affinités du compositeur (pourquoi pas de musique plus ancienne, Zelenka par exemple ?), mais souligne la richesse des influences dont se nourrit Holliger, preuve parmi d’autres que la musique du XXe siècle n’a jamais voulu se couper de ses héritages.

Les interprètes du concert, auquel Holliger assiste sans participer lui-même, ne sont naturellement pas les premiers virtuoses de leurs instruments respectifs, mais il faut rendre hommage aux qualités d’écoute et d’échange que leur confère la pratique de l’orchestre ; en outre, leur préparation et leur engagement dans les différentes œuvres du programme sont optimaux, et on ne saurait assez louer de telles séries de concerts, qui à haut niveau musical offrent au public la possibilité de se confronter à une musique hors des sentiers battus.

Crédit photographique : © Deborah Tolksdorf

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