tous les dossiers(1)

Le Nozze di Figaro à Liège : une journée vraiment folle sous des dehors classiques

La Scène, Opéra, Opéras

Liège. Opéra royal de Wallonie. 8-IV-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Nozze di Figaro, opéra-bouffe en quatre actes sur un livret de Lorenzo da Ponte d’après Beaumarchais KV 492. Mise en scène : Emilio Sagi. Décors : Daniel Bianco. Costumes : Gabriela Salaverri. Lumières : Eduardo Bravo. Chorégraphie : Nuria Casetejon. Avec : Leon Košavić, Figaro ; Jodie Devos, Susanna ; Mario Cassi, le Comte Almaviva ; Judith Van Wanroij, la Comtesse ; Raffaella Milanesi, Cherubin ; Julien Véronèse, Docteur Bartolo ; Alexise Yerna, Marcellina ; Julie Mossay, Barbarina ; Enrico Casari, Don Basilio ; Patrick Delcour, Antonio ; Stefano De Rosa, Don Curzio ; Myriam Hautregard et Anne-Françoise Lecoq, deux fiancées. Chœurs (direction : Pierre Iodice) et Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie, direction et pianoforte : Christophe Rousset

4._kosavic_acte_3_plan_moyenLa nouvelle production des Nozze di Figaro de Mozart/Da Ponte à l’Opéra royal de Wallonie à Liège emporte l’adhésion à la fois par l’homogénéité de son équipe vocale, par une mise en scène très classique et épurée non sans un petit grain de folie, et enfin par la direction incisive, colorée, historiquement informée et stylistiquement irréprochable de .

Plutôt que de chercher une quelconque relecture décapante ou hors-sujet, le metteur en scène joue la carte du classicisme sans surprise, mais d’assez bon goût, sans surligner les effets déjà présents dans le texte, en laissant ainsi se dérouler l’action dans son contexte historique du siècle des Lumières. Le respect de la lettre et de l’esprit se veut donc total, sans trop déséquilibrer la perfection théâtrale de l’œuvre. C’est le côté burlesque voire vaudevillesque, teinté de délicates et discrètes touches érotisées, de cet opéra avant tout buffa qui prédomine, sans que soient esquivés aux deuxième et troisième actes les relents, même émoussés eu égard à l’original de Beaumarchais, de la satire sociale présente dans le livret de Da Ponte. Mention spéciale pour quelques trouvailles au dernier acte où l’action, pourtant complexe, reste remarquablement lisible : tous les personnages s’adonnent à un subtil jeu de rôles, ici parfaitement compréhensible, dans une sorte de théâtre dans le théâtre, Figaro en profitant, par exemple, pour, rideau baissé et salle éclairée, s’adresser dans son ultime air au public masculin de la salle et pour ainsi fustiger l’inconstance et la félonie de la gent féminine, ou Barbarina pour s’y épancher en un long moment de trouble nostalgique. est magnifiquement secondé dans son travail patient de restitution par les subtils éclairages d’Eduardo Bravo et les probes décors évocateurs de la cour sévillane de Daniel Bianco.

La  distribution, plutôt jeune et assez homogène, emporte collectivement l’adhésion malgré çà-et-là quelques minimes défaillances individuelles très passagères. Le Croate , vingt-huit ans à peine, protégé de José van Dam lors de son perfectionnement en la Chapelle musicale Reine Elisabeth de Waterloo, campe un vaillant et coquin Figaro, manquant parfois un peu d’assurance vocale dans l’aigu (le Se vuol ballare du premier acte). La Susanna faussement ingénue, fruitée, humaine et radieuse de s’affirme au fil de l’œuvre, malgré une relative timidité liminaire, vite oubliée d’ailleurs, et peut-être un léger manque de puissance vocale dans les duos et ensembles. Mais en contre-partie, nous rendons les armes devant une incroyable présence scénique riche en nuances pour cette suprême incarnation de l’idéal féminin selon Mozart et son librettiste. Le comte Almaviva de se veut péremptoire et assez monolithique, face à la comtesse désabusée et amère de , prise un peu à froid dans le Porgi amor au lever de rideau du deuxième acte. Mais la palme de la distribution revient sans doute au Cherubino habité, inquiet et passionné de l’incandescente , certes plus soprano que mezzo, mais parfaite tant par sa finesse stylistique que par la justesse psychologique. Le reste de la distribution est à l’avenant avec une mention spéciale pour le fourbe Bartolo de , l’exquise Barbarina de , ou la composition d’Alexise Yerna en Marcellina acerbe.

3._cassi-van_wanroij-devos_acte_2_plan_moyenLa direction de (qui joue lui-même l’accompagnement des récitatifs au pianoforte), alerte et très ciselée, revisite Mozart à la lumière de ses antécédents  préclassiques, entre autres napolitains, tout en ouvrant de larges perspectives vers Rossini dans les irrésistibles finals. Les tempi enlevés mais sans précipitation, l’alacrité des cordes senza vibrato (l’introduction du Porgi amor !), ou les incises piquantes des vents qui relancent sans cesse le discours : l’orchestre du cru suit courageusement, sans pourtant une totale adéquation stylistique avec la conception du chef, et moyennant quelques minimes décalages (un premier basson parfois bien distrait), même si on regrettera aussi parfois un relatif déséquilibre sonore entre plateau et fosse.

L’ensemble force une réelle admiration jubilatoire et subjugue un public liégeois aussi justement enthousiaste que discret et attentif pour une « Folle journée » opératique doublée d’une subtile, radieuse et musicale après-midi dominicale.

Crédits photographiques : (en haut) ; , , (au centre) © Opéra Royal de Wallonie-Liège

tous les dossiers(1)

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.