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Distribution des grands soirs pour un Trouvère de répertoire à Berlin

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Deutsche Oper Berlin. 12-V-2018. Giuseppe Verdi (1813-1883) : Il Trovatore, opéra en quatre actes, sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare, d’après le drame espagnol El Trovador d’Antonio García Gutiérrez. D’après la mise en scène de Hans Neuenfels. Décors & Costumes : Reinhard von der Thannen. Avec : Angela Meade, Gräfin Leonora ; Alexandra Ionis, Inez ; Simone Piazzola, Comte de Luna ; Marko Mimica, Ferrando ; Anita Rachvelishvili, Azucena ; Murat Karahan, Manrico ; Burkhard Ulrich, Ruiz ; Hong-Kyun Oh, un gitan ; Sungjin Kown, un messager. Chor der Deutschen Oper Berlin (chef de chœurs : Jeremy Bines). Opernballett der Deutschen Oper Berlin. Orchester der Deutschen Oper Berlin, direction musicale : Giacomo Sagripanti

HP1Troubadour25CarloVentreAngelaMeadeDaliborJenis(c)BettinaStoess - copie Programmé quatre fois cette saison à la Deutsche Oper Berlin, Il Trovatore retrouve pour deux soirs en mai la direction de et la production de créée vingt-deux ans plus tôt, avec une distribution des grands soirs à laquelle il aurait seulement nécessité plus de répétitions pour créer une totale émulation. Si le Comte de Luna de comme le Manrico de Murat Karahan intéressent, le chant explose grâce aux femmes avec la Leonora d’ et la géniale Azucena d’.

Comme la veille pour Rigoletto, on sait que les conditions de répertoire, dans un mois où six productions verdiennes sont données, ne permettent pas un travail totalement abouti pour une soirée avec de tels noms au programme de la Deutsche Oper Berlin. Il reste alors le plaisir de l’instant, à commencer par les nombreuses arias passionnelles de l’un des plus grands chef-d’œuvre du compositeur, Il Trovatore.

La mise en scène de créée en 1996 est toujours utilisée, mais la direction de l’opéra doit ajouter sur le programme « d’après » avant de citer le nom de l’artiste. On ne sait donc ce qu’elle a perdu sur le plan dramaturgique ; sont maintenus les décors et les costumes de Reinhard von der Thannen, plus quelques idées. L’action respecte le lieu, puisque Manrico comme le Comte de Luna sont représentés en toreros espagnols dès la première scène, où des charriots à cornes servent à former au combat. L’ennemi n’est pourtant pas le taureau, dont on retrouve de nombreux morceaux de corps ensuite face à un Comte de Luna devenu équarrisseur, mais plutôt l’homme pour lui-même, qui tient d’ailleurs sur son bureau au milieu des trophées la tête d’un adversaire fraîchement décollée.

Comme la veille dans Rigoletto et sûrement plus encore, ce qui se rapproche le plus de la vieille garde du pur Regietheater à l’allemande montre de belles esquisses, notamment lorsque l’homme en habit de plume noir prépare un poison rouge sang qu’il fait goûter à sa blanche colombe, aussitôt raide morte, avant de l’offrir à Leonora pour son suicide à venir. Mais à trop vouloir développer, le risque de se perdre dans le détail se fait sentir, et s’il n’y a aucun problème à mélanger les époques ou les styles pour renforcer les concepts, difficile de valider l’association des robes espagnoles rappelant les tableaux de Velázquez pour Leonora aux vêtements de prisonniers des camps nazis pour Manrico dans la scène finale.

HP1Troubadour78MarkoMimica(c)BettinaStoess - copie

Évidemment, le public est avant tout présent pour la musique, et si aurait eu besoin de services d’orchestre supplémentaires pour réussir à donner une couleur et un semblant de souplesse italienne à la formation berlinoise, il réussit tout de même à dynamiser certains ensembles, tout particulièrement le final de l’acte II, en plus de s’accorder parfaitement aux solistes lors de leurs airs et duos. De la même manière et bien que présent depuis maintenant presque un an dans la capitale allemande, aurait lui aussi eu besoin d’un supplément de temps pour alléger et donner plus de ferveur à un chœur tout juste dynamique dans ses parties, seulement expressif au miserere.

Pourtant, la distribution nous gratifie de grands moments. Dès la Première Scène, fixe le haut niveau vocal de la soirée grâce à un Ferrando chaud et ample, passionnant dans Di due figli vivea. Le ténor Murat Karahan était entendu dès 2014 à Limoges et Nancy en Manrico avant d’atteindre plus récemment Vérone ou Naples ; il a, depuis ses prestations françaises, pris de l’ampleur et s’il manque encore parfois de finesse, son chant musclé convainc tout de même dès l’air d’entrée Deserto sulla terra. Le Comte de Luna tenu par l’excellent baryton verdien accorde à une diction et une projection précise une sensualité particulièrement bien utilisée pour Per me ora fatale.

Bien que les hommes intéressent, la passion est ailleurs, et si l’Inez d’ se montre agréable à chacune de ses interventions, l’entrée de Leonora démontre une semaine après sa prestation en Giselda d’I Lombardi à Turin quelle verdienne est déjà . La Cavatine puis la cabalette à l’acte I déploient un art rare de la gestion du souffle dans de magnifiques pianissimi, prêts à exploser à l’aigu conduit sur un seul fil, parfois même un filin, d’une superbe légèreté. Cette délectation d’aigus filés trouve encore plus de magnificence dans les deux airs du dernier acte, véritable cours de chant qui place immédiatement la soprano américaine parmi les meilleures Leonora de ces dernières décennies. Autant, voire encore plus impressionnante, déploie une Azucena à la fois noire et d’une incroyable finesse, elle aussi particulièrement impressionnante dans la gestion des piani autant que dans la puissance et l’exaltation du chant. Envoutante lors de Stride la vampa, elle marque les esprits jusque dans sa vengeance à la scène finale et bénéficiera avec la soprano des plus forts bravi lors des longs applaudissements.

Crédit photographique © Bettina Stöß

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