Boris Godounov en français

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Boris Godounov en français.
MALIBRAN-MUSIC. (2CD)

 

Boris Godounov en françaisEn 1582, Ivan IV « le Terrible » tue son fils au cours d’une bagarre. Assommé par le remords, il passera les deux années qui lui restent à vivre partagé entre l’hébétude et les superstitions. A sa mort, il laisse un fils, Féodor, né d’un premier lit, et Dimitri, un enfant de deux ans, né de sa septième femme, Maria Nagoï. Afin d’affirmer son autorité, Ivan IV avait éloigné, parfois même éliminé les membres de la noblesse, préférant s’entourer de roturiers qui lui devaient tout et lui étaient donc totalement dévoués, du moins le croyait-il. Parmi ces derniers, le tartare Boris Godounov se révéla rapidement intrigant et fort habile. Le tsarévitch Féodor, qu’il avait su séduire par son intelligence et son savoir, avait pour lui une profonde admiration, qui le conduisit à épouser sa sœur. Dès son avènement, le jeune homme, de santé fragile, se montra incapable d’assumer la moindre responsabilité. Il confia donc à son beau-frère le soin des affaires de l’Empire. Afin d’avoir les mains libres, Boris s’empressa d’exiler l’ex-Impératrice, le petit Dimitri, et tout le clan Nagoï. Se déclarant alors simple serviteur du tsar, il gouverna avec sagesse. Le 15 mai 1591, le Tsarévitch Dimitri meurt. Accident ou crime ? Alerté par le glas, le peuple se révolte contre Boris, qu’il accuse d’assassinat. On tue le précepteur de l’enfant, considéré comme espion de Boris. Ce dernier envoie une commission d’enquête, qui conclut à un accident. Maria Nagoï reconnaît sous la foi du serment que son enfant s’est tué avec son couteau, au cours d’une crise d’épilepsie. Les révoltés sont punis la cloche du glas est démontée, fouettée, exilée en Sibérie. En 1598, Féodor 1er meurt. La Douma des Boyards élit Boris. Son règne débute dans le calme, mais très vite maintes catastrophes s’abattent sur la Russie : famines, incendies, épidémies, … Face à ces drames, Boris se retrouve seul. La noblesse, les boyards et l’Eglise elle-même complotent ouvertement contre lui. On parle de malédiction attachée au Tsar assassin. Deux jeunes hommes, un novice débauché et un écuyer, tout deux défroqués, se font passer pour le Tsarévitch Dimitri, prétendument sauvé de la mort par une substitution. Le second prend le pas sur le premier. Aidé par la Pologne et par le Saint-Siège, auxquels il promet tout lorsqu’il sera tsar, mais aussi par des boyards félons, avec le prince Chouïsky à leur tête, le faux Dimitri arrivera à ses fins, Boris étant mort brutalement (crise cardiaque ou empoisonnement ?) au cours d’une réunion de la Douma.

Dans cet extrait du dixième volume de l’Histoire de la Russie de Karamzine, Pouchkine avait puisé le sujet de « Boris Godounov», longue tragédie sur le modèle des drames historiques de Shakespeare. Vladimir Nikolsky éminent professeur d’histoire, persuada son ami de faire de cette tragédie la trame d’un opéra profondément national, original, plein de réalisme et de compassion. Moussorgski composa sept scènes, entre octobre 1868 et décembre 1869. L’impact pour le moins révolutionnaire, la bizarrerie -pour certains- de ces pages, ainsi que l’absence de tout personnage féminin leur valurent un rejet sans appel des autorités toutes-puissantes de l’Opéra Impérial. Peiné mais non découragé, Moussorgski se remit à l’ouvrage, modifiant l’ordre des scènes existantes, divisant son œuvre en un prologue et quatre actes, ajoutant à l’acte III les deux scènes dites « polonaises » ; introduisant le personnage de l’ambitieuse Marina Mnichek et le récit de ses rapports amoureux avec le faux tsarévitch Dimitri, ainsi que le personnage du jésuite Rangoni. Ce deuxième Boris, achevé en 1872, rencontra à nouveau l’hostilité de la commission impériale. Toutefois, après l’exécution çà et là de quelques extraits l’ouvrage fut donné en entier, à quelques coupures près, au Théâtre Maryinsky de Saint-Pétersbourg, le dimanche 27 janvier 1874, bien que la date officielle ait été le 8 février 1874. Le succès fut immense (18 à 20 levers de rideau pour le compositeur). Mais la censure veillait, exigeant sans cesse des coupures, et retirant l’ouvrage de l’affiche, après 21 représentations réparties sur plus de cinq ans.

Soucieux que l’œuvre de son ami, mort entre temps, ne tombe dans un injuste oubli, Nicolas Rimski-Korsakov en entreprend une refonte complète. Mais laissons-lui la parole (extraits de la préface de l’édition 1896 de sa révision datée du 1er mai 1896 : « Boris Godounov a été composé en ma présence et personne mieux que moi -ami intime de Moussorgsky- ne pouvait connaître toutes les intentions de l’auteur de Boris et la manière de les rendre. Appréciant beaucoup l’éminent talent musical de Moussorgsky, ainsi que la valeur de son opéra, et guidé par une pieuse amitié, j’entrepris une nouvelle rédaction technique de la musique de Boris Godounov, ainsi que de son orchestration. Je suis persuadé que mon travail n’a en rien changé le caractère original de l’œuvre ni les hautes inspirations du compositeur, puisque ma rédaction de l’opéra s’est bornée à épurer le côté technique de l’œuvre, qui dans sa nouvelle forme ne deviendra que plus accessible à tout le monde, mais sans toucher aux parties essentielles, comme on l’a fait maintes fois du vivant de l’auteur en montant cet opéra. L’édition actuelle de l’opéra n’annule pas sa première édition, et c’est pourquoi l’œuvre de Moussorgsky reste également intacte dans sa forme primitive. (préface de l’édition 1908 de sa révision datée du 12 mai 1908) « Pour cette édition de Boris Godounov j’ai retouché et instrumenté les scènes omises dans l’édition précédente, vu la trop grande longueur de l’œuvre, voire : 1) Le récit de Pimen de la vie des tzars. 2) La scène (Boris et le « tzarevitch Théodore) de la carte géographique. 3) La scène du perroquet et de Boris avec le tzarevitch Féodor et Chouïsky. 4) L’épisode de la pendule à carillon. 5) La scène du faux Dimitri et de Rangoni et 6)« le monologue du faux Dimitri. « N’ayant aucune importance pour l’ensemble de l’œuvre, ces scènes présentent tout de même un grand intérêt musical et dramatique et elles peuvent, selon le choix des artistes interprètes, être introduites dans l’œuvre, ce qui fait que l’édition actuelle du drame musical de Moussorgsky est absolument complète et sans aucune coupure.

On sait que tout ce travail a été remis en cause par les plus éminents musicologues, dont mon ami Maurice Le Roux, dont le livre « Moussorgsky, Boris Godounov « (éditions Aubier) fait autorité, et qu’aujourd’hui seul le Boris No 2 de Moussorgsky est au répertoire des grands théâtres. Il n’empêche que le Boris dans sa version révisée (1908) par Rimski-Korsakov, a pendant des années contribué à la popularité du chef-d’œuvre de Moussorgsky.

Ce Boris a fait l’objet d’une traduction française de Michel Delines, qui a été representée pour la première fois à Lyon le 26 janvier 1913, avec Aquistapace dans le rôle-titre. Cette version, hors les scènes de Marina, fut donnée au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, le 7 novembre 1913, puis, sans coupures, à Bruxelles le 12 décembre 1921, pour entrer au Palais Garnier, dans une traduction complétée par Louis Laloy, le 8 mars 1922, sous la direction de et avec Germaine Lubin, Vanni-Marcoux, Sullivan et Albert Huberty dans les principaux rôles. Par la suite, André Pernet, le Boris de la centième à l’Opéra de Paris, succédait à l’illustre Vanni-Marcoux, qui, à la Scala de Milan, avait alterné avec Chaliapine, sous la direction de Toscanini.

Ce Boris en français qui nous est présenté par Malibran-Music est un compromis, voulu par le célèbre chef suisse Ernest Ansermet, entre les version 1896 et 1908 de la révision de Rimski-Korsakov. On y retrouve en effet le récit de Pimen qui avait été omis dans la version 1896. Ce « pris sur le vif » nous vaut des bruits de scène et quelques toux involontaires dans la salle, mais aussi une « ambiance » des plus évocatrices.

Jean Ziegler

Le Disque :
Boris Godounov en français. MALIBRAN-MUSIC. (2CD)

 

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