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Festival « Musica » : Comptes-rendus du 21 septembre au 6 octobre 2001

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Yan Maresz s’est formé à Monaco puis aux Etats-Unis, essentiellement comme guitariste de jazz, orchestrateur et arrangeur,aux côtés, entre autres, de John Mac Laughlin. « Eclipse », commande de Radio France, a été suscitée par le phénomène du même nom. L’œuvre, en trois mouvements, évolue de manière sensible d’un univers contemporain coloré et fluide vers un hommage au jazz, pulsé, ludique, intégrant les procédés du genre. André Trouttet, instrumentiste des débuts de l’EIC,reste indissolublement lié aux « Domaines » de Pierre Boulez et c’est de cette œuvre que l’on se souvient en l’écoutant jouer Maresz

Le deuxième des concerts eut lieu samedi 22 septembre à 17 heures, au Palais des Fêtes.

Au programme

  • (né en 1966) : Eclipse (1999) pour clarinette soliste et ensemble
  • (né en 1923) : Hamburgisches Konzert (1998-99) pour cor soliste et ensemble

s’est formé à Monaco puis aux États-Unis, essentiellement comme guitariste de jazz, orchestrateur et arrangeur,aux côtés, entre autres, de John Mac Laughlin. « Eclipse », commande de Radio France, a été suscitée par le phénomène du même nom. L’œuvre, en trois mouvements, évolue de manière sensible d’un univers contemporain coloré et fluide vers un hommage au jazz, pulsé, ludique, intégrant les procédés du genre. André Trouttet, instrumentiste des débuts de l’EIC,reste indissolublement lié aux « Domaines » de Pierre Boulez et c’est de cette œuvre que l’on se souvient en l’écoutant jouer Maresz. En un départ progressif et doux, les sons en arpèges de la clarinette sont repris par les tenues de l’ensemble. Puis le solo se fait peu à peu volubile, relayé en écho par la harpe et le piano. La conduite musicale s’anime ainsi, stationnant de temps à autres sur des nappes de trilles. La densification du discours se matérialise parfois dans des fortissimi de la percussion. Dans la deuxième partie, plus détendue, les séquences fluides font une part plus grande à de larges tenues de fond. Le jazz apparaît dans les pizzicati des basses et les ponctuations du trombone avec la sourdine « wawa ». Il s’épanouit dans la troisième partie, qui swingue sur un son pédale en alternance régulière entre cuivres et cordes graves.

Le concerto pour cor de Ligeti fait se répondre un soliste jouant tour à tour du cor et du cor naturel avec quatre cors naturels prenant place au sein d’un orchestre de chambre. Ligeti part ainsi à la recherche d’une nouvelle organisation des hauteurs. La base, ici, en est le spectre naturel des cors dont il se sert de manière démonstrative. En cinq mouvements très brefs, ce qui répond de façon heureuse au besoin des cornistes de respirer et de reposer l’embouchure,cette structure extrêmement adaptée à la morphologie même de l’instrument met en valeur, sous forme de clusters, à la fois la couleur cuivrée et l’échelle détempérée particulière au tube des cors naturels. On retrouve le goût de Ligeti pour l’extrême aigu et l’extrême grave dont il peut user à loisir grâce aux temps de repos prévus dans la partition. On retrouve aussi ses sonorités si caractéristiques de grande quinte vide,héritées de Ockeghem, ainsi que les petits nuages de groupes répétés presque à l’identique, évoluant imperceptiblement, rappelant le « Continuum » pour clavecin, par exemple. Plus nouvelle est l’irruption d’un grand choral à 4 voix qui prend place dans le deuxième mouvement, très conforme aux canons du genre, mais en échelle détempérée.

Le clou du concert dure 42 minutes que l’on ne sent absolument pas passer. « Triangel », concerto pour triangle de , associe jeu de scène, situations musicales et esprit ludique en une pièce aussi structurée qu’improvisée, très roborative. Le joueur de triangle soliste entre seul, marchant et faisant tinter son instrument. Suivent deux percussionnistes, un joueur de synthétiseur, un tubiste et le chef. Tous commencent à habiter l’espace sonore par petites touches en même temps qu’ils s’installent; attitudes et musique se mettent en place en même temps. Puis entrent huit bois qui viennent entourer deux rangées de quatre cloches-plaques. Le percu solo accroche son triangle et vient provoquer le jeu de chacun des bois en jouant de la cloche-plaque qui se trouve en face de lui. En parlant avec le compositeur, j’ai eu l’explication du parfait étagement harmonique qui se dégage de cette apparente improvisation; une grille d’accords, à utiliser par les bois, se trouve écrite sur le portique des cloches, à la hauteur de chacun. De loin, cela ne se voit pas. On trouvera la symétrie de cette partie dans une quasi improvisation du groupe des cuivres avec un jeu de huit tams-tams suspendus au fond de la scène, vers la fin de la pièce. Entre temps, il y aura eu toute une succession de coups de théâtre, tous très équilibrés entre des solutions préméditées et un espace laissé à l’improvisation. Des jeux de lumière font partie de la partition, malheureusement réduits, –– m’a dit Peter –– pour cause de manque en logistique et de trop petit nombre de répétitions. Entre ces deux pôles d’improvisations se situe un réjouissant dialogue du soliste jouant de trois steeldrums avec trois groupes de trois cordes, ayant chacun une scordatura différente. Ceci, de l’aveu même de Peter, a demandé de longues heures de calcul, car le résultat doit être une mélodie de clusters que chacun joue pour sa part avec le même doigté, dans la même position. L’épilogue de cette pièce est réservé à trois triangles suspendus amplifiés laissant place, peu à peu, à un clarinettiste qui tourne sur lui-même, –– André Trouttet toujours ––. Le joueur de triangle retrouve ensuite son petit instrument de départ qu’il fait encore tinter en regagnant les coulisses. , en cette œuvre réjouissante, se montre compositeur accompli autant que musicien et chef tous terrains, faisant fructifier astuce et inventivité à partir, à la fois, de son talent et de son expérience.

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Yan Maresz s’est formé à Monaco puis aux Etats-Unis, essentiellement comme guitariste de jazz, orchestrateur et arrangeur,aux côtés, entre autres, de John Mac Laughlin. « Eclipse », commande de Radio France, a été suscitée par le phénomène du même nom. L’œuvre, en trois mouvements, évolue de manière sensible d’un univers contemporain coloré et fluide vers un hommage au jazz, pulsé, ludique, intégrant les procédés du genre. André Trouttet, instrumentiste des débuts de l’EIC,reste indissolublement lié aux « Domaines » de Pierre Boulez et c’est de cette œuvre que l’on se souvient en l’écoutant jouer Maresz

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