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Enfants terribles

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra de Paris Garnier. 3-XI-01. Alexander von Zemlinsky : Der Zwerg. Dale Duesing, Mary Mills, Robert Brubaker, Paula Delligatti, etc. Maurice Ravel : L’Enfant et les sortilèges. Gaële Le Roi, Felicity Palmer, Anna-Maria Panzarella, Désirée Rancatore, Delphine Haidan, Louise Callinan, Nicolas Cavallier, Frank Leguérinel, Jean-Paul Fouchécourt. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris. Direction : James Conlon. Mise en scène, décors et costumes : Richard Jones et Antony McDonald. Mise en scène réalisée par Nicolas Marty. Costumes : Patrice Cauchetier. Lumières : Matthew Richardson. Chorégraphie : Amir Hosseinpour.

Der Zwerg / L’Enfant et les sortilèges

L’Opéra Garnier propose un diptyque voué à l’enfance, une enfance fondamentalement cruelle, dont l’innocence ne peut excuser ni même expliquer le comportement. Certes, il y a une grande différence entre l’enfant préadolescent de Ravel et la princesse au seuil de l’âge adulte de Zemlinsky, et si l’on est prêt à pardonner le premier, la seconde est détestable…

Amoureux éconduit d’Alma Mahler-Schindler dont il fut le professeur et qui le considérait comme un nabot informe et démuni de menton, Alexandre Zemlinsky a souffert sa vie durant de son handicap physique. Sixième de ses huit opéras et second volet du diptyque que lui a inspiré Oscar Wilde, après Eine florentinische Tragödie (1916), Der Zwerg (1916-1921) est un ouvrage bouleversant : une musique dense à l’expressionnisme halluciné, un contrepoint serré, une harmonie tendue jusqu’à la déchirure, avec un thème de grande beauté autour de la phrase éperdue prononcée par le Nain jusque dans la mort, « Elle/tu m’a(s) offert une rose blanche ». L’anniversaire de l’Infante de Wilde a inspiré à Zemlinsky un chef-d’œuvre de 80 minutes, et l’on ne peut s’empêcher de songer à la biographie du compositeur. Impossible en effet de ne pas faire l’amalgame entre Alma et la princesse, qui voit dans le cadeau vivant envoyé par un lointain Sultan un monstre sans âme dont on peut impunément se moquer. Le décor, arc de cercle de cirque surplombé d’un champ d’asperges phalliques fièrement dressées où se meuvent des chanteuses court vêtues accoutrées de porte-jarretelles et bas résilles, une princesse aguicheuse, le tout plutôt vulgaire, mais magistralement rattrapé par le couple marionnette-nain soudé au ténor-nain campé par un extraordinaire , l’un en habit blanc l’autre en habit noir mais tous deux frères siamois. Une superbe idée que ce couple indéfectible, qui sombre lorsque la princesse fait amener un piano de concert et ordonne à sa camériste (excellente Paula Delligatti) de faire ouvrir le couvercle pour que se reflète l’image du nain qui ne se savait pas si laid, réalise soudain qu’il est difforme et que la princesse dont il est épris se rit de son désespoir et qui, découvrant son aspect physique, meurt d’une crise cardiaque en déclarant son amour à une enfant gâtée de dix-huit printemps (, froide et distanciée, en concordance avec ce personnage sans âme) qui n’a que ce mot devant le nain agonisant : « Tout juste offert et déjà cassé », alors que sa camériste, touchée, conclut « Dieu a brisé un pauvre cœur qui était beau. » campe pour sa part un puissant majordome. dirige ici dans son jardin, véritable chantre de la création de Zemlinsky dont il enregistre au Gürzenich de Cologne une intégrale pour EMI.

Bien que l’on se laisse volontiers séduire par son extraordinaire orchestration et sa variété rythmique, L’Enfant et les sortilèges de Ravel est moins convaincant, sans doute à cause de , qui, tout comme l’ensemble de la distribution, manque de conviction. Phénomène de plus en plus prégnant dans l’opéra français, les chanteurs – mais ne serait-ce pas dû aux chefs de chants ? – font de moins en moins attention au poids des mots, la prononciation s’avérant de plus en plus systématiquement relâchée, alors même que le public se voit privé de surtitres, la langue de Colette étant sensée être comprise de tous… Sur le grand plateau de Garnier, l’œuvre est un peu perdue. La distribution est dominée par une impressionnante , que l’on écoute avec plaisir dans les rôles de la maman, de la tasse chinoise et de la libellule, et par Gaëlle Le Roi, enfant dynamique et perturbé.

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