Festival Présences : Entente peu cordiale

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Maison de Radio-France, Festival « Présences 2002 ». 02-II-2002. Entente préalable, œuvre collective de douze compositeurs. Commande de Radio-France et des Percussions de Strasbourg. Quarantième anniversaire des Percussions de Strasbourg. Jean-Pierre Drouet : La Fuite – Philippe Hurel : Ecart en temps – Michaël Jarrell : Incipit – Christian Lauba : Kupang – Philippe Leroux : Rheumics – Michaël Levinas : Tic tac / Pas de deux deux deux deux – François-Bernard Mâche : Vectigal Libens – Martin Matalon : Caramba (les) – Marc Monnet : Mort et transfiguration pour quarante balais – Gérard Pesson : Gigue – Fausto Romitelli : Chorus – Jean-Marc Singier : Salmigondis. Direction : René Koering

Et si on schtroumpfait une petite fête ? Quarante ans, ce n’est pas rien. Une communauté telle que les a suffisamment prouvé durant ces quatre décennies la variété de son répertoire et son attachement à la musique vivante, pour qu’elle fasse commande à l’occasion de l’événement. Passée la commémoration dans la capitale alsacienne, les six percussionnistes ont eu la délicatesse de produire leur travail à Paris, profitant par là même du Festival Présences. Un anniversaire important, cela se dénoue entre nombreux amis ; on ne regarde pas à la dépense, donc. Pas moins de douze compositeurs se sont cotisés pour offrir le cadeau : un corpus collectif qui, sous le nom d’Entente Préalable, se veut la gageure réussie de commettre un travail tout à la fois personnel, fractionné et global – si l’on en croit la notice qui insiste sur la symbolique des nombres : douze étant le double de six, l’effectif des Percussions. N’ironisons pas trop : l’idée en soi est excellente, tout comme que le fort joli titre (attention, tout de même, aux relents de Sécurité Sociale) !

La lecture des noms des auteurs laisse rêveur, avec des personnalités éminentes (Mâche, Jarell, Levinas, Monnet…) et la fleur de la jeunesse (Romitelli…). Tout comme le panoramique sur ces instruments magnifiques, tant en nombre qu’en personnalité, qui trônent sur la scène. A guichets fermés, des vigiles partout, fouille systématique et vestiaire (à défaut de douche) obligatoire : c’est très sincèrement impressionnant, et contribue à la sensation d’assister à une liturgie d’exception. Le début est en effet envoûtant, avec tout ce que le susurré peut avoir de sacral ; la pièce de Drouet, par exemple, n’invite pas vraiment à suivre son titre (La Fuite) ! Non, on reste, oreilles à l’affût. Tant et si bien que la très sophistiquée installation électro-acoustique est vite repérée, ainsi que les haut-parleurs. Il y aura donc de la matière sonore amplifiée. Pourquoi pas, même si cela n’est guère nouveau : il n’est pas interdit de travailler le son ce cette sorte, et qu’importe le flacon…

Mais : on eût aimé en rester aux percussions elle-mêmes. Rien n’est plus frustrant que de contempler des instruments demeurant muets, alors même que leur apparence laisse augurer de décapantes libations. Décapage est d’ailleurs le mot, puisque sans même le mécénat de Castorama ou Leroy-Merlin, une perceuse électrique est priée d’ajouter ses mélismes à l’ensemble. Le terrain a été préparé : des scies vont et viennent sur des rondins, tout près de petits micros très attentifs. L’un d’entre eux capte avec soin les bruits de gargarisme d’un des acolytes. Dans cette conjonction bruitage – bricolage – câblage, on perd assez rapidement le fil, si l’on ose dire, et il demeure difficile de savoir quel est le morceau qu’on écoute. Est-ce vraiment si important ? A défaut de se ressembler tous au détail près, ils sont jumeaux par l’esprit. Un doigt de musique, un zeste d’accessoires ; beaucoup d’esbroufe. Jusqu’à la détonation d’une arme… Les instrumentistes jouent d’un humour féroce, puisque l’un d’entre eux va simuler la mort, et deux de ses compagnons ses obsèques. La salle rit de bon cœur ; elle a raison, c’est encore ce qu’il y a de mieux à faire. Les frottements sur des tubes genre plastique fluo, sortes de grands préservatifs rigides et bariolés, viennent ramener un peu de sérieux ; que diable !

est un farceur : où a-t-il vu quarante balais, fussent-ils transfigurés, ailleurs que dans son jeu de mots ? Quelques manches du susdit instrument domestique seulement, bien frappés en cadence sur le sol : on reste sur sa faim, on est déçu. Très franchement, ces trucs et recettes sont aujourd’hui un peu usés. On est tenté de dire : ringards. Faire flèche de tout bois, même en rondins, au prétexte de faire « neuf », finit par agacer le plus patient des zygomatiques. Merci donc à de zapper et de laisser la place à , à qui échoit la conclusion. Très originale, par contre, et bien démarquée de tout ce qui précède : des petits réceptacles montés sur chariots à roulettes contiennent des cailloux, des billes, de l’eau. Chaque « percussionniste » s’attelle près des micros béats à tamiser, touiller ; ou souffler dans ces éléments. Comme nous plongeons en plein convivial, ces bocaux seront versés les uns dans les autres. Force du symbole, en somme ! Sous les vivats, les compositeurs viennent saluer, mêlés aux artistes de l’ensemble alsacien. C’est très dangereux : vu sous cet angle, le collectif fait plutôt songer au collectivisme, avec la spontanéité qui le caractérise. On aime bien, cependant, le titre choisi pour sa contribution par le douzième apôtre : Salmigondis. A la place des onze autres, on serait jaloux.

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