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Xenakis au présent, la musique d’orchestre

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Paris. Théâtre du Châtelet. 29-V-2002 Horos, Aïs, Shaar, Jonchaies par Spyros Sakkas (baryton), Béatrice Daudin (percussions), l’orchestre philharmonique du Luxembourg, direction : Arturo Tamayo.

aurait eu 80 ans ce 29 mai. L’occasion rêvée pour organiser un concert « hommage ». Mais la réalité a dépassé toute espérance puisqu’il ne s’agit non pas d’un mais de trois concerts étalés sur 2 jours, et un miracle n’arrivant jamais seul, la gratuité était de mise. La grande salle du Châtelet était pleine, et les applaudissements longs et fournis n’ont pu laisser de doutes sur l’enthousiasme et l’engouement du public pour cette musique, surtout au moment ou le chef d’orchestre, lors d’un des nombreux rappels, a brandi la partition de Jonchaies.

La série était inaugurée par 4 grandes pages symphoniques. Horos (1986) pour grand orchestre, écrit pour l’inauguration du Suntory Hall de Tokyo et dédié à Françoise Xenakis est une œuvre d’une force tellurique, basée sur des oppositions de masse et de timbre. C’est une pièce compacte, ramassée, concentrée, qui à aucun moment ne se relâche. Curieusement les percussions ont un rôle limité –on connaît le goût du compositeur pour cette famille d’instrument- et se cantonnent à deux grosses caisses, jouées par un seul exécutant. Le matériau de composition de Horos est le cluster, souvent exposé en homorythmie par un pupitre, homorythmie progressivement « perturbée » par les interventions des autres instruments. On remarquera vers la fin de l’œuvre un court passage en mode pentatonique, bref salut au pays commanditaire.

Aïs (1980) a été pensé et conçu pour deux interprètes proches du compositeur : le baryton et le percussionniste Silvio Gualda. L’écriture de ce morceau est plus « sage » que le précédent. On y retrouve les constantes de l’orchestration de Xenakis : forte section de percussions (en plus du soliste), oppositions de masse, de timbre et d’intensité, utilisation à (presque) tous les instruments du glissando et surtout refus de tout vibrato et de tout jeu trop expressif. L’œuvre est une immense prière incantatoire, impression renforcée par la place prépondérante des percussions à hauteur indéterminée et par la scansion des textes d’Homère et de Sappho, dont l’idée générale est le monde de la mort. La prestation de , dont le visage rappelle Homère, a grandement contribué au succès public de cette pièce.

Shaar (1983) pour orchestre à cordes est une œuvre austère, voire tragique. Les cordes sont employées de manière traditionnelle, pas de pizzicato, de col legno ou d’harmoniques. Bien sur le refus du vibrato et le glissando sont fortement présents. La polyphonie y est très resserrée –les divisions des pupitres sont nombreuses. L’œuvre s’échafaude sur 2 notes pivot, sol et ré –dont les rapports entre elles sont on ne peut plus tonals- autour desquelles gravite par tuilage les autres voix, créant cette impression de fourmillement sonore incessant.

Jonchaies (1977) LE chef d’œuvre orchestral de Xenakis, résultat d’une commande de la Radio initiée par un proche du compositeur, Claude Samuel. Il s’agit du résultat instrumental et acoustique des recherches théoriques entreprises par Xenakis depuis la fin des années 60. Le discours musical est d’un fouillis extrême, alternant séquences mesurées et combinaison aléatoires d’où se dégagent 2 plans sonores nettement définis : un combatif, belliqueux voire violent dévolu aux vents et percussion, l’autre plus ascétique et désincarné, confié aux cordes disposées en arc de cercle autour du chef et non par pupitres de gauche à droite comme à l’accoutumée.

On peut regretter un certain manque de précision de la part de l’. Ce n’est pas la meilleure phalange qui soit mais la connaissance et la pratique ainsi que le travail effectué ne méritent que des louanges. Travail qui n’aurait pas été possible sans les connaissances et la rigueur du chef, , spécialiste de Xenakis à en croire les 3 excellents CD parus sous le label Timpani.

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Paris. Théâtre du Châtelet. 29-V-2002 Horos, Aïs, Shaar, Jonchaies par Spyros Sakkas (baryton), Béatrice Daudin (percussions), l’orchestre philharmonique du Luxembourg, direction : Arturo Tamayo.

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