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On en redemande, Monsieur Hogwood !

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Paris. Salle Olivier Messiaen. Mardi 11 juin 2002. Arthur Honegger : Suite d’après Jean-Sébastien Bach. Carl Philipp Emmanuel Bach : Concerto pour violoncelle et orchestre en la majeur W. 172. Francis Poulenc / Lennox Berkeley : Sonate pour flûte et orchestre. Wolfgang Amadeus Mozart / John Harbison : Fantaisie en fa mineur K. 608. Steven Isserlis : violoncelle. Emmanuel Pahud : flûte. Orchestre Philharmonique de Radio France. Direction : Christopher Hogwood.

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Concert surprenant ce mardi soir salle Olivier Messiaen. Très classique par les compositeurs joués : J.S. et C.P.E. Bach, Poulenc et Mozart. Inattendu par les transcriptions originales de Honegger, Berkeley, Harbison et C.P.E. Bach lui-même pour son concerto. C’est le célèbre , réputé pour ses cross-over entre musique baroque à l’ancienne (ou l’authentique si on préfère) et musique contemporaine, qui dirigeait pour l’occasion une formation réduite de l’.

La « Suite d’après Jean-Sébastien Bach » d’Honegger est tirée du ballet « Noces d’Amour et de Psyché » composé uniquement d’orchestrations d’œuvres de Bach. Pour cette Suite, Honegger a retenu cinq arrangements issus des Suites Françaises et Anglaises. La musique de Bach est une musique avant tout absolue qui a une extraordinaire faculté de survie quelle que soit l’orchestration ou l’interprétation choisie (d’ailleurs Bach lui-même transcrivait ses propres concertos). Les adaptations d’Honegger ne respectent pas du tout l’orchestre typique de Bach. On y trouve ainsi un saxophone, un célesta ou une harpe, tous étrangers au Cantor, pour une orchestration des plus soyeuses. C’est joli et amusant à écouter, et toujours de très bon goût, donc pourquoi s’en priver !

Le concerto pour violoncelle W. 172 de C.P.E. Bach est une transcription de l’un de ses très nombreux concertos pour clavecin. C.P.E. Bach privilégie toujours l’expression de la sensibilité dans sa musique, à l’inverse par exemple de son frère Joan-Christian Bach qui plus tourné vers un certain charme mélodique et une écriture « galante ». Ce concerto nécessite un interprète d’une grande sensibilité, notamment dans le mouvement lent d’une noble profondeur d’expression. Ce violoncelliste, on l’a trouvé avec Steven Isserlis qui, sur le Stradivarius « Feuermann » de 1730, montra beaucoup de qualités. En bis, une émouvante petite pièce qui ressemble à une adaptation de mélodie populaire ou religieuse.

Le compositeur anglais Lennox Berkeley, que je connaissais justement pour des œuvres pour flûte, a réalisé à la demande de James Galway en 1977 une orchestration de la sonate pour flûte et piano de Poulenc. On obtient ainsi enfin le petit concerto pour flûte et orchestre que Poulenc n’a jamais écrit. Berkeley essaye ici au possible de respecter le style et l’orchestration de Poulenc. Le premier mouvement, à grands renforts de cordes, prend des tournures plus lyriques et sirupeuses. Les deux autres mouvements sont deux belles réussites magnifiant l’écriture de Poulenc. Le flûtiste du soir n’était autre qu’ qui a brillé de toute sa classe dans ce « concerto ». En bis, une version magistrale et pleine d’expression de l’éternel Syrinx de Debussy.

La Fantaisie K. 608 de Mozart est très célèbre chez les amateurs d’orgue, même si peu d’organistes comme moi ne s’amusent à la jouer car elle est d’une redoutable difficulté. Redoutable car elle fut écrite non pas pour être exécutée par un homme, mais par un orgue mécanique logée dans une horloge ! Pour ma part, de Mozart, je préfère jouer à l’orgue sa Fantaisie pour piano en ut mineur qui, au prix de quelques arrangements, sonne admirablement bien sur l’instrument et est techniquement plus accessible. Cette Fantaisie en fa mineur, la deuxième de Mozart pour orgue, fut écrite à la toute fin de sa vie. C’est donc une page de maturité aux très belles qualités harmoniques (modulations vers des tons éloignés dans le portique de l’introduction et à chacune de ses reprises), contrapuntiques (fugues des mouvements extrêmes) et lyriques (adagio central). La version proposée ce soir est une orchestration de John Harbison réalisée en 1991 pour le Scottish Chamber Orchestra à l’occasion du bicentenaire de la mort de Mozart. Au contraire de Honegger avec Bach, Harbison reste fidèle à l’esprit de Mozart et son orchestration ressemble comme deux gouttes d’eau à l’une des symphonies du viennois. Le résultat est tout à fait convaincant et devrait permettre une plus grande diffusion de cette belle partition, mais ne saurait dépasser l’original qui sonne déjà magnifiquement bien à l’orgue. Un ajout non inutile à l’œuvre de Mozart.

Que de curiosités et de belles musiques ! On n’en redemande, Monsieur Hogwood !

NB : Ce concert est rediffusé le lundi 17 avril à 20h sur France Musiques

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Paris. Salle Olivier Messiaen. Mardi 11 juin 2002. Arthur Honegger : Suite d’après Jean-Sébastien Bach. Carl Philipp Emmanuel Bach : Concerto pour violoncelle et orchestre en la majeur W. 172. Francis Poulenc / Lennox Berkeley : Sonate pour flûte et orchestre. Wolfgang Amadeus Mozart / John Harbison : Fantaisie en fa mineur K. 608. Steven Isserlis : violoncelle. Emmanuel Pahud : flûte. Orchestre Philharmonique de Radio France. Direction : Christopher Hogwood.

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