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Jukka-Pekka Saraste / Julia Fischer

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Toulouse. Concert du 18 octobre 2002. Magnus Lindberg : Feria. Max Bruch : Fantaisie écossaise op. 46. Jean Sibelius : Symphonie N°5. Julia Fischer, violon. Orchestre national du Capitole de Toulouse : Jukka-Pekka Saraste.

Orchestre National du Capitole

Plutôt qu’avec un précédent concert bien peu représentatif du niveau des musiciens, où Michel Plasson s’était contenté de survoler Richard Strauss et Mahler, on peut considérer que c’est avec la venue à Toulouse de qu’a véritablement commencé la saison de l’orchestre du Capitole.

Il faut d’abord saluer les progrès constants de la formation toulousaine, dans des conditions souvent difficiles.

En effet, la surcharge de travail notoire d’un orchestre, obligé d’assurer en même temps une saison symphonique riche et une programmation opératique fournie, sans que l’on puisse affirmer que le chef titulaire assure une étude approfondie du répertoire, ne le prédispose pas particulièrement à progresser. Pourtant, on a vu au fil des ans sa sonorité gagner en profondeur et en assise grave, tout en gardant une clarté qui est sa marque distinctive, en grande partie due à un pupitre de bois remarquable, et la meilleure discipline se traduit par une plus grande légèreté d’attaques, plus précises.

En outre, l’orchestre ne cesse, au travers des concerts des chefs invités, de faire montre de sa grande souplesse d’adaptation aux différentes conceptions, attestant ainsi de ses qualités. Bien sûr, d’autres orchestres, même français, possèdent parfois un fini encore supérieur, une discipline encore plus forte, mais n’est-ce pas lié, aussi, à un travail plus rigoureusement organisé ?

Si le concert débutait avec une Feria pas très festive de Lindberg, qui, malgré une virtuosité d’écriture certaine, donne assez rapidement l’impression de tourner à vide, la première -agréable- surprise venait de la jeune .

La mode semble être en ce moment à ces jeunes violonistes prodiges (souvent féminines) qui, dès leur plus jeune âge, vous dévalent arpèges ou doubles cordes avec une assurance crâne assez stupéfiante, belles mécaniques au doigts d’acier, souvent vides. a cependant pour elle des arguments qui lui permettent de sortir du lot. Ce n’est pas seulement son physique ravageur de starlette adolescente (atout qui lui sera cependant précieux, n’en doutons pas) mais, pour en rester sur le plan strictement musical, une expression nettement moins stéréotypée que ses rivales, une sonorité quasiment vocale, ronde, éminemment expressive, une façon de modeler ses phrases avec souplesse et sans afféterie qui rendrait passionnante à peu près n’importe quoi. Et c’était effectivement à peu près n’importe quoi que cette Fantaisie Écossaise de Bruch, redoutable « saucisson » prétexte à débordements d’archets en tout genre, répétitif, orchestré à la truelle. On comprend que ait envie d’exhiber ses dons et sa maîtrise technique, mais pourquoi faut-il qu’elle le fasse avec « ça »?

L’orchestre reprenait le dessus avec, enfin, de la vraie musique. Saraste a de la Cinquième Symphonie de Sibelius une vision quasi-uniment lyrique qui semble nier le caractère plutôt héroïque de l’œuvre. Au disque, cette conception, qui se manifeste par de nombreux ralentissements et un certain « enrobage » mélodique, pourrait ne pas être passionnante, ou paraître réductrice. Mais le concert, c’est là sa force, ne permet pas le même recul critique et cette même interprétation, parfaitement jouée et défendue avec beaucoup de conviction par le chef, forçait l’adhésion par sa cohérence et sa séduction. Bref, malgré toutes les réserves a posteriori, cela « marchait » parfaitement ; c’est la marque d’un artiste de classe que de vous convaincre du bien-fondé d’une conception totalement opposée à la vôtre!

Pour présenter rapidement cette nouvelle saison de l’orchestre du Capitole, peu de révélations à attendre, la programmation restant sagement classique dans son ensemble.

On peut signaler une unique création, due à Yvan Cassar, arrangeur de Nougaro et Johnny Hallyday, Comment Wanb-Fô fut sauvé, le 16 janvier 2003, dans un concert dirigé par Michel Plasson où l’on pourra également entendre François-René Duchâble dans le Concerto de Schumann.

Parmi les programmes plus ou moins originaux, on remarque également deux concerts de Yan-Pascal Tortelier. Celui du 14 novembre sera consacré à Elgar, Ravel (Concerto en sol avec Hélène Grimaud) et Rachmaninov (Danses Symphoniques) ; le deuxième, le 9 janvier, sera très anglais, avec Vaughan Williams (la superbe Fantaisie sur un thème de Tallis), Britten (Quatre Interludes de Peter Grimes) et Holst (Les Planètes, bien sûr).

Le 22 mai, programme centré autour du cinéma, avec la Seven Stars Symphony de Charles Kœchlin et des musiques de films de Maurice Jarre dirigées par Alexandre Myrat.

Plus curieusement, deux œuvres originales, la très belle version musicale due à Zemlinsky de La Petite Sirène, accompagnée des Métamorphoses Symphoniques sur des thèmes de Weber de Hindemith, voisineront avec la scie des violoncellistes, les Variations Rococo de Tchaikovsky jouées par Han-Na Chang (autre virtuose à peine nubile) et dirigées par Thomas Dausgaard le 19 juin.

Pour le reste, saluons la venue de Georges Prêtre les 4 et 5 mars, Yuri Temirkanov le 10 avril, et, parmi les solistes, beaucoup de violonistes, Gidon Kremer le 5 décembre, Joshua Bell le 10 avril, Maxim Vengerov le 17 avril, et un ténor, Ben Heppner dans des airs d’opéras français, le 12 décembre.

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Toulouse. Concert du 18 octobre 2002. Magnus Lindberg : Feria. Max Bruch : Fantaisie écossaise op. 46. Jean Sibelius : Symphonie N°5. Julia Fischer, violon. Orchestre national du Capitole de Toulouse : Jukka-Pekka Saraste.

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