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Onéguine et les tourments de l’âme.

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra National du Rhin. 27-X-2002. Piotr Ilitch Tchaïkovski : Eugène Onéguine. Mise en scène et décors : Marc Arturo MARELLI. Costumes : Bettina WALTER. Vladimir PETROV, Kelley NASSIEF, Andrej DOUNAEV, Nona JAVAKHIDZE, Feodor KUZNETSOV, Nelly BOSCHKOWA, Jens KIERTZNER, René SCHIRRER, Léonard PEZZINO. Chœurs de l’Opéra National du Rhin. Orchestre Symphonique de Mulhouse. Direction : Dejan SAVIC.

Dejan Savic / Marc Arturo Marelli

Une nouvelle production d’Eugène Onéguine triomphe à Strasbourg, esthétique et fouillée, elle rend compte d’un grand sens de la nature des hommes et de leurs rendez-vous manqués.

Admettons que l’intrigue resserrée autour de quelques personnages seulement soit de nature à permettre à un metteur en scène de trouver l’espace adéquat pour soigner les détails et de fouiller les recoins de l’âme.

Admettons aussi que le livret remarquablement construit laisse d’immenses possibilités d’interprétation.

Car l’Onéguine que nous suivons ici met en place deux personnages centraux (Eugène et Tatiana) qui croient s’être trouvés, se perdent et se retrouvent pour se rendre compte que le train de la vie a passé.

D’un coté, nous avons Tatiana, jeune femme romantique, idéaliste et passionnée qui vit dans ses rêves plus que dans sa réalité. De l’autre, Onéguine, jeune noble arrogant, cynique et méprisant, fier de l’appartenance à sa classe.

Au milieu, Lenski, noble romantique et dévoué, incarnation de la sincérité.

La production dans son ensemble mettait parfaitement la définition des personnages en exergue, n’hésitant pas à faire d’Onéguine, un authentique « salaud », qui va ici jusqu’à refuser les règles établies du duel pour tuer son ami par traîtrise. Une conception très classique du décor et des éclairages rendait la compréhension et l’analyse personnelle libres de toute contrainte et de tout message.

Tout dans la production est suggestion, allusion, interprétation personnelle et met l’accent sur la grande solitude des personnages.

Privilégiant de grands panneaux magnifiquement éclairés et un décor par ailleurs stylisé, la mise en scène de conte des destins séparés et bien que l’action se situe en Russie, il n’est pas interdit de voir diverses allusions à Autant en emporte le vent. Il y a du Scarlett O’Hara en Onéguine, cette même insatisfaction récurrente qui fait augmenter l’intensité du désir au fur et à mesure que l’objet devient inaccessible. Et si Tatiana et le héros manquent finalement leur rencontre, l’occasion perdue n’est plus ici qu’une formalité dans cette production.

Sur le plan de la distribution, on notera paradoxalement d’abord le Lenski d’Andrej Dounaev, superbe ténor au timbre de velours et qui tient la dragée haute à Galina Badikovskaya (Tatiana) et Vladimir Petrov (Onéguine) par ailleurs excellents.

On notera aussi la fine baguette de Dejan Savic à la tête d’un Orchestre de Mulhouse en grande forme.

Magnifique production qui renvoie à l’amertume de Tchaïkovsky et au miroir de la torture que l’homme s’impose si souvent.

 

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