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Martinů surréaliste, Larmes de couteau et Alexander Bis

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet. 14-XII-2002. B. Martinu, Larmes de couteau et Alexander Bis. Daphné Touchais, Ruxandra Barac, Fabiola-Josée Gonzalez Moreno, Simone Ivas, James Bobby, Pawel Lawreszuk, etc. Orchestre OstinatO. Direction : Jean-Luc Tingaud. Mise en scène : Matthew Jocelyn. Décors et costumes : Alain Lagarde. Lumières : Stéphanie Daniel.

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C’est sur les Larmes de Couteau que s’est ouvert le spectacle donné le week-end dernier Théâtre de l’Athénée à Paris et présenté par l’Atelier lyrique du Rhin à Colmar. Une soirée mise en scène par le directeur de cette institution rattachée à l’entité Opéra du Rhin, , dont la thématique commune est le dynamitage des conventions amoureuses et la quête poétique de l’inconscient. Œuvre courte (25 minutes) composée en 1928 pour la radio allemande sur un poème surréaliste de Georges Ribemont-Dessaignes, cet opéra radiophonique s’inspire largement du jazz, avec des traits de banjo et un zest d’accordéon. Sur le plateau sont convoqués sur le mode loufoque et dans une atmosphère mystérieuse l’onirisme, la psychanalyse, la morale et la sexualité. L’histoire est celle d’une jeune fille, Eléonore, partagée entre l’hystérie et l’amour absolu. Sa mère veut la marier, mais elle aime un beau pendu, au point de repousser les avances de Monsieur Saturne-Satan que lui présente sa mère. Elle se désespère, tente de ressusciter son pendu, et se suicide. Le pendu finit par se réveiller et ranime Eléonore, qui découvre que le pendu et le prétendant sont le même Satan. Ainsi, l’amour absolu se révèle-t-il inaccessible. Remarquablement éclairée de clairs-obscurs de film expressionniste par Stéphanie Daniel, cette première partie du spectacle propose une conception scénique particulièrement astucieuse, reflet des dédales de l’inconscient. Seul problème, la diction approximative de cette jeune troupe internationale pas encore totalement aguerrie, et un orchestre OstinatO jouant trop fort et sonnant acide – quelle différence avec l’Ensemble Modern entendu dans Macbeth de Sciarrino voilà deux semaines !

Le second volet de ce diptyque Martinů, Alexandre Bis, date de 1937, et dure 40 minutes. Ecrit sur un livret d’André Wurmser, autre surréaliste qui joue de vers de mirliton au caractère bouffe, cet ouvrage devait à l’origine, conformément à la demande du compositeur tchèque, faire parler un chat. Ce à quoi le librettiste se refusa préférant faire parler un tableau ! En fait, ce dernier permet au mari d’être spectateur et commentateur de ses propres aventures et de celles de sa femme. Cette dernière, Armande, prise entre son mari et sa doublure ne résistera pas à une troisième tentation, un beau ténor cycliste qui l’enlèvera sur un cerf… Dans sa partition, Martinu exploite fox trots et charlestons, et son imagination s’avère plus riche, car moins austère, et plus fouillée que dans l’œuvre précédente. Sous une lumière plus crue que dans le premier ouvrage, les chanteurs se montrent excellents comédiens, mais l’articulation est toujours défaillante et l’orchestre tend tout autant à les couvrir. Le décor d’ est particulièrement astucieux.

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