Concert-rencontre autour d’Aulis Sallinen

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Institut Finlandais. 21-III-2003. Aulis Sallinen, Introduction et Tango, ouverture op. 74 pour piano et cordes ; Quatuor à cordes n° 5 op. 54 « Mosaïques » ; Quatuor à cordes n° 3 op. 19 « Aspects de la marche funèbre de Hintriikki de Peltoniemi » ; Notturno pour piano op.14 ; Musique de chambre V (variations Barabbas) op. 80 pour accordéon et cordes. Quatuor Jean Sibelius, Paavali Jumppanen (piano), Matti Rantanen (accordéon), Jiri Parviainen (contrebasse).

Avec ses compatriotes Kaija Saariaho, Magnus Lindberg, Einojuhani Rautavaara et Esa-Pekka Salonen, le compositeur (1935) compte parmi les personnalités les plus marquantes de la musique finlandaise contemporaine. Le concert de l’Institut Finlandais de Paris était l’occasion idéale de rencontrer le compositeur en personne et de parcourir sa musique de chambre. Telle initiative ne peut qu’inciter à prolonger par une sélection discographique l’écoute d’une œuvre qui compte jusqu’ici pas moins de huit symphonies et cinq opéras.

Le programme varié de ce concert couvrait trente-six ans de création. , présent dans la salle, nous présenta avec malice chacune de ses œuvres dans un français parfait puisqu’il passe l’hiver sous le soleil de Provence, ,où il compose. Avec Introduction et Ouverture Tango (1997), Sallinen voulait combler une carence en ouvertures dans la littérature de musique de chambre. Il a profité de l’occasion pour rappeler que le tango est une danse aussi populaire en Finlande qu’en Argentine. Confiée au piano seul, l’Introduction est « volée » à sa propre Septième Symphonie, pour reprendre son expression. Le tango finlandais n’est pas celui de Piazzolla, mais il en conserve la liberté, la sensualité et la pulsation rythmique. Cette ouverture réjouit par son dynamisme et son charme mélodique. L’on y retrouve ce qui fait la qualité de l’écriture de Sallinen, une musique d’un lyrisme puissant et authentique porté par une intensité rayonnante particulièrement communicative.

Sallinen a composé le Cinquième Quatuor à cordes « Mosaïques » en 1983, à une époque où le climat de terreur de la Guerre froide gela temporairement l’inspiration du compositeur. Celui-ci décida alors de prendre les esquisses musicales qui jonchaient sur son bureau et de les assembler au sein d’un quatuor. Cette œuvre se compose ainsi de seize sections brèves enchaînées et variées. Sallinen crée ici une musique qui semble aller vers l’essentiel, chaque section livrant une intensité dramatique supplémentaire à la précédente, et cela sans développement préjudiciable.

Le Troisième Quatuor à cordes est conçu comme œuvre pédagogique et a été donné en 1970 une soixantaine de fois dans les écoles finlandaises. Cette partition est fondée sur une célèbre chanson finlandaise au tour funèbre tout aussi grotesque que celle de la Marche des Marionnettes de Gounod. Cette suite de variations sait allier écriture savante et moderne à des élans lyriques généreux et faciles d’accès. Le quatuor est un excellent avocat de la symbiose de la musique populaire au sein de la musique contemporaine, quête constante chez Sallinen.

Le Nocturne pour piano op. 14 (1966), malgré ses quatre minutes, représente « 95 % » (sic) de la production pour piano seul de son auteur… Par ses jeux de résonances échappées du monde de Debussy, cette pièce de jeunesse plonge dans un captivant climat, mystérieux et sombre paysage nordique.

La Musique de Chambre V pour accordéon et cordes (2000, révision 2002) est l’œuvre la plus récente de ce concert. Si récente d’ailleurs que les variations se fondent sur un thème issu d’une œuvre que Sallinen n’a pas encore achevée, Barrabas Dialogue, vaste fresque de cinquante minutes pour cinq solistes et récitants. La proximité de l’accordéon et du bandonéon, cette intensité passionnée, ces élans lyriques quasi populaires, la gravité noble et impénétrable, font penser à Piazzolla. Pourtant l’écriture du Finlandais est fort différente de celle de l’Argentin, avec notamment une dimension onirique supplémentaire, mais l’émotion qu’elle produit et la puissance qu’elle dégage sont assez proches.

Ce concert était donné dans le cadre du mini-festival « Kuhmo à Paris », émanation du festival de musique de chambre le plus populaire de Finlande, puisqu’il attire chaque été près de cinquante mille spectateurs au beau milieu de la forêt. Les solistes de ce festival poursuivent l’hiver venu leur collaboration au cours de tournées mondiales. Les musiciens finlandais réunis dans le cadre de ce concert parisien sont tous familiers de l’œuvre de Sallinen, l’accordéoniste Matti Rantanen pour qui et avec qui le compositeur a écrit la Musique de Chambre V. Interprétation superlative qui a ému le compositeur dans l’ambiance chaleureuse et intimiste de l’Institut Finlandais.

 

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