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La revanche de Berlioz

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Paris. Théâtre Mogador, 4.IV.2003. Hector Berlioz : Benvenuto Cellini, opéra semi-seria, H.76 (version de concert). Hugh Smith, Vincent Le Texier, Philippe Duminy, Matthias Hœlle, Adrian Dwyer, Nicolas Testé, Pierre Doyen, Loïc Felix, Annick Massis, Isabelle Cals. Chœur de l’Armée française. Ensemble vocal Michel Piquemal. Orchestre de Paris. Direction : Christoph Eschenbach.

Année Berlioz à l’

Statue de Persée (Florence)

L’on sait combien Benvenuto Cellini d’ a été injustement boudé par le public dès sa création à l’Opéra de Paris le 10 septembre 1838. Cette création reste aujourd’hui encore l’un des «fours» les plus notoires de l’histoire du théâtre lyrique. Malgré le soutien de la presse, l’œuvre a été condamnée dès avant sa naissance sous la direction d’un chef célébré mais «maladroit», François Antoine Habeneck. Ce dernier, qui imposa les symphonies de Beethoven au monde à la tête de la Société des Concerts du Conservatoire, dirigeait le soir de la première de Benvenuto Cellini un orchestre volontairement impuissant à faire ressentir les qualités de l’œuvre, tandis que le public était manifestement incapable d’en apprécier la complexité et la virtuosité de l’écriture orchestrale. Seule l’ouverture aura su convaincre.

Plusieurs versions de cet opéra seront écrites, dont celle dite «de Weimar», plus courte que l’original, initiée par Franz Liszt. Cette réalisation allait être régulièrement donnée en Allemagne, notamment sous l’impulsion de Hans von Bülow et de Félix Mottl. La version initiale du livret ne sera rééditée qu’en 1996.

Il aura donc fallu attendre cette «Année Berlioz» pour redécouvrir à Paris cet opéra dans sa version originale de 1838. , tel un orfèvre à la hauteur du grand Cellini, fait sonner les cuivres de l’ avec délicatesse pour ne pas trop couvrir les voix et donner aux cordes une expression rythmique qui ne se réduit pas à l’accompagnement des chanteurs. Les changements incessants de rythme et de couleurs sont aussi parfaitement maîtrisés par le chef allemand, notamment entre les scènes et pendant les puissants récitatifs.

Berlioz ne goûtait guère le bel canto, si bien que le rôle de Cellini est un exercice périlleux, le chanteur étant sollicité à tout instant. a réussi le prodige de se montrer à la hauteur du personnage, et sa partenaire s’est faite en Teresa une alliée rassurante dans les duos les plus délicats. Bien qu’une version concertante ne puisse offrir aux chanteurs un espace d’expression propice à les valoriser, la voix cristalline avec un zest de vibrato d’ a d’emblée conquis le public. Notamment dans l’air «Entre l’amour et le devoir» à l’issue duquel les spectateurs lui ont réservé une chaude ovation. Il faut regretter le manque de puissance de en Fieramosca dans le trio «Demain soir Mardi gras». L’orchestre couvrait sa voix, empêchant d’apprécier pleinement la qualité de son timbre, ce que ses solos ont heureusement permis par la suite. a quant à elle déjà joué le rôle d’Ascanio à Londres en 1999 sous la direction de Sir Colin Davis. Avec Eschenbach, elle a enchanté par sa voix chaude comme l’or en fusion dans l’air «Mais qu’ai-je donc ?». La partition n’a pas laissé le temps de l’applaudir, mais l’émotion a été à son comble dans la salle.

La complexité de l’ultime scène du premier acte pousse orchestre, chœurs et chanteurs dans une ronde infernale, tant et si bien que le professionnalisme et la qualité de l’ensemble des protagonistes de la soirée s’est avérée capitale pour restituer le panache de ce passage extraordinaire de l’ouvrage. Adrien Dwyer a exalté le personnage de Francesco qu’il a pleinement investi tant il semble connaître la partition sur le bout des lèvres. La prestance de Matthias Hœlle en pape Clément VII est à la hauteur de son talent, qui s’était notamment imposé à nous lors de sa fabuleuse prestation dans Rusalka de Dvorak à l’Opéra de Paris l’an passé.

Le public a su faire abstraction d’un livret au tour aujourd’hui archaïque pour se concentrer sur l’excellence de la partition de Berlioz, qui se pose ici comme un novateur dans l’opéra romantique, se faisant le précurseur de Wagner. Le texte d’Auguste Barbier ne reprend que peu d’éléments de la vie de l’orfèvre Cellini, déplaçant le décor de Florence à Rome, mais gardant l’intérêt du dévouement de l’artiste pour son art confronté à la cupidité et à la bêtise ambiante. Tel est l’élément clef de l’œuvre. Et si Alfred de Vigny avait pu en écrire la trame, peut-être n’aurait-il pas occulté le fait que Benvenuto Cellini était également violoniste…

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Paris. Théâtre Mogador, 4.IV.2003. Hector Berlioz : Benvenuto Cellini, opéra semi-seria, H.76 (version de concert). Hugh Smith, Vincent Le Texier, Philippe Duminy, Matthias Hœlle, Adrian Dwyer, Nicolas Testé, Pierre Doyen, Loïc Felix, Annick Massis, Isabelle Cals. Chœur de l’Armée française. Ensemble vocal Michel Piquemal. Orchestre de Paris. Direction : Christoph Eschenbach.

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