Concerts, La Scène, Musique symphonique

Heinz Holliger à la Cité de la Musique, éloge de la Folie

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Paris. Cité de la Musique. 26.IV.2003. Schumann : Gesänge der Frühe ; Holliger : Gesänge der Frühe (création française), Concerto pour violon «  Hommage à Louis Soutter  » (création française de la version intégrale). Christoph Berner, piano ; Thomas Zehetmair, violon ; Renie Yamahata, harpe ; Matthias Würsch, cymbalum ; Franz Bach, marimba ; Ensemble vocal et orchestre symphonique de la SWR de Stuttgart. Direction : Heinz Holliger.

est un hautboïste extraordinaire au répertoire éclectique, comme en témoignent ses enregistrements (Sonates en trio de Zelenka – 5 disques Archiv Produktion -, Romances de Schumann avec Alfred Brendel – Philips Classics -, musique de chambre de – Camerata -, – Aura Music – ou Elliot Carter – Accord). La «  carte blanche  » que lui a offerte à la Cité de la Musique permet de découvrir ses talents moins connus de chef d’orchestre et, surtout, de compositeur. Le créateur Holliger s’inscrit directement dans un héritage germanique (Bach, Schumann, Mahler, Berg, …) assumé de façon très personnelle, libéré d’une lourde tradition et de tout dogme esthétique.

Le concert du 26 avril s’ouvrait sur un cycle pour piano de immédiatement suivi de la relecture qu’en a faite Holliger. Les Gesänge der Frühe (Chants de l’aube) op. 133, ultime œuvre menée à bien par ce compositeur avant qu’il ne sombre dans la folie, sont dédiés à la poétesse Bettina von Arnim (Elisabeth Brentano). Ce cycle qui s’ouvre et se ferme sur un choral et dont le développement central se fait de plus en plus complexe et disparate est d’une exécution redoutable, non pas sur le strict plan virtuose mais sur celui de la couleur et de l’homogénéité. , élève de Maria Tipo et lauréat du concours Bösendorfer en 1995, aborde ce cycle avec un jeu trop terne et percussif qui se fluidifie et s’affine peu à peu faisant progressivement entrer l’auditeur dans la poésie toute personnelle et dispersée de Schumann.

La «  version Holliger  » de ce même cycle de Schumann fait nettement référence aux recherches sur le son menées depuis ces cinquante dernières années. L’œuvre débute sur des nappes quasi imperceptibles de cordes et percussion, tandis que le chœur chante le choral initial de l’original sur un poème d’Hölderlin. Ce thème qui va emplir cette œuvre de trente minutes est repris par les bois dont le souffle prime sur le son, entrecoupé de voix enregistrées lisant les correspondances de Schumann, Hölderlin et Arnim, ainsi que les rapports médicaux établis au moment de la mort du compositeur et de celle du poète. Les grattements de la plume sur le papier (également enregistrés) sont repris et imités par les cordes (avec harpe et piano). La texture polyphonique s’amplifie peu à peu, avant de chuter avec la reprise du choral initial traité de façon polytonale par le chœur, accompagné par le piano, qui, couplé à un dispositif électroacoustique, se désaccorde peu à peu, trahissant la descente dans la folie des créateurs à l’origine de cet oratorio. Suit un vaste passage orchestral postromantique interrompu par la reprise des voix parlées, sur des nappes de clusters tenues par le chœur entrecoupées de traits virtuoses de piano et de percussion. Le choral initial est repris par l’ensemble des interprètes, chacun partant peu à peu dans des tonalités différentes en diminuendo et donnant l’impression d’une désagrégation progressive et continue vers le néant.

solistes et de la percussion qui finissent par occuper la totalité de l’espace sonore. Ce passage fait nettement référence aux tableaux de peints directement avec les doigts recouverts d’encre. Le finale («  Epilogue  ») est inspiré d’une toile intitulée Avant le massacre créée le jour de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Alors que les parties précédentes étaient concentrées dans l’aigu, celle-ci se tasse dans le grave par des grappes sonores descendantes et une raréfaction progressive du discours. Le violon solo est utilisé en scordatura tandis que les instruments du concertino sont joués avec des archets, transformant leurs sons secs en notes tenues.

Cette immense partition de quarante-cinq minutes dans laquelle le violon admirablement tenu par joue sans discontinuer affirme nettement ses racines postromantiques dans un langage résolument moderne. A n’en pas douter, le Concerto pour violon de Holliger est une œuvre phare de la musique d’aujourd’hui, surtout quand elle est proposée par de tels interprètes et un orchestre aguerri à ce répertoire et au son aussi ample que généreux.

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Paris. Cité de la Musique. 26.IV.2003. Schumann : Gesänge der Frühe ; Holliger : Gesänge der Frühe (création française), Concerto pour violon «  Hommage à Louis Soutter  » (création française de la version intégrale). Christoph Berner, piano ; Thomas Zehetmair, violon ; Renie Yamahata, harpe ; Matthias Würsch, cymbalum ; Franz Bach, marimba ; Ensemble vocal et orchestre symphonique de la SWR de Stuttgart. Direction : Heinz Holliger.

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