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José Van Dam, un Maître de musique

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 17-X-2003. Francis Poulenc. Le Bestiaire. Gabriel Fauré, Mandoline, Les Berceaux. Henri Duparc. Invitation au Voyage — Extase, Le Manoir de Rosemonde — Chanson triste. Francis Poulenc, Chansons Gaillardes. Wolfgang Amadeus Mozart, Air de concert K 513 « Mentre ti lascio, o figlia », Air de Leporello « Madamina » (Don Giovanni), Air de Figaro « Non più andrai » (Les Noces de Figaro). Franz Liszt. Paraphrase de Rigoletto « Bella figlia del’amore » (Quatuor du IIIe acte). Léo Delibes. Air de Nilakantha « Lakmé, ton doux regard se voile » (Lakmé). Jules Massenet. Air de Phanuel « Astres étincelants » (Hérodiade). Georges Bizet. Air de Ralph « Quand la flamme de l’amour » (La Jolie Fille de Perth). José van Dam, baryton-basse. Maciej Pikulski, piano.

On ne présente plus , un des chanteurs qui ont le plus marqué la vie musicale de ces trois dernières décennies. Aussi à l’aise dans Mozart : Leporello à Garnier sous l’ère Liebermann, pour un mythique Don Giovanni avec , Ruggiero Raimondi, Margaret Price et Jane Berbié, puis plus tard le rôle-titre au Théâtre du Châtelet — que dans Verdi (on n’oubliera pas de si tôt son bouleversant Philippe II du Don Carlos en français, également au Châtelet) — il est aussi un immense récitaliste, doté d’une musicalité et une diction exceptionnelles, d’une voix somptueuse, chaude et vibrante comme du bronze en fusion, d’une présence scénique époustouflante et d’une autorité sans faille.

Et pourtant, ce ne sont pas les seules qualités de cet artiste hors du commun, puisqu’à à la générosité du chant, il faut ajouter celle de l’âme. Il donnait en effet ce soir-là, au Théâtre des Champs Elysées, accompagné par son fidèle pianiste Majciej Pikulski, un récital au profit de la Fondation Jérôme Lejeune, dans le cadre de l’année européenne du handicap.

Le discours prononcé au début de la soirée par un de ses organisateurs en rappela le but au public venu en grand nombre : rassembler des fonds au bénéfice de l’association fondée par le Professeur Jérôme Lejeune, décédé en 1994, afin de permettre à cette fondation de poursuivre ses importantes recherches sur les maladies génétiques, et en particulier la Trisomie 21.

Cette organisation, qui ne cesse de se développer depuis ces dernières années, bénéficie du haut patronage du Président Jacques Chirac et la présence dans la salle du Ministre Dominique Perben et de Madame Luc Ferry témoignaient de l’intérêt porté à ses activités par les plus hautes autorités.

L’orateur fit part de son enthousiasme à continuer la mission entamée par le Professeur Lejeune, en évoqua la beauté en citant Dostoievski : « La beauté sauvera le monde » et en concluant que « la beauté est une joie qui demeure »…

Le programme proposé par comportait en première partie un bouquet de mélodies françaises dont certaines figurent parmi les plus beaux fleurons de notre partrimoine, toutes d’humour et de mélancolie mêlées, Poulenc l’ouvrant et la fermant avec son humour dévastateur, tendre pour Le Bestiaire, joyeux et sarcastique pour les Chansons Gaillardes.

Au millieu du bouquet, comme des gemmes enchassés, six mélodies célèbres : Fauré d’abord : Mandoline et Les Berceaux, et l’ineffable Duparc : L’Invitation au voyage, Extase, Le Manoir de Rosemonde, Chanson Triste.

La deuxième partie faisait la part belle au répertoire lyrique français et aussi au maître incontesté qui accompagna José van Dam pendant toute sa carrière, Mozart, ce génie absolu : un air de concert, Leporello, Figaro. A travers ces morceaux de bravoure, qui firent sa renommée, il fut aisé de constater que ce chanteur n’avait rien perdu de sa prestance, de son autorité, de son timbre somptueux, de sa diction fabuleuse, aussi bien en italien qu’en français. Il en fut de même pour ces morceaux plus rarement donnés que sont les airs de Nilakhanta dans Lakmé, de Phanuel dans Hérodiade et de Ralph dans La Jolie Fille de Perth, qui mirent en valeur son art de l’expression et du style.

Parvenir à chanter « Je bois » tout d’abord de manière provocatrice et faussement désabusée (Les Chansons Gaillardes) et conférer ensuite aux mêmes mots (Air de Ralph) un caractère totalement opposé, celui de la tristesse et du désespoir, en dit long sur le génie interprétatif de l’artiste, capable de passer imperceptiblement de l’humour à la mélancolie ou à l’élégie.

, qui l’accompagne depuis dix ans avec subtilité, discrétion et raffinement, joua avec panache une brillante paraphrase de Liszt sur le fameux quatuor de Rigoletto, « Bella figlia dell’amor ».

Deux bis vinrent répondre à l’enthousiasme du public : un « Air de la Calomnie » d’anthologie — ah ! ce Bartolo cynique, chafoin et en même temps incroyablement léger et spirituel — et pour terminer, la Sérénade de Méphisto, « Vous qui faites l’endormie » du Faust de Gounod, qu’on crut n’avoir jamais entendue auparavant, où la noirceur la plus enjôleuse rivalisa avec un cynisme goguenard. Comme tous les grands interprètes, José van Dam donne à chaque fois l’impression de réinventer ce qu’il chante avec un naturel confondant, sans rien de forcé et d’affecté. A soixante trois ans, il a encore toute sa voix — et quelle voix ! — et c’est à peine si parfois un voile léger, comme celui qui ternit le doux regard de Lakmé, laisse entendre que les années ont passé. Mais un geste, un accent, une phrase royalement déployée, et le temps aboli nous le rend dans toute sa superbe, éternellement jeune. Une leçon de chant, de musique, d’humanité, de vie.

Oui, vraiment, ce soir-là, la beauté fut « une joie qui demeure », pour laquelle on peut dire un grand merci à José van Dam, en lui laissant le mot de la fin :

« Ce que je dis souvent aux jeunes chanteurs, c’est que l’une de leurs grandes qualités doit être la générosité et le don de soi. Nous sommes là pour apporter du bonheur. Chanter seul ne me fait pas plaisir car personne n’en profite. Quand on vient me féliciter après une soirée, on me dit souvent c’était très beau… Mais ce qui me fait vraiment plaisir, c’est quand on me dit vous m’avez apporté du bonheur pendant ce concert. Là, c’est magnifique. Là, je sais que j’ai atteint mon but. »

Qu’il se rassure, une fois de plus, le but fut atteint.

Crédit photographique : (c) DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 17-X-2003. Francis Poulenc. Le Bestiaire. Gabriel Fauré, Mandoline, Les Berceaux. Henri Duparc. Invitation au Voyage — Extase, Le Manoir de Rosemonde — Chanson triste. Francis Poulenc, Chansons Gaillardes. Wolfgang Amadeus Mozart, Air de concert K 513 « Mentre ti lascio, o figlia », Air de Leporello « Madamina » (Don Giovanni), Air de Figaro « Non più andrai » (Les Noces de Figaro). Franz Liszt. Paraphrase de Rigoletto « Bella figlia del’amore » (Quatuor du IIIe acte). Léo Delibes. Air de Nilakantha « Lakmé, ton doux regard se voile » (Lakmé). Jules Massenet. Air de Phanuel « Astres étincelants » (Hérodiade). Georges Bizet. Air de Ralph « Quand la flamme de l’amour » (La Jolie Fille de Perth). José van Dam, baryton-basse. Maciej Pikulski, piano.

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