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Dijon. Auditorium. 18.XI.2003. Antonin Dvořák (1841-1904) : Quatuor à cordes N°11 en Ut M op.61 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette pour piano et cordes en fa m op.34. Quatuor Pražák ; Franck Braley, piano.

prazak-350x271Le cycle « Dvořák et son temps », programmé à l’auditorium de Dijon, verra, jusqu’en mars 2004 — année du centenaire oblige — se succéder les quatuors : Takacs (décembre), Parkany( janvier), Belcea (février), Kocian, ainsi que le trio Guarneri de Prague (mars) : rien que « du beau monde », en somme…

Ce n’est cependant pas la foule des grands soirs — celle des grands rendez-vous symphoniques — pour ce premier concert du cycle. Mais n’en est-il pas toujours ainsi ? La musique de chambre, d’essence intimiste, rassemblant habituellement un auditoire, certes inférieur en nombre, mais souvent passionné et connaisseur, qui garnit pour cette soirée, généreusement, le parterre …

Qui, mieux que « les Pražák », pouvaient ouvrir le cycle consacré à Dvořák et quelques musiciens de son temps ? , le violoncelliste qui a succédé à Joseph Pražák en 1986, et ses partenaires, se sont aujourd’hui imposés dans tous les répertoires et compositeurs destinés à leur formation : de Haydn à Janaček, Berg ou Dusapin et leur réputation n’est plus à faire. Aussi leur accorde-t-on, ici comme ailleurs, un crédit plus que favorable ; et autant le dire tout de suite : l’espérance ne fut pas déçue.

Il en est des quatuors de Dvořák comme de ceux de Schubert : ce sont les trois derniers qu’on joue — et qu’on enregistre — le plus ; 13, 14, 15 pour Schubert ; 12, 13, 14 pour Dvořák. Le N° 11, en Ut M n’est cependant pas inférieur, en valeur absolue, aux trois autres plus favorisés, et rien ne trahit le fait qu’il fut composé dans l’urgence, en cette fin d’année 1881 (La parution fut annoncée « accidentellement » avant même que Dvořák n’eût songé à sa création !). Le jeu, tout de cohésion et d’étroite fusion des Pražák entraîne forcément l’adhésion. Mousquetaires de l’archet, ils illustrent précisément la fameuse formule : tous pour un (le compositeur), un pour tous ! Sans que chacun renonce pour autant à sa personnalité propre. Ainsi, à la souriante élégance de Václav Remeš — 1er violon — répond la voix médiane et charmeuse de l’altiste Joseph Klusoň, « pivot » de l’ensemble, tandis que le second violon Vlatismil Holek (qui n’a de « second » que la conventionnelle dénomination de « l’autre violon ») s’accorde juste ce qu’il faut de liberté pour ne jamais mettre en péril le parfait équilibre sonore. Quant à , « casque d’or » sans cesse mouvant, il nous gratifie d’un jeu flamboyant, base et basse profonde et âpre ou séraphique, selon les besoins mais toujours « juste », rassurant, motrice ardeur parfaitement maîtrisée et dosée.

Des quatre mouvements du quatuor, les Pražák nous donnent une version sans surprise, pour qui a pu entendre les Talich, autres familiers de leur patrimonial répertoire. Même climat « beethovénien » du vaste Allegro initial, contrasté et riche de développements » à tiroirs » ; chant serein, d’un tendre lyrisme dans le Poco adagio molto cantabile ; enfin, scherzo et vivace à l’accentuation rythmique plus marquée, plus « slave » aussi dans le finale au thème dansant de « skocna ».

Le Quintette en fa m op.34 de Brahms connut une gestation protéiforme. De quintette à cordes avec deux violoncelles initialement conçu, dès 1862, puis sonate pour deux pianos, il ne connaît sa version définitive qu’en 1865. Avec cette œuvre, très prisée — à juste titre — des mélomanes comme des chambristes, nous abordons le domaine de la musique de chambre…forte ; dont, heureusement, ces musiciens-là possèdent la clé : une clé souveraine …

Au quatuor, s’est joint le pianiste Franck Braley ; physique lisztien, voire brahmsien juvénile, dont le concours, dans cette interprétation, se révèle d’une haute tenue. Jamais le piano qui se coule, qui se fond dans l’ensemble ne tirera la couverture à lui, chacun des musiciens apportant, avec justesse, sensibilité et générosité, sa pierre au somptueux édifice. Et s’il faut primer quelques temps forts de cette lecture, ce sont les deux mouvements centraux qui l’emportent. Admirable climat onirique et crépusculaire de l’Andante, un poco adagio et fantastique scherzo franchi d’un même élan ardent, passionné, voire halluciné parfois, qui vous projette déjà, par association d’idée et quelques mesures durant, dans certaine page de Chostakovitch. A l’audition de cette musique, nous viennent en mémoire les mots souvent rapportés du chef d’orchestre Hermann Levi, premier interprète (avec Clara Schumann) de la version pour deux pianos : » Le quintette est beau au-delà de tout ce qu’on peut en dire… » et encore : « on n’a rien entendu de tel depuis l’année 1828 ! » 1828…l’année du bouleversant quintette en Ut de Franz Schubert .

Chaleureusement et longuement applaudis, les artistes rejoueront deux pages du merveilleux Andante , un poco adagio, comme pour nous renvoyer à nos rêves… Après une telle « secousse », un constat s’impose : on en a presque oublié Dvořák ! Mais il faut se rendre à l’évidence. Sans rien enlever à l’intérêt de ce quatuor N° 11, celui du cher protégé, force est de reconnaître la suprématie du mentor en la matière : son quintette touche à des cimes que l’œuvre du Tchèque, à hauteur des mélèzes des monts de Bohême, ne peut atteindre.

Quant aux interprètes, gageons qu’ils trouveront l’occasion de se réunir à nouveau dans cette formation, pour notre bonheur. Quelques crins follets arrachés à la mèche des archets (le premier violon, le violoncelle) témoignent de l’engagement ardent et généreux de ces artistes accomplis et attachants.

Crédit photographique : (c) DR

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Dijon. Auditorium. 18.XI.2003. Antonin Dvořák (1841-1904) : Quatuor à cordes N°11 en Ut M op.61 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette pour piano et cordes en fa m op.34. Quatuor Pražák ; Franck Braley, piano.

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