Concerts, La Scène, Musique symphonique

Vengerov, mozartien inspiré

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Toulouse. Halle aux Grains. 29 XI 2003. W. A. Mozart : Symphonie concertante pour violon et alto K. 364 — Gustav Mahler : Symphonie N°5. Maxim Vengerov (violon) Gérard Caussé (alto), Orchestre National du Capitole, Ion Marin (direction).

vengerov-296x363Il planait sur ce concert comme une malédiction : le chef initialement prévu, Philippe Jordan — annoncé partout comme l’un des possibles successeurs de — étant souffrant, devait être remplacé par Jaap van Zweden… lui même indisposé. C’est donc qui fut appelé au dernier moment. Quelques aléas aussi pour le programme, qui prévoyait originellement le Concerto pour violon de Beethoven et la Quatrième symphonie de Mahler.

Mais qu’importe tout cela, tant que était au rendez vous!

Bien sûr, on pouvait se demander — pour la forme et au nom du « style » — si les qualités tant admirées dans Tchaïkovski ou Saint-Saëns s’appliqueraient avec le même bonheur au « divin » Mozart. Mais, dès les premières notes, l’esprit critique rendait les armes tant apporte à cette œuvre une évidence et une perfection inouïes. Perfection bien humaine, cependant, celle d’un formidable musicien qui vit intensément chaque note avec une incroyable variété d’accents, d’articulations, un usage du rubato magistral qui, loin d’apparaître nombriliste, met en lumière comme rarement la structure des phrases. Car les libertés prises avec le texte ne sont pas là pour combler l’ego de l’artiste, mais conférent aux phrases un rebond rythmique, une intensité expressive uniques. Loin de l’image édulcorée qui est encore trop souvent la sienne, ce Mozart passionné et profond n’a plus rien de galant. Aucune lourdeur ou aucune sentimentalité cependant — Vengerov évitant tout excès sentimental ou romantique — mais une énergie et une invention qui renouvellent notre approche de l’œuvre : comme un conteur nous révélant une histoire depuis longtemps oubliée. Car le violoniste semble s’adresser à chaque spectateur, se confier, le charmer, à tel point que l’on souhaiterait presque lui dire, comme autrefois quelqu’un à Francis Planté après un récital, « Bien sûr, tout cela reste entre nous ! »

répondait avec retenue à cette extraversion, comme il sied aux caractères respectifs des instruments tels que Mozart les a défini dans son œuvre. Dommage, cependant, qu’il n’ait pas toujours relayé certaines trouvailles de phrasé ou d’accentuation. Mais quelle classe malgré tout ! L’orchestre donnait une réplique soignée mais routinière, la vigueur tenant lieu d’imagination. On rêve un jour d’un partenariat avec Claus Peter Flor, qui a su montrer que l’on pouvait apporter des idées neuves dans ce répertoire, même avec un orchestre « traditionnel ». Hélas, triste Cinquième symphonie de Mahler en seconde partie, contresens sur lequel il n’y a guère lieu de s’étendre. Triturées, distendues par un rubato permanent, maniéré et artificiel, les phrases perdaient toute cohérence — l’Adagietto lentissime et pâmé ne s’en releva d’ailleurs pas. D’autant que des crescendos soulignés au feutre gras transformaient les mouvements rapides en successions séquentielles de climax orgiaques, pétaradants et cuivrés. Bref, un vrai festival de mauvais goût ; dans ce contexte, le professionnalisme sans faille de l’orchestre du Capitole forçait le respect.

On saura gré au chef d’avoir sauvé le concert — mais qui sauvera Mahler à Toulouse ?

Crédit photographique : (c) DR

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Toulouse. Halle aux Grains. 29 XI 2003. W. A. Mozart : Symphonie concertante pour violon et alto K. 364 — Gustav Mahler : Symphonie N°5. Maxim Vengerov (violon) Gérard Caussé (alto), Orchestre National du Capitole, Ion Marin (direction).

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