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Beethoven, royal invité de Prades aux Champs-Elysées

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 16-I-2004. Ludwig van Beethoven : Sonate pour violoncelle et piano n°3 en la majeur op 69 ; Quatuor à cordes n°7 en fa majeur op 59 n°1 « Razumovsky » ; Septuor pour cordes et vents en mi bémol majeur op 20. Arto Noras, violoncelle. Brigitte Engerer, piano. Quatuor Michelangelo (Mihaela Martin, Stephan Picard, violons ; Nobuko Imai, alto ; Frans Helmerson, violoncelle). Gérard Poulet, violon. Bruno Pasquier, alto. Nick de Groot, contrebasse. Michel Lethiec, clarinette. Eric Ruske, cor. Milan Turkovic, basson.

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Depuis plusieurs années déja, le célèbre Festival de Prades, dont l’actuel directeur artistique est le clarinettiste , prend ses quartiers d’hiver au Théâtre des Champs Elysées, dans cette salle feutrée qui a résonné de tant de présences illustres. Outre Beethoven, Haydn, Mozart, Schubert et Arvo Pärt figuraient, cette année, au programme des trois concerts prévus par les organisateurs du Festival.

La musique de chambre de Beethoven est probablement une des plus passionnantes et les plus abouties de toute l’histoire de la musique et se caractérise tout particulièrement par son extraordinaire modernité. Le concert du 16 janvier illustre de manière exemplaire les trois genres de ce domaine où le compositeur a excellé : les sonates pour violoncelle et piano, les quatuors à cordes, et les pièces d’ensemble comme le septuor op 20.

La sonate n°3 pour violoncelle et piano, composée en 1807-1808 et dédiée au baron Ignatz von Gleichenstein, se caractérise par une grande fluidité, un lyrisme délicat et une importance primordiale donnée à la ligne mélodique. Le violoncelle y joue un rôle prépondérant. Pourtant, ce soir là, ce fut le piano de , arachnéen et hyper-sensible, qui parut au premier plan. Le violoncelle d’, souvent en retrait, manquait notablement d’aisance et d’élan lyrique, Etait-ce dû au trac ? Toujours est-il que fréquemment, on eut l’impression que l’instrument échappait au musicien et que l’œuvre lui résistait. Malgré l’art d’Engerer, cette sonate à deux voix sembla parfois être un monologue où le piano prédominait, tant par son assurance que par son intériorité. C’est d’autant plus dommage que cette œuvre compte parmi les plus belles que Beethoven ait composées.

Changement de décor avec l’extraordinaire dans l’opus 109 n°7, dit « Razumovsky », composé en 1809 et dédié précisément au comte Andrei Razumovski, alors Ambassadeur de Russie à Vienne. Grand amateur de musique de chambre, et en particulier de quatuors à cordes, le Comte aimait à tenir lui-même le second violon dans les quatuors de Haydn et devait, en 1809, fonder son propre ensemble. Il avait demandé à Beethoven « quelques quatuors avec des mélodies russes, vraies ou imitées ». Cette œuvre est probablement, au panthéon beethovénien, une de celle qui illustrent le plus l’idée de « modernité » mentionnée plus haut. Aux critiques qui, lors de sa création, la trouvent « longue et difficile, profonde et composée avec énormément d’habileté, mais généralement incompréhensible », Beethoven répondra : « Ce n’est pas pour vous, mais pour les temps à venir ». Le fait preuve ici, comme à son habitude, d’une maîtrise et d’une sensibilité exceptionnelles, mariant une technique sans faille à une grande expressivité, sans ostentation aucune. Son jeu, même dans le finale composé sur le thème d’une chanson populaire russe prenant des allures de danse, est une merveille d’équilibre et de sobriété. Du très grand art, assurément.

L’atmosphère change encore avec le septuor pour instruments à vents et cordes en mi bémol majeur, opus 20. Cette œuvre séduisante, dédiée à l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, connut dès sa publication, un très vif succès qui finira par agacer Beethoven lui-même : « Il y a là-dedans beaucoup d’imagination, mais peu d’art » déclarait-il, et aussi : « en ce temps-là, je ne savais pas composer, maintenant, je crois que je sais ». Il est clair que ce septuor joyeux et brillant, qui reprend la forme archaïque du divertimento et de la sérénade chers à Haydn et à Mozart, est d’un abord infiniment plus immédiat et facile que le complexe mais passionnant quatuor qui précède. Il sonne d’ailleurs un peu comme un « retour en arrière » par rapport à d’autres œuvres bien plus inventives et originales du compositeur, d’autant plus que son caractère assez nettement « mozartien », ne possède finalement pas la grâce et le raffinement, reconnaissables entre tous, du divin maître salzbourgeois.

Il constitue, cependant et indiscutablement, une clôture de programme idéale, compte tenu de la qualité des artistes en présence. Tous seraient à citer dans cet ensemble de choix, mais on retiendra surtout le cor d’Eric Ruske, le basson de Milan Turkovic et la clarinette de Michel Lethiec. L’enthousiasme du public fut tel que le premier mouvement « Adagio-Allegro con brio » fut redonné en bis. Une belle soirée, à la fois variée et harmonieuse, bien à l’image du génie de ce grand homme.

France-Musiques diffusera ce concert le mercredi 4 février prochain à 20 h.

Crédit photographique : (c) DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 16-I-2004. Ludwig van Beethoven : Sonate pour violoncelle et piano n°3 en la majeur op 69 ; Quatuor à cordes n°7 en fa majeur op 59 n°1 « Razumovsky » ; Septuor pour cordes et vents en mi bémol majeur op 20. Arto Noras, violoncelle. Brigitte Engerer, piano. Quatuor Michelangelo (Mihaela Martin, Stephan Picard, violons ; Nobuko Imai, alto ; Frans Helmerson, violoncelle). Gérard Poulet, violon. Bruno Pasquier, alto. Nick de Groot, contrebasse. Michel Lethiec, clarinette. Eric Ruske, cor. Milan Turkovic, basson.

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