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Dijon. Auditorium. 08-II-2004. G.F. Haendel (1685-1759 ) : The Messiah. Ensemble Concerto Köln ; Chœur Arsys du «  Pôle Art Vocal » de Bourgogne. Lynne Dawson, soprano ; Robin Blaze, alto ; Markus Schäfer, ténor : Klaus Mertens, basse ; Direction : Pierre Cao.

Messiah  TriumphansLe Messie de Haendel

En termes de popularité, Le Messie est à Haendel ce que La Saint-Matthieu est à J.S. Bach, La cinquième à Beethoven, ou la Nouveau Monde à Dvorak… Point de lassitude cependant : depuis deux siècles et demi, le succès de cette œuvre fascinante ne s’est pas démenti. Chef d’œuvre — et miracle — d’équilibre entre la vigueur épique du chœur et l’exquise et lumineuse beauté des Arie, « Le Messie » n’a pas fini de combler et d’émouvoir le mélomane, croyant ou non, tant qu’il trouvera pour le servir, des interprètes de qualité.

Pour réussir un « bon Messie », la recette paraît simple et évidente. D’abord, éviter à tout prix les masses chorales et orchestrales « surgonflées » : on frémit en imaginant ce qu’a bien pu donner l’» exécution » du centenaire, en 1859, avec trois mille exécutants ! On choisira, de préférence, un orchestre familiarisé avec les répertoires baroques et disposant d’instruments ad hoc. Le , en quelque vingt années d’existence, déjà bien rôdé à ces répertoires XVIIIe, est donc tout indiqué (Et les nombreux prix obtenus par cet ensemble, dans la série « Das Alte Werk » chez Teldec, sont une garantie appréciable). On s’assurera, de même, le concours d’un chœur de haut niveau, auquel la langue anglaise ne pose pas de problème : ainsi le chœur professionnel Arsys, de Bourgogne, à la présentation impeccable et à la « pâte sonore » remarquable. Des solistes, de réputation internationale, susceptibles d’inspiration constante : ceux-ci, de haute tenue, se révéleront de bout en bout, convaincants. Un chef idoine, enfin, autant à l’aise face à un chœur qu’efficace à la conduite de l’orchestre et attentif à ses solistes : , d’origine luxembourgeoise, ex lauréat (1968) du concours international des chefs d’orchestre de Copenhague, ex assistant de Louis de Froment à la tête de l’orchestre de Radio-Télé Luxembourg, est ce chef-là. Menant une double carrière de chef d’orchestre et de chef de chœur, il assure, entre autres, la direction artistique d’Arsys — Bourgogne et des Rencontres Musicales De Vézelay, tout en occupant la fonction de professeur à l’Ecole Supérieure de Musique de Catalogne, à Barcelone. Sa direction, tout au long de ce Messie est perçue comme souverainement magistrale.

Aucune action dans cet oratorio de Haendel, divisé en trois grandes parties. Les Prophéties et l’avènement du Messie forment le sujet de la première ; la seconde est consacrée à la Passion, la mort et la résurrection du Christ ; la troisième évoque sa victoire sur la mort et l’idée de Rédemption, sans que le Christ, en tant que personnage, soit jamais présent. Le texte est constitué de paroles bibliques rassemblées, ordonnées par (qui écrivit d’autres librettos pour Haendel). On se bornera maintenant, en guise de « tableau d’honneur », à souligner les temps forts de cette interprétation, qui sont, en fait, ceux de la partition :

Dans la première partie : l’Aria pleine de noblesse et de sérénité du Ténor, « Ev’ry valley » (que toute vallée soit rehaussée), fait retentir la voix de celui qui crie dans le désert et qui annonce les bouleversements qu’entraînera sur Terre la venue du Messie ; puis le chœur «  And the glory of the Lord » (Ainsi est la gloire de Yahvé » et la première Aria de soprano « Rejoice greatly » (Réjouis-toi, fille de Sion) qui, par la voix toute d’ardeur et ferveur frémissante de nous laisse espérer d’autres instants ineffables. Enfin, le chœur fugué « Hits yoke is easy » (remarquable, justement dans la légèreté — à l’image de ce joug — et la netteté d’articulation) clôture ce premier volet.

Nous retiendrons, de la seconde partie, le magnifique et émouvant air d’Alto d’entrée : « He was despised » (il est méprisé, rejeté ), superbement défendu par , digne représentant de la riche Ecole anglaise de contre-ténors ; de même que le jubilatoire et popularissime Hallelujah qui l’achève. Mais avant ce moment privilégié par la tradition, l’auditoire aura particulièrement goûté les chœurs — tout aussi exaltants — : « Surely, He hath borne our griefs » (Assurément, il a porté nos souffrances) et « Lift up your heads » (relevez la tête), ainsi que l’air de basse : « Why do the nations » (pourquoi ces nations en tumulte ).

L’Aria de soprano qui ouvre la troisième partie : « I know that my redeemer liveth » (Je sais que mon sauveur, mon rédempteur est vivant) — peut-être, dans l’absolu, le plus bel Air du Messie) — est un pur moment de grâce, qui vous étreint d’émotion. Une émotion que le chœur, vivement contrasté « Since by man came death » (la mort étant venue par l’homme), l’air de basse : « the trompet shall sound » et le chœur fugué de l’Amen, avec sa saisissante mesure de silence, contribueront à entretenir, jusqu’à l’accord ultime.

Contre toute attente (?!), l’Hallelujah sera donné en bis. Au final, comme à l’issue de la première représentation de cet oratorio donné à Dublin, le 13 avril 1742, le critique est assez tenté de dire, à l’instar de celui du « Faulkner’s Dublin Journal » (Publication en date du 17 avril 1742) : « Les mots nous manquent pour exprimer les plaisirs exquis que [le Messie] a offert à un auditoire nombreux et rempli d’admiration. Le sublime, le grandiose, le tendre mis au service des mots les plus solennels et émouvants, s’unissaient pour créer une envolée et une séduction qui ensorcelaient le cœur autant que l’oreille… »

Crédit photographique : Photo (c)

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Dijon. Auditorium. 08-II-2004. G.F. Haendel (1685-1759 ) : The Messiah. Ensemble Concerto Köln ; Chœur Arsys du «  Pôle Art Vocal » de Bourgogne. Lynne Dawson, soprano ; Robin Blaze, alto ; Markus Schäfer, ténor : Klaus Mertens, basse ; Direction : Pierre Cao.

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