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Figaro bello

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra du Rhin. 11-II-2004. Mozart ; « le Nozze di Figaro ». Le Comte : Christian Gerhaber. La Comtesse : Barabara Haveman. Susanna : Henriette Bonde-Hansen. Figaro : Luca Piasroni. Cherubino : Nora Sorouzian. Orchestre symphonique de Mulhouse, Direction : Dietfried Bernet. Décors et costumes : Maria Björnson. Eclairages : Simon Trottet. Mise en scène : Nicholas Hytner. Reprise de la mise en scène : Steven Taylor.

noces_strasbourg_1-300x400W. A. Mozart

Cette nouvelle production est de celles qui suscitent l’adhésion ou provoquent le rejet, mais elle ne peut laisser indifférent et ouvre un vrai débat. Voici Mozart, Da Ponte et Beaumarchais restitués dans leurs costumes, l’esprit du temps et le contexte historique. Elle donne la preuve qu’il n’est nul besoin de faire de Figaro un garagiste ambitieux ou bien encore du Conte un PDG adepte de la promotion canapé pour montrer l’intemporalité des chefs d’œuvre. La pièce de Beaumarchais est d’une sublime facture — nous le savons — et si elle se situe dans un contexte historique pré-révolutionnaire les sentiments et situations qu’elle décrit étaient largement illustrés au temps des comédies d’Aristophane comme à celui des théâtres de boulevard de notre époque.

Dans un décor sobre, élégant, somptueusement éclairé particulièrement dans le deuxième acte, les intrigues, les déclarations d’amour plus ou moins sincères et les repentances de circonstance déroulent devant nous la palette de la complexité humaine. Les Noces ne nécessitent pas de mise en scène flamboyante mais une bonne mise en avant de la comédie. Pari gagné pour le metteur en scène, Nicholas Hytner — dont le travail est repris ici par Steven Taylor — qui s’attache à rendre l’action lisible et le comique de situation véritablement efficace. Ce Figaro nous fait rire et nous sommes quelques uns à nous en féliciter. Par ailleurs, le classicisme choisi ne rime pas ici avec une certaine mièvrerie. Plus d’une scène « tendre » est rendue avec une expression sans équivoque du désir. L’esprit du libertinage est ainsi bien présent avec son ambiance délicieusement érotique !

La direction d’orchestre est un peu moins convaincante. Si Diefried Bernet revendique un Mozart qui coule de source, il reste cependant en dessous du mystère même s’il affirme une interprétation solide aux vertus certaines.

Du coté de la distribution vocale, c’est la jeunesse et l’enthousiasme qui l’emportent devant cette partition mythique et font passer les quelques imperfections et décalages. dans le rôle de Suzanna et Barbara Havenman dans celui de La Contesse ont moins de dix ans d’expérience sur les grandes scènes internationales mais le meilleur reste certainement à venir. Le Conte de est aristocratique, libertin et hautain à souhait, il n’oublie pas que son personnage est présent physiquement et psychologiquement d’un bout à l’autre de l’œuvre. — de son coté — campe un Bartolo solide, musical et bien charpenté.

Assurément, s’il fallait découvrir Figaro ce serait avec cette production là. Elle permettra ensuite toutes les audaces.

Crédits photographiques : (c) Alain Kaiser

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