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Venetian Journal et Satyricon de Bruno Maderna

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Venetian Journal et Satyricon de Bruno Maderna. Avec Sally Burgess, Valérie Florencio, Corinne Romijn, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Nigel Robson, Frans Fiselier, Alain Wendling, Gaëlle Pauly, Astrid Bas, David Tridant. Orchestre symphonique de Nancy ; Direction musicale : Lucas Pfaff ; mise en scène et lumières : Georges Lavaudant ; décors : Nicky Rieti ; costumes : Jean-Pierre Vergier ; Coproduction Opéra des Flandres, Opéra de Nancy et de Lorraine.

nancy_logo-109x150Après Le Prisonnier de Dallapiccola présenté en 2003, l’Opéra de Nancy et de Lorraine réaffirme son intérêt pour la génération d’après guerre en programmant deux ouvrages de , compositeur vénitien disparu à l’âge de cinquante trois ans qui fut, avec Boulez, Stockhausen et Berio l’intelligence vive des cours d’été de Darmstadt et un défenseur acharné de la modernité. Compositeur sériel bien entendu car c’est le passage obligé pour toute cette génération, Maderna est aussi un fervent admirateur de Webern sans adhérer nécessairement à la rigueur de son écriture. Comme Boulez, il réclame « le droit à la parenthèse » et s’engage très vite dans les techniques aléatoires dont il sera peut-être le représentant le plus convainquant. Avec Berio, dès les années cinquante, il promeut la musique électronique en Italie et comme tout italien, exalte son amour pour la voix qui nourrit son inspiration, traverse son œuvre et le rattache inévitablement à un héritage national. Est-ce un trait de cet humanisme italien que de vouloir, comme Berio, s’enraciner dans le patrimoine musical de son pays mais aussi du monde entier en allant aux sources de toutes les traditions et de tous les langages ? Exploitant les aspects communs aux deux partitions – le recours aux citations, l’utilisation de plusieurs langues, l’intervention de la bande magnétique et une même réflexion sur les faiblesses humaines face à la tentation, Georges Lavaudan et ont imaginé Venetian Journal (1972) et le Satyricon (1973) dans un même spectacle, ménageant une habile transition de l’un à l’autre.

Dans son habit de Lord très « british » et sur un devant de scène presque nu, James Boswell (Nigel Robson), « refait le monde » sur tous les tons et dans toutes les langues. Comme chez Bério, le chant passe par les attitudes physiques et les états psychiques du personnage que la bande électroacoustique vient relayé à certains moments stratégiques pour démultiplier l’espace et ouvrir le champ de résonance ; le tout assumé par un humour en filigrane entretenu par des citations allant de Haydn à Schoenberg sur lesquelles vient rebondir le discours musical. Au terme de ses digressions –et d’une prestation sans faille de notre ténor – , le voyageur écossais décide de partir pour Rome et sur un simple lever de rideau nous nous trouvons dans les décors du Satyricon. Des quatorze fragments du texte de Pétrone, décrivant la Rome de la décadence au temps de Néron, le compositeur retient la scène du banquet de Trimalchio (fragments 27 à 78), ce romain affranchi, vulgaire et « friqué » qui, selon Maderna, projette à bien des égards l’image de notre société actuelle pourrie par l’argent et la corruption. Partant de cette trame littéraire, les 19 numéros du Satyricon sont conçus sans ordre fixe d’exécution : autant de séquences musicales qui s’articulent au choix du chef dans une dramaturgie fragmentée hors de toute logique narrative et linéaire. Les citations fréquentes (Wagner, Bizet,Gluck, Strauss, Offenbach, Verdi), l’esprit de collage et l’intervention ad libitum de la bande électroacoustique accentuent l’effet de distanciation face à un texte latin « maquillé » par sa traduction en différentes langues.

Dans un décor sobre et clair offrant au regard plusieurs perspectives, parvient à faire éclater l’espace pour diversifier les lieux de ce montage kaléidoscopique, laissant parfois l’attention du spectateur s’absorber dans la projection de scènes érotiques à la romaine sur un grand écran de télévision… Dans cette société un rien « déjantée » balançant entre l’humour et la gravité, le tragique et la dérision, il faut saluer les qualités tant vocales que scéniques des chanteurs/comédiens totalement investis dans leur rôle respectif. Familier de l’univers madernien, s’acquitte en virtuose d’une partition tout en clins d’œil qui déroute, provoque par sa fausse indigence, rejoignant l’esthétique du Pop-art que Maderna appelait de ses vœux.

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Venetian Journal et Satyricon de Bruno Maderna. Avec Sally Burgess, Valérie Florencio, Corinne Romijn, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Nigel Robson, Frans Fiselier, Alain Wendling, Gaëlle Pauly, Astrid Bas, David Tridant. Orchestre symphonique de Nancy ; Direction musicale : Lucas Pfaff ; mise en scène et lumières : Georges Lavaudant ; décors : Nicky Rieti ; costumes : Jean-Pierre Vergier ; Coproduction Opéra des Flandres, Opéra de Nancy et de Lorraine.

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