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Sensuelle Elektra

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Toulouse. Halle aux Grains. 28-III-2004. Richard Strauss : Elektra. Janice Baird (Elektra), Karan Armstrong (Clytemnestre), Tina Kiberg (Chrysothémis), Angel Odena (Oreste), Alan Woodrow (Egisthe). Chœurs et Orchestre du Capitole, Gabör Ötvos (direction). Nicolas Joel (mise en scène).

Grand plaisir, un peu nostalgique aussi, de revoir douze ans après sa création cette intéressante production d’Elektra créée spécialement pour la Halle aux Grains par Nicolas Joël.

Un monumental décor unique, imposé par la géométrie de la salle, retient d’abord l’attention et plonge le spectateur dans un univers de science-fiction, Star Wars revu par les cauchemars bleutés de Bilal. La cour en friche du palais de Clytemnestre, jonchée de socles de bétons inachevés d’où s’échappent quelques ferrailles tordues, de tuyaux et d’ordures, nous révèle une façade délabrée, percée de trous, dont le placage de marbre tombe en ruine. Un escalier aux marches inégales et éparpillées mène à une entrée totalement noire. Au premier plan, le gisant d’Agamemnon, sous un voile noir de pierre.

Sort de ce trou, comme quelque bête sauvage de sa tanière, une Elektra sale, échevelée, en haillons, véritable Gorgone aussi belle que terrifiante. La mise en scène de Nicolas Joël met ainsi très nettement en avant le personnage central, autour duquel tous les autres viennent graviter, poupées ridicules, avinées et décadentes comme les serviteurs de Clytemnestre, ou simplement pitoyable comme Chrysostémis. Il a d’ailleurs parfaitement raison, lorsqu’on dispose d’une Elektra d’un tel rayonnement.

se montre encore plus convaincante dans ce rôle que dans sa pourtant très bonne Brühnnilde récente sur cette même scène. Vocalement, on pourrait appliquer d’ailleurs à peu près les mêmes commentaires à son Elektra : si le timbre n’est pas le plus beau qui se puisse imaginer — l’émission un peu forcée durcit un timbre qui semble parfois manquer de naturel — cette voix percutante affronte avec éclat une tessiture difficile et un rôle particulièrement lourd. Ce chant parfois expressionniste convient parfaitement à la fougue de l’héroïne de Strauss et lui donne des accents d’une véhémence très prenante. Et, l’actrice se montre tragédienne consommée et révèle une Elektra belle, intense, sensuelle, passionnée, à cent lieux de l’hystérique habituellement campée. Peu de chanteuses ont su ainsi donner la pleine dimension érotique d’un personnage plus provoquant que monstrueux. Elle domine de loin un plateau très convenable mais loin d’être marquant. On aimerait saluer le retour de , qui endosse à dix ans d’intervalle les habits de Clytemnestre, mais son chant se perd trop souvent dans le Schprechgesang et cette mère indigne ne paraît guère redoutable. Sans doute en partie à cause de l’acoustique absorbante de la Halle aux Grains, la voix de se noie dans l’orchestre et sa touchante Chrysostémis n’est pas vraiment en mesure d’affronter sœur aussi volcanique. Le reste, y compris l’Oreste de belle allure de Angel Odena se montre plutôt terne, seul apportant la lumière de son timbre clair dans le très court rôle du jeune Serviteur.

, à la tête d’un excellent orchestre du Capitole, donne une lecture plus lyrique qu’analytique, privilégiant le mouvement aux chocs harmoniques. On peut trouver que l’opéra perd ainsi en violence et en modernité, encore que le paroxysme final ait de quoi arracher de son fauteuil, mais cette lecture passionnée épouse parfaitement la conception de en mettant l’accent sur la sensualité et l’élan de la musique de Strauss.

Crédit photographique : (c) DR.

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Toulouse. Halle aux Grains. 28-III-2004. Richard Strauss : Elektra. Janice Baird (Elektra), Karan Armstrong (Clytemnestre), Tina Kiberg (Chrysothémis), Angel Odena (Oreste), Alan Woodrow (Egisthe). Chœurs et Orchestre du Capitole, Gabör Ötvos (direction). Nicolas Joel (mise en scène).

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