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Une Walkyrie Néerlandaise

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Amsterdam. Muziektheater. 1-V-2004. Richard Wagner : Die Walküre. Linda Watson (Brünnhilde), Charlotte Margiono (Sieglinde), Doris Soffel (Fricka), John Keyes (Siegmund), Albert Dohmen (Wotan), Kurt Rydl (Hunding). Nederlands Philharmonisch Orkest, Hartmut Haenchen (direction). Pierre Audi (mise en scène).

Die Walküre

Le Nederlandse Opera, serait-on tenté de dire, est une maison sans histoires. Assez largement spécialisé dans le répertoire lyrique du XXe siècle, il fait cependant une large part aux œuvres plus classiques. Son public est «bon public» au bon sens du terme. On ne se souvient pas, en trente ans de fréquentation, d’y avoir entendu un seul sifflet aux saluts et pourtant les metteurs en scène iconoclastes, d’obédience germanique principalement, y ont sévit plus d’une fois. Les productions sont résolument modernes pour le meilleur et pour le pire. Les distributions, loin du luxe tapageur d’autres scènes européennes et pourtant, ou plutôt en cela, sont généralement bien équilibrées et souvent pleines de surprises. Pas d’orchestre attitré mais les quatre principales phalanges du pays se relayent dans la fosse. Pas de routine donc, mais des spectacles individuels qui n’alternent pas et en moyenne trois représentations par semaine qui affichent toujours complet. Le superbe Muziektheater héberge depuis dix-huit ans le Nederlandse Opera ainsi que la compagnie de ballet nationale (Het National Ballet) et d’autres spectacles invités. Le succès réside probablement en la réussite d’une direction bicéphale installée en 1988 après que la direction précédente avait montré des tendances au déficit budgétaire, chose inconcevable aux Pays-Bas. Truze Lodder règne sur les finances et sur la direction artistique. Le même , metteur en scène, réalise chaque saison des spectacles comme La Tétralogie de Wagner, Les Troyens de Berlioz, un cycle Monteverdi et vient d’être nommé Directeur artistique du Holland Festival à partir de 2005.

C’est précisément du «Ring» signé par en 1998 que revient cette «Walkyrie» présentée, comme le seront les trois autres parties pendant la saison prochaine, avant que le cycle ne soit présenté intégralement à l’ouverture de la saison 2005/06. Présentée dans un décor unique signé George Tsypin, une vaste piste de bois en courbe et inclinée qui entoure l’orchestre qui s’inscrit, dispositif cher à , dans un quadrilatère et joue à découvert, «Die Walküre» ne donne pas dans l’anecdotique. Cette quasi-nudité de la scène met en valeur de superbes costumes de Eiko Ishioka à mi-chemin entre la tradition nordique de la légende et de celle du Japon antique. Chaque personnage conserve cependant ses attributs, fragment d’armure pour Wotan, cannes à tête de béliers pour Fricka, magnifiques cuirasses ailées façon anges noirs pour les Walkyries. Quelques accessoires, une cabane, une table en pierre, viennent marquer les lieux de l’action, la demeure de Hunding et le Walhalla. Action très lisible donc, surtout grâce à une direction d’acteurs magnifique malgré le péril que représente la scène inclinée et énorme qui ne donne pas à tous les spectateurs à la fois la même vue d’un personnage. On pense souvent qu’un retour à l’esthétique de Wieland Wagner a peut-être inspiré les artisans de ce spectacle. Cependant, et grâce à de savants éclairages, l’accent est mis sur les extrêmes dans les relations entre les personnages de cette première journée. Hunding est violent, Fricka véhémente, Wotan sait l’être aussi mais se montre bouleversant de tendresse envers sa fille Brünnhilde bien aimée.

La distribution est magnifique dominée par le Wotan très humain d’, absolument sublime au III, malgré un certain grisonnement de la voix au début, dans son Leb’ wohl…. la scène de ses adieux à Brünnhilde. Elle-même, d’une puissance énorme mais aussi très émouvante dans l’annonce de la mort (alternant avec ), est une surprise de taille que découvriront prochainement les spectateurs des prochains Rings de Paris (Châtelet) et Bayreuth. Superbes aussi la Fricka dramatique de (alternant avec Reinhild Runkel) et le Hunding très noir de . L’Américain John Keyes se tirait assez bien de Siegmund sauf dans son Lied Winterstürme manquant de lyrisme et malgré une prononciation allemande approximative. dirige avec beaucoup d’engagement un Nederlands Philharmonisch Orkest somptueux de timbre et de discipline, qui, s’il s’appliquait à ne pas couvrir les chanteurs, était en raison de la disposition particulière des lieux beaucoup plus présent que ce que l’on a coutume d’entendre. Il faudra attendre l’ouverture de la saison 2004/05 pour voir par la même équipe «Siegfried» puis «Götterdammerung» et «Das Rheingold». Également à l’affiche de la saison prochaine : «Mefistofele» de Boito (Rizzi/Vick), «Lucio Silla» de Mozart (A. Fischer/Wieler & Morabito), «La Norma» de Bellini (Reynolds/Joosten), «Die Tote Stadt» de Korngold (Metzmacher/Decker), «L’Amour des trois oranges» de Prokofiev (Denève/Pelly) et «Rages d’amour» de Rob Zuidam (de Leeuw/Cassiers), «Rigoletto» de Verdi (Callegari/Wagemakers), «Tea» de Tan Dun (Dun/Audi).

Muziektheater Amsterdam (00.31.20.6.255.455) les 9, 13, 16 et 21 mai. Prochain spectacle : «Don Carlos» de Verdi (Chailly/Decker) du 3 au 27 juin.

Á l’affiche de la saison 2004/05 du Nederlandse Opera : «Siegfried», «Das Rheingold» et «Götterdammerung» de Wagner, «Mefistofele» de Boito, «Lucio Silla» de Mozart, «La Norma» de Bellini, «Die Tote Stadt» de Korngold, «L’Amour des trois oranges» de Prokofiev et «Rages d’amour» de Rob Zuidam, «Rigoletto» de Verdi, «Tea» de Tan Dun.

Crédit photographique : photo (c) DR

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Amsterdam. Muziektheater. 1-V-2004. Richard Wagner : Die Walküre. Linda Watson (Brünnhilde), Charlotte Margiono (Sieglinde), Doris Soffel (Fricka), John Keyes (Siegmund), Albert Dohmen (Wotan), Kurt Rydl (Hunding). Nederlands Philharmonisch Orkest, Hartmut Haenchen (direction). Pierre Audi (mise en scène).

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