La Scène, Opéra, Opéras

Zemlinsky et Alban Berg Komische Oper

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Berlin. Komische Oper. 17 et 18-VI-2004. Alexander von Zemlinsky : Eine florentinische Tragoedie : Christiane Oertel (Bianca), Daniel Kirch (Guido), John Wegener (Simone)/ Der Zwerg : Geraldine McGreevy (Donna Clara), Douglas Nasrawi (Der Zwerg), Carsten Sabrowski (Don Esteban). Orchester der Komische Oper, Kimbo Ishii-Eto (direction). Andreas Homoki (mise en scène). Alban Berg Wozzeck Gun-Brit Barkmin (Marie), Hannu Niemelä (Wozzeck), Jürgen Müller (Tambourmajor) Markus Schäfer (Andreas), Andreas Conrad (Hauptmann), Carsten Sabrowski (Docktor). Orchester der Komische Oper, Manfred Honeck (direction). Richard Jones (mise en scène).

Avec ses trois scènes lyriques officielles héritées du temps de la division de la ville et fonctionnant comme de véritables maisons d’opéra avec leur troupe propre, leur orchestre, leur ballet et leur administration propre, la ville réunifiée de Berlin est plutôt gâtée. Théoriquement, car cette richesse est plutôt vécue par les autorités culturelles comme une dispersion et le touriste de passage peut constater que pour des soirées de répertoire les spectacles se jouent devant des salles très clairsemées. Certes, l’historique Staatsoper Unter den Linden, fondé en 1742 par Frederic le Grand, présente un certain dynamisme sous la direction artistique de Daniel Barenboïm mais le Deutsche Oper Berlin, ex-opéra de Berlin-Ouest situé à Charlottenburg et désormais excentré par rapport aux nouveaux pôles d’intérêt touristiques de la ville, sombre un peu dans une routine de répertoire. Plus petit et historiquement beaucoup plus jeune, le Komische Oper situé dans le nouveau Stadtmitte qui, quinze ans après la chute du Mur ressemble plus à Manhattan qu’à n’importe quelle ville allemande (les monuments historiques magnifiquement restaurés en plus), garde seul une spécificité. Les ouvrages choisis sont destinés à rester au répertoire de nombreuses saisons et donnés en langue allemande par une troupe fixe qui ne fait pas appel à des éléments extérieurs. Aujourd’hui dirigée par cette maison a été fondée en 1947 dans le secteur soviétique de la ville occupée, par Walter Felsenstein à qui ont succédé Joachim Herz et , tous hommes de théâtre. C’est dire que le soin porté à la mise en scène des opéras, opéras-comiques ou opérettes, prédomine souvent sur la qualité musicale du spectacle. Des mois de répétitions, un assez petit nombre de nouvelles productions et un choix très pointu des metteurs en scène garantissent cette réussite théâtrale qui est l’héritage même de Felsenstein pour qui il était fondamental d’associer le plus étroitement possible voix et jeu dramatique. Jusque dans les années quatre-vingts, on pouvait encore y voir quelques-unes de ses mises en scènes historiques comme celle des Noces de Figaro de Mozart ou encore du Barbe-Bleue d’Offenbach.

Au hasard de la programmation de ce théâtre nous avons pu voir deux soirées successives consacrées à des chefs d’œuvre lyriques de deux compositeurs de la Seconde École viennoise, et . Du premier un spectacle en deux parties comportant Une tragédie florentine et Le Nain deux opéras en un acte d’après Oscar Wilde. Mis en scène par , l’actuel intendant bien connu à Paris pour une merveilleuse Femme sans ombre au Châtelet en 1993 et cette saison un Tannhaüser très controversé sur la même scène (voir article sur le site), ces deux opéras d’arguments tragiques sont un exemple de travail scénique parfaitement équilibré et réussi. Homoki situe sa Tragédie florentine dans un décor abstrait mais très efficace de sacs de jute au milieu desquels le drame de la jalousie humaine se déroule inexorablement jusqu’à son issue fatale. Pour Le Nain, c’est un univers enfantin caricaturé jusqu’à la grimace et une direction d’acteurs réglée avec la minutie d’un horloger suisse. Pas d’individualité dans la distribution mais des interprètes aux physiques et moyens vocaux parfaitement adaptés à leur rôle. L’orchestre du Komische Oper admirablement dirigé par Kimbo Ishi-Eto qui succède à Vladimir Jurowski, actuel directeur musical du Festival de Glyndebourne, qui avait dirigé ce spectacle à sa création en novembre 2002.

Autre grand classique du XXe siècle, le Wozzeck d’ d’après Büchner, créé en 1925 à quelques dizaines de mètres de là sur Unter den Linden, est du pur théâtre musical qui a pris tout naturellement sa place au répertoire du Komische Oper. La production signée qui date tout juste d’un mois et qui est coproduite avec le Welsh national Opera n’a rien de révolutionnaire. Elle situe l’action dans les années soixante. Wozzeck n’y est plus soldat mais travaille avec Andreas dans une usine de conserve de haricots, Marie est femme au foyer dans un confort moderne et petit-bourgeois avec son esthétique de Formica beige. Rien n’est dans l’action perverti, tout fonctionne admirablement, la direction d’acteurs est remarquable et on se dit que rien de cela ne se démodera de sitôt. Dans une excellente distribution, le Capitaine de vole la vedette au Wozzeck de Hannu Niemelä. Mandfred Honeck dirige plus avec un soin d’équilibre général et d’efficacité dramatique que dans une optique de dissection de la partition comme c’est aujourd’hui un peu trop souvent la tendance.

Mais, pas plus qu’aucun théâtre lyrique aujourd’hui, le Komische Oper n’est à l’abri des scandales. Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas. Demain c’est le sulfureux metteur en scène espagnol Calisto Bieto qui arrive à Berlin, précédé des scandales de son Bal Masqué à Barcelone, de son Macbeth à Salzbourg, de son Trouvère à Hanovre. Il y monte L’Enlèvement au Sérail de Mozart et déjà les journaux berlinois publient des photos de répétition montrant la pauvre Constance livrée aux raffinements les plus sadiques du Pacha Selim. Affaire à suivre…

Crédit photographique : (c)Komische Oper

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Berlin. Komische Oper. 17 et 18-VI-2004. Alexander von Zemlinsky : Eine florentinische Tragoedie : Christiane Oertel (Bianca), Daniel Kirch (Guido), John Wegener (Simone)/ Der Zwerg : Geraldine McGreevy (Donna Clara), Douglas Nasrawi (Der Zwerg), Carsten Sabrowski (Don Esteban). Orchester der Komische Oper, Kimbo Ishii-Eto (direction). Andreas Homoki (mise en scène). Alban Berg Wozzeck Gun-Brit Barkmin (Marie), Hannu Niemelä (Wozzeck), Jürgen Müller (Tambourmajor) Markus Schäfer (Andreas), Andreas Conrad (Hauptmann), Carsten Sabrowski (Docktor). Orchester der Komische Oper, Manfred Honeck (direction). Richard Jones (mise en scène).

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