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Alessandro Scarlatti : la Giuditta

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Besançon. Kursaal ; le 21-IX-2004. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : La Giuditta, oratorio pour cinq solistes et orchestre (version de concert). Giuditta : Céline Ricci, soprano ; Ozias : Adriana Fernandez, soprano ; Oloferne : Martin Oro, alto ; Achiore, capitaine : Mario Cecchetti, ténor ; le prêtre : Bruno Rostand, baryton-basse. Orchestre du Parlement de Musique, direction : Martin Gester.

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Le Festival International de Besançon-Franche-Comté propose, cette année, un éventail de concerts d’une grande richesse de variété. On peut (ou l’on pouvait) y entendre des « choses » aussi diverses que l’ensemble Ligériana (sur les chemins de Saint-Jacques) ou des œuvres du compositeur Philippe Fénelon, en résidence, en passant par l’O.C.E. de Philippe Herreweghe, dans un programme Mahler/Bruckner (récemment relaté) , l’Orchestre National de Lyon (et l’Orchestre de l’Opéra) pour deux concerts distincts, le quatuor Ysaÿe (qui poursuit son intégrale Haydn), Pierre Hantaï, dans un récital de clavecin, l’orchestre symphonique de Berne (Armin Jordan) dans un programme Haydn, Mozart, Zemlinsky, le pianiste Gregory Sokolov, le Concert Spirituel d’Hervé Niquet pour un programme Charpentier ou encore, comme ce soir, et , dans la Giuditta d’Al. Scarlatti. Et ce n’est là qu’une sélection des principaux événements de cette édition 2004.

, depuis bientôt une quinzaine d’années d’existence de son ensemble « le Parlement de Musique », manifeste une prédilection évidente pour les répertoires des XVIIe et XVIIIe siècles et ses concerts, comme ses enregistrements (déjà nombreux) connaissent généralement un succès et une distinction bien légitimes.

Le musicien strasbourgeois nous livre ici, trois jours après Maastricht, avant Ambronay et…enregistrement, la Giuditta, l’une des œuvres les plus abouties du prolixe Scarlatti, il padre. Cet oratorio tire son argument d’un épisode biblique bien connu (et qui aura inspiré nombre de compositeurs, tels Charpentier : Judith sive Bethulia liberata ou le Vivaldi de Juditha triumphans) : pour sauver la cité de Béthulie assiégée par les troupes du général assyrien Holopherne, Judith séduit ce dernier et le décapite dans son sommeil, favorisant ainsi la victoire de son peuple sur des assiégeants désemparés. L’œuvre est conçue comme un oratorio profane, de caractère dramatique, proche de l’opera seria, finalement, mais sans mise en scène. Seul élément de décor, ici : un fauteuil recouvert de velours rouge, sur l’avant-scène, qui va longtemps intriguer avant qu’on ne comprenne qu’il s’agit, par cet accessoire de figurer le trône d’Ozias, prince de Béthulie ou, selon le cas, le camp d’Holopherne. Musicalement, la Giuditta, alternant épisodes martiaux et commentaires lyriques, est caractéristique des éléments qui vont marquer le théâtre musical de la première moitié du XVIIIe : la sinfonia d’ouverture, en deux mouvements seulement (Allegro, Grave) laquelle annonce l’Ouverture à l’italienne vif, lent, vif qui va finir par s’imposer, l’Aria da capo, de structure ternaire et le recitativo secco.

Les cinq personnages sont bien campés par un plateau vocal plus qu’honorable d’où se distinguent plus particulièrement la Judith de Céline Ricci (animée d’une belle énergie et très à l’aise dans le rôle), l’Ozias d’Adriana Fernandez, au timbre lumineux et le lyrisme charmeur du ténor . Le contre-ténor Martin Oro (Oloferne) se révèle plus convaincant dans la seconde partie que dans la première, durant laquelle il semble chercher « ses marques ». Bruno Rostand (baryton-basse) endosse le rôle du prêtre avec toute la noblesse voulue. Quant à l’orchestre du Parlement…, il nous entraîne avec bonheur dans cette musique plaisante et raffinée. Accordons une mention spéciale au continuo, très fréquemment sollicité, exemplaire de style et d’efficacité (Emmanuel Jacques au violoncelle, Yasunori Imamura au théorbe et , orgue et clavecin) ainsi qu’à la trompette souveraine de Kristian Kovats.

On eût toutefois souhaité, de la part de Martin Gester, à la direction certes souple, précise et toute de finesse, mais quelque peu trop « sage », des contrastes de dynamique un peu plus marqués et parfois, un tempo plus allant. Mais, globalement, cette Giuditta est une production de qualité, fort appréciée du public présent (malheureusement trop peu nombreux…). Un enregistrement est prévu, dans les premiers jours d’octobre…

Crédit photographique : © DR

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Besançon. Kursaal ; le 21-IX-2004. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : La Giuditta, oratorio pour cinq solistes et orchestre (version de concert). Giuditta : Céline Ricci, soprano ; Ozias : Adriana Fernandez, soprano ; Oloferne : Martin Oro, alto ; Achiore, capitaine : Mario Cecchetti, ténor ; le prêtre : Bruno Rostand, baryton-basse. Orchestre du Parlement de Musique, direction : Martin Gester.

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