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Une Cenerentola qui décoiffe

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Théâtre des Champs-Élysées. 22-XI-2004, Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola, livret de Jacopo Ferretti. Mise en scène : Irina Brook. Décors : Noëlle Ginefri. Costumes : Sylvie Martin-Hyszka. Lumières : Zerlina Hughes. Chorégraphie : Cécile Bon. Avec : Elīna Garanča, Angelina ; Maxim Mironov, Don Ramiro ; Nicolas Rivenq, Dandini ; Andrea Concetti, Don Magnifico ; Carla Di Censo, Clorinda ; Nidia Palacios, Tisbe ; Lorenzo Regazzo, Alidoro. Orchestre National de France et Chœur du Théâtre des Champs-Elysées, direction : Evelino Pidò

Ce spectacle est un bonheur total, à consommer sans modération et l’on ne peut que regretter qu’il ne soit présenté que quatre fois seulement tant il est drôle, vivant, généreux et décapant. Le public du Théâtre des Champs Elysées ne s’y est une nouvelle fois pas trompé et a plébiscité cette superbe et décapante reprise dont on sort avec le sentiment que la vie est belle. En mai 2003, la première édition de la mise en scène d’, fille du grand metteur en scène Peter Brook, avait donné lieu à une ovation amplement méritée de ce même public des Champs-Élysées. Depuis lors, le spectacle a été donné, avec le même accueil enthousiaste, au Teatro Comunale di Bologna. Cette reprise est dirigée par à la tête de l’ avec une distribution renouvelée avec deux très jeunes interprètes dans les rôles principaux, le ténor et la mezzo-soprano Elina Garanca, révélation du dernier festival de Salzbourg.

réussit une judicieuse et parfaite transposition de l’œuvre à notre époque, sans le moindre anachronisme, aidée en cela par les superbes décors de Noëlle Ginefri et les costumes très réussis de Sylvie Martin-Hyszka. Sa mise en scène colle admirablement à la partition de Rossini et au livret de Jacopo Ferretti. Au point de croire que l’œuvre aurait été écrite pour notre temps. Avec un étonnant souci du détail, fait de Don Magnifico un patron de bar à mi-chemin entre le mafieux débonnaire et le genre supporter de l’OM. Son bistrot où sont punaisées des photos de footballeurs tient presque du bouge et l’on se prend à imaginer toutes sortes de petits trafics qui amplifient le ridicule du père et de ses deux pestes de filles.

Le prince est logé dans un grand appartement parisien au luxe discret mais peuplé de technologies dernier cri. Un appartement qui souligne l’élégance de son occupant.

La mise en scène où se succèdent les trouvailles et les inventions toutes plus drôles les unes que les autres mais toujours justes et bienvenues est menée à un rythme sans failles. Les chanteurs s’en donnent à cœur joie tant sur le plan vocal que sur le plan de la comédie où ils sont absolument parfaits grâce à la superbe direction d’acteurs d’Irina Brook. On se régale aux facéties burlesques d’Andrea Concetti qui interprète un Don Magnifico saisissant et haut en couleurs. Sa belle et profonde voix de basse sait trouver les plus parfaits accents du ridicule. Il est inénarrable dans les bégaiements dus aux excès de boisson. La soprano Carla Di Censo en Clorinda et la mezzo-soprano Nidia Palacios en Tisbe sont à mourir de rire de bêtise et déjantées à souhait. Leurs voix sont parfaites dans la révélation de leur stupide méchanceté. Dandini est chanté par un Nicolas Rivenq en pleine forme. Cet excellent baryton sait à tout moment être drôle, cocasse et quelque peu ridicule parfois. Alidoro qui remplace la bonne fée de l’œuvre de Perrault est devenu une sorte de Monsieur Loyal tirant très habilement et élégamment les ficelles de la comédie du pouvoir. Ce très beau personnage de Deus ex-machina, justicier qui confond les méchants et révèle les vrais sentiments des humains est chanté par la basse remarquable de justesse, de finesse et de vérité sans oublier les notes d’humour qui conviennent à son personnage. La simplicité, la pudeur, la discrétion, la vertu du Prince Don Ramiro ont été confiées au ténor , peut-être un peu trop effacé vocalement. Dans le rôle d’Angelina-Cendrillon, la mezzo-soprano Elina Garanca est émouvante et juste. Sa voix à la tessiture très étendue, élégante et lumineuse passe sans effort de la modestie de sa condition de servante du bar Magnifico à celle noble et généreuse de la Princesse. Un enchantement. Evelino Pido dirige allègrement et surtout avec beaucoup d’élégance les excellents et Chœur du Théâtre des Champs-Elysées.

La chorégraphie de Cécile Bon n’est pas en reste dans cette superbe production. Elle est tout aussi déjantée que bien des personnages auxquels elle convient admirablement.

Pour l’histoire

C’est à Rome au Teatro Valle qu’est créé le 25 janvier 1817 La Cenerentola, ossia la Bonta in Trionfo de Rossini, « melodramma giocoso » en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti, lui-même inspiré du livret écrit pour un opéra du compositeur Nicolo Isouard (1775-1818), d’après le conte de Perrault. Le succès est au rendez-vous. Mais, Stendhal qui qualifie Rossini de Napoléon de la musique n’est pas convaincu : « Malgré le talent des acteurs et l’enthousiasme du public, chose si nécesaire au plaisir musical, la Cenerentola ne me fit aucun plaisir. Le premier jour, je me crus malade ; je fus obligé de m’avouer aux représentations suivantes, qui me laissaient froid et glacé au milieu d’un public ivre de joie, que mon malheur était un accident personnel. La musique de la Cenerentola me paraît manquer de beau idéal ». Car on est loin du fantastique de Perrault. Il n’y a plus de citrouille, de carrosse, la pantoufle est remplacée par un bracelet et la fée par le vieux philosophe Alidoro. Il n’empêche, avec cette sublime partition écrite en trois semaines en collaboration avec Luca Agolini pour les récitatifs, Rossini marque ses adieux à la comédie.

Un bon conseil, précipitez-vous toutes affaires cessantes dès que l’œuvre passe à votre proximité. Vous ne le regretterez pas.

Crédit photographique : © DR.

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Théâtre des Champs-Élysées. 22-XI-2004, Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola, livret de Jacopo Ferretti. Mise en scène : Irina Brook. Décors : Noëlle Ginefri. Costumes : Sylvie Martin-Hyszka. Lumières : Zerlina Hughes. Chorégraphie : Cécile Bon. Avec : Elīna Garanča, Angelina ; Maxim Mironov, Don Ramiro ; Nicolas Rivenq, Dandini ; Andrea Concetti, Don Magnifico ; Carla Di Censo, Clorinda ; Nidia Palacios, Tisbe ; Lorenzo Regazzo, Alidoro. Orchestre National de France et Chœur du Théâtre des Champs-Elysées, direction : Evelino Pidò

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