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Gustav Mahler et Myung-Whun Chung, l’élan vers l’infini

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 10-XII-2004. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°3 en ré mineur. Susan Graham, mezzo-soprano. Maîtrise de Radio France (direction : Tony Ramon). Chœur de Radio France (direction : Norbert Balatsch). Orchestre Philarmonique de Radio-France, direction : Myung-Whun Chung

Pour le troisième concert de l’intégrale des symphonies de Mahler entreprise au début de la saison par l’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous la baguette de son chef Myung Whun Chung, le Théâtre des Champs-Élysées donnait à guichet fermé ce vendredi la troisième symphonie en ré mineur, la plus longue de toutes que le compositeur termine le 6 août 1896 après deux étés d’un travail exalté dans son « Haüschen », une cabane de bois qu’il s’était fait construire au bord du lac pour y travailler.

A Bruno Walter qui vient le voir durant l’été 1896, Mahler explique qu’il n’a pas besoin de regarder le paysage de l’Attersee et les falaises rocheuses qui se dressent près du lac, car « tout cela est dans ma musique » précise-t-il. Cette troisième symphonie est un gigantesque hymne à la Nature, une Nature « qui inclut tout », ajoute Mahler. Alors que les programmes des première et deuxième symphonies avaient été imaginés après coup, pour guider l’auditeur dans son écoute, Mahler arrête les titres des mouvements de la troisième symphonie avant d’en commencer la composition. Plusieurs fois remaniés au cours du travail, ils semblent avoir eu une grande importance dans le cheminement de la composition. Le 6 Août 1896, il fait connaître le plan définitif de sa symphonie intitulée Songe d’un Matin d’été qu’il conçoit en deux grandes parties.

Première partie : Introduction : l’éveil de Pan n°1 : L’Eté fait son entrée (Cortège de Bacchus)

Deuxième partie : n°2 : Ce que me content les fleurs des champs/ n°3 : Ce que me content les animaux de la forêt/ n°4 : Ce que me conte l’homme / n°5 : Ce que me content les anges / n°6 : Ce que me conte l’amour.

Dans le quatrième mouvement, Mahler confie à la voix d’alto un poème de Nietszsche, O Mensch! extrait d’Ainsi parlait Zarathoustra qui fait subitement basculer l’écoute et constitue le premier palier d’un élan mystique qui culminera dans le mouvement lent final, dernier échelon vers la lumière éternelle. C’est sans doute une des plus belles conceptions symphoniques imaginées par Mahler invitant l’auditeur à un véritable parcours initiatique : « N’aime que ton Dieu pour toute l’Eternité et tu atteindra la joie céleste&nbsp» chante le chœur de femmes dans le cinquième mouvement.

Perspective rien moins qu’exaltante pour un chef et le maître Chung entend bien relever le défi d’une telle aventure. « Je suis devenu chef d’orchestre pour diriger Mahler » confie-t-il et c’est sans doute à la faveur de cet engouement qu’il aborde la direction de ce monument symphonique par cœur, en phase directe avec son orchestre. Dans cette superbe synthèse mahlerienne qu’est le premier mouvement — un vrai roman sonore —, Chung parvient, malgré la diversité des composantes, à maintenir un cap infaillible dont on peut suivre clairement les étapes successives. Saluons le pupitre des cuivres qui, galvanisé par l’énergie d’une telle direction, a su allier précision et couleur avec maestria. Après la parenthèse reposante du Menuet joué avec toute la grâce requise, le troisième mouvement, comodo scherzando, introduisant dans son trio le célèbre solo de post-horn, cor de postillon, fut l’instant d’une belle émotion sonore. Le timbre chaleureux et d’une intensité rare de dans le sublime quatrième mouvement était rejoint par la maîtrise et le chœur de femmes de Radio France pour chanter le lied du Knabenwunderhorn, « Es sungen drei Engel », avec la clarté d’élocution et la réserve qui conviennent à cette musique des anges. Il aurait fallu, au terme de ce cinquième mouvement, une grande pose silencieuse — est-ce encore possible au TCE? — pour recouvrer la concentration exigée par le dernier mouvement purement instrumental, ultime étape de cette lente ascension vers la lumière magistralement conduite par le maître Chung qui nous réserve sans aucun doute d’autres belles émotions dans les concerts à venir : à suivre absolument.

Prochain concert de cette série : vendredi 17 décembre dans le même théâtre, avec la Symphonie n°4.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 10-XII-2004. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°3 en ré mineur. Susan Graham, mezzo-soprano. Maîtrise de Radio France (direction : Tony Ramon). Chœur de Radio France (direction : Norbert Balatsch). Orchestre Philarmonique de Radio-France, direction : Myung-Whun Chung

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