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Dijon. Auditorium. 15-XII-2004. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 29 en la majeur K. 201. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 en sol majeur. Miah Persson, soprano. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

On attendait Natalie Dessay. Et puis, assez tôt, toutefois, on sut qu’elle ne viendrait pas, suite à une nouvelle intervention sur ses cordes vocales. Qu’à cela ne tienne! Le Philharmonique de Radio France et son directeur musical  constituent une affiche suffisamment « porteuse » et prometteuse pour faire le plein de l’Auditorium … Exit ainsi la Lulu- Suite d’Alban Berg, initialement programmée et remplacée par…la symphonie 29 de Mozart. Quant à la « remplaçante » de N. Dessay, son nom est Persson ; , blonde soprano suédoise, au timbre ensoleillé, qui saura, quelques instants durant, nous suggérer une vision des jardins de l’Eden, version

Pour l’heure, en première partie de programme, les musiciens de l’O. P. R-F., en formation « Mozart » (ici, cordes de base, deux hautbois, deux cors) et leur chef nous proposent cette Symphonie n° 29 du Mozart de Salzbourg (1774), l’une des plus intéressantes de son catalogue symphonique, hormis les œuvres à titres, une symphonie imprégnée de cette Empfindsamkeit (sensibilité) plus proche déjà du Sturm und Drang préromantique que du divertissement.

Si, dans l’interprétation de nos musiciens, vivacité et précision rythmique sont effectives, le tissu orchestral manque parfois de transparence et de relief en terme de dynamique (Allegro initial et Minuetto). L’Andante, d’une lumineuse sérénité, et l’Allegro final nous semblent, en revanche d’une réelle séduction, le maestro Chung s’entendant à merveille à rendre tout le con spirito requis par la partition.

Des symphonies de Mahler, la quatrième dans son ensemble (avec la première et l’Adagietto de la cinquième) compte parmi les plus populaires du chef et compositeur morave. C’est que la composition orchestrale (exception faite des percussions) paraît moins lourde que pour les autres symphonies ; le style y semble plus limpide, le caractère plus souriant aussi, dans la mesure où Mahler opère, là, une sorte de retour au pays de l’enfance.

S’appuyant sur une ossature orchestrale « solide » et pratiquement sans failles (cordes), Chung s’intéresse prioritairement à l’» événementiel » qui traverse l’œuvre (et Dieu sait qu’il s’en passe, des choses, dans une symphonie de Mahler!) ; un « événementiel » qui surgit le plus souvent des vents (essentiellement des cuivres) ou des percussions. Le premier violon (second mouvement, en scherzo) constituant l’exception, car accordé un ton au-dessus, en scordatura, pour obtenir un son criard, il joue une sorte de ronde grotesque, à la façon de quelque carmina burana médiévale. Dès les premières mesures du mouvement initial, l’emploi inattendu de grelots associés aux flûtes donne le ton de l’originalité à cette œuvre singulière.

Quant à l’Adagio du troisième mouvement, infiniment paisible (du moins jusqu’à la brutale et joyeuse « explosion », à quelques mesures de la fin), nous l’entendons ici, tel que Mahler l’avait conçu : comme « le sourire de Sainte-Ursule », c’est-à-dire comme quelque chose de quasi supraterrestre (« la meilleure chose que j’aie jamais écrite », estimait le compositeur), qui baigne dans une bienheureuse sérénité. Nous pardonnerons alors volontiers aux huit contrebasses l’infime décalage entre elles, que l’on décèle parfois sur les pizz qui rythment un tempo à ce point étiré, comme suspendu … La simplicité, la pureté mélodique du thème, en forme de variations, évoquent ici Mozart…dont on ne s’est finalement pas très éloigné. Et puis survient ce saisissant effet de cuivres et percussions, grandiose « vision de paradis », qui s’accompagne d’une manière de miracle ; dans ce déchaînement sonore, nous a échappé l’entrée de la soprano, . Elle surgit brusquement, venue de nulle part (?) : elle est là, à côté du chef, « ange au sourire » et, ainsi qu’on l’entendra bientôt, voix céleste. Flaubert aurait dit : « ce fut comme une apparition. »

Véritable Lied avec orchestre, ce Finale s’inspire d’un poème du recueil Des Knaben Wunderhorn et, par trois fois, réutilise le motif des grelots de l’introduction, tout en développant une idée – enfantine, donc naïve – de la félicité céleste : non seulement le Paradis regorge de tous les biens, mais aucune musique terrestre n’est comparable avec celle qu’on peut y entendre (cf. Sainte-Cécile et ses ineffables exécutants). Quand s’éteint la symphonie céleste, en un nostalgique morando, le rêve « a passé », telle la jeune fille de Nerval, et nous sommes encore sous le charme …

Sans préjuger de ce que donnera, au final, cette intégrale Mahler, par Myung Whun Chung et ses musiciens de l’, on peut néanmoins considérer que : contre les difficultés de la partition, les sceptiques, les déçus (par l’absence de N. Dessay), la bataille de « la quatrième » est gagnée … Souhaitons plein succès à la poursuite de cette courageuse et ambitieuse entreprise.

Crédit photographique : © DR

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Dijon. Auditorium. 15-XII-2004. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 29 en la majeur K. 201. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 en sol majeur. Miah Persson, soprano. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

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