Concerts, La Scène, Musique symphonique

Moment d’apesanteur avec Chung et Miah Persson

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 17-XII-2004. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 29 en la majeur K. 201. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 en sol majeur. Miah Persson, soprano. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

Fi de Natalie Dessay et des Brentano-Lieder de Strauss (dont le dernier, Amor, donne le titre de son dernier album, chroniqué sur ResMusica). Qu’importe, le public s’est pressé ce soir là, comme à chacun des concerts de cette intégrale Mahler (lire le compte rendu de la symphonie n°3 et de ce même concert, deux jours plus tôt, à Dijon). Composée lors de son dernier séjour en Italie la symphonie n°29 d’un Mozart d’à peine 18 ans est créée en 1774 à Salzbourg, qui connaît depuis deux ans le règne du Prince-Archevêque Colloredo. a choisi de réduire son orchestre en « formation Mannheim » (moins de trente cordes) pour servir cette œuvre avec la légèreté et la fluidité nécessaire. L’ensemble est très énergique et homogène, et accentue le coté brillant de cette symphonie par le parti pris de tempi plutôt allant, malgré quelques fluctuations dans les départs de mouvements.

De toute évidence la sonorité bien « française » de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France transparaît dans cette symphonie n°4 de Mahler. Les couleurs instrumentales y sont toujours fines et claires, et ce serait un tort que de reprocher aux pupitres de cordes un manque d’ampleur et d’assise. Cette caractéristique, Myng Whun Chung en fait sienne pour alléger au maximum le discours de cette œuvre, hommage direct aux symphonies classiques de Haydn et Mozart. Jamais empesée ou alourdie, l’interprétation privilégie une texture polyphonique qui met en avant les alliages instrumentaux si particuliers de Mahler, faisant ainsi ressortir tous les tutti éclatants de cette partition. A l’instar du Mozart qui ouvrait ce concert, le premier mouvement de la symphonie n°4 ne manque ni de grâce ni de légèreté, avec une conduite qui ménage l’ensemble des effets orchestraux, des gammes diatoniques de flûtes avec grelot aux explosions orchestrales grandiloquentes sans être tonitruantes. Le In gemächlicher Bewegung qui suit, sorte de danse macabre, de scherzo grinçant pris au ralenti, est ironique à souhait, avec l’emploi d’un violon solo en scordatura – tenu de main de maître par Elisabeth Balmas. Dans le Poco Adagio, page mélancolique sans pour autant verser dans le dramatisme, Chung et ses musiciens restent d’une grande retenue dans l’expression jusqu’au déchaînement final. Lors de la conclusion de ce mouvement par une annonce aux premiers violons du thème du lied final, la soliste se fraie un passage entre les cordes, évitant ainsi par son arrivée « en musique » une salve d’applaudissements qui aurait pu briser le déroulement homogène de cette symphonie. Mahler désirait pour ce lied une « expression joyeuse et enfantine, tout à fait dépourvue de parodie ». Désir exaucé par cette apparente naïveté du chef et de la soliste, évoquant des plaisirs célestes qui semblent bien terrestres, basés autour des délices du palais et de la table. C’est justement de cet hédonisme dont s’est inspiré Chung pour son interprétation, qui ne verse jamais dans l’orgiaque ou la saturation

Prochain concert de cette série Mahler : lundi 24 janvier 2005 en ces mêmes lieux avec la Symphonie n°5.

credit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 17-XII-2004. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 29 en la majeur K. 201. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 en sol majeur. Miah Persson, soprano. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

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