Vadim Repin & Sofia Gubaïdulina : Vents d’hiver

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 05-II-2005. Sofia Gubaïdulina (née en 1931) : Offertorium, concerto pour violon et orchestre ; Serge Rachmaninov (1869-1937) : symphonie n°2 en mi mineur opus 27. Vadim Repin : violon ; Orchestre symphonique de la Monnaie, direction : Kazushi Ono.

La saison symphonique du Théâtre royal de La Monnaie au Palais des Beaux-Arts se poursuit avec un programme russe en écho aux représentations scéniques de la Dame de Pique de Tchaïkovski. Le violoniste , premier lauréat 1989, du concours musical Reine Elisabeth jouit d’une grande popularité en Belgique et il remplit sur son nom toutes les salles de concert du royaume. Cette forte personnalité, toujours humble devant la musique, ne se limite pas à ânonner le « répertoire ». Il suit avec intérêt la création contemporaine et n’hésite pas à programmer des œuvres d’esthétiques aussi différentes que le concerto pour violon de John Adams ou Offertorium de .

, comme Edison Denisov ou, dans une certaine mesure, Alfred Schnittke, appartient à une génération « maudite » de la musique russe. Trop moderniste pour les hiérarques et les zélateurs du régime soviétique, ses créations ne sont pas assez progressistes pour certaines opinions musicales de l’Europe de l’Ouest. Souvent programmée dans le monde germanique et anglo-saxon, elle reste désespérément peu présente en France, en dépit d’un Festival Présences monographique (1995), et en Belgique où il faut remonter à 1989 pour constater l’exécution de ses œuvres au festival Ars Musica. Le concerto pour violon Offertorium, commandé, crée et enregistré par Gidon Kremer est l’une de ses partitions qui jouit d’une forte notoriété. Ce vaste mouvement d’une quarantaine de minutes tire son titre et son thème de l’Offrande musicale de Bach. L’œuvre se veut un parcours initiatique du soliste à travers l’orchestre. Après un début webernien, le discours s’installe, tantôt épuré et planant, tantôt âpre et conflictuel. D’une rigoureuse construction, cette puissante partition parvient à maintenir la tension et l’émotion. La stupéfiante technique et l’extraordinaire musicalité de Repin font un sort à cette superbe musique alors que l’orchestre de la Monnaie et son chef, rompus à la musique contemporaine, sont au diapason. Le violoniste se taille un énorme succès et rassasie son public de bis.

Le couplage avec la grandiose symphonie n°2 de Rachmaninov s’avère d’une grande cohérence. Il était légitime d’espérer beaucoup de l’interprétation du directeur musical qui avait comblé les Bruxellois par une Khovanchtchina de Moussorgski d’anthologie. Las, sa lecture est certes maîtrisée et fait briller les pupitres d’orchestre en belle forme, mais le chef japonais se fourvoie dans une optique démonstrative et curieusement vulgaire : les plâtrées de cuivres dans l’allegro vivace étant bien mal venues. Dans cette même salle, Ivan Fischer et son orchestre du festival de Budapest avaient livré une singulière et analytique interprétation, mais dont les résultats étaient bien plus probants. Un concert en demi-teinte, mais qui témoigne de l’ouverture d’esprit à la Monnaie.

Crédit photographique © DR

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