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Création de Ce qui arrive Et vogue la galère…

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 16-III-2005. Olga Neuwirth (née en 1968), …Ce qui arrive… ; textes récités et voix préenregistrée : Paul Auster ; film et mise en espace : Dominique Gonzalez-Fœrster ; apparition vidéo et textes chantés : Georgette Dee, lumières : Benoît Lalloz & ACT Espace ; vidéo : Caillera Lucida Productions & Fabrica ; électronique en temps réel : Markus Noistering & Institute of Electronic Music and Acoustics Graz ; régie son : Jakob Palfrader & Norbert Ommer ; Ensemble Modern, direction : Franck Ollu

Ars Musica Vol II

La trentenaire autrichienne est la compositrice à l’honneur de l’édition 2005 du festival Ars Musica. Formée en Autriche, aux USA et en France, la jeune femme s’est rapidement imposée comme l’une des figures marquantes, avec le compositeur et chef d’orchestre Beat Furrer, de la jeune génération autrichienne. Elle fut consacrée internationalement par la création, la tournée et l’enregistrement (chez Kairos) de son impressionnante pièce pour cordes et percussions Clinamen/Nodus sous la direction de Pierre Boulez à la tête de l’Orchestre Symphonique de Londres. Eclectique, l’artiste écrit pour orchestre, pour chœur, pour instruments, sans négliger le théâtre radiophonique, le monologue, la musique de scène et la musique de film. Neuwirth entretient des rapports très étroits avec la sulfureuse femme de lettres et prix Nobel de littérature 2004 Elfriede Jelinek. Les deux femmes, qui collaborent activement depuis 1997, envisageaient même la création d’un opéra tiré d’une sordide histoire autrichienne de pédophilie incestueuse. Honorée de prix prestigieux et programmée à travers le monde, attend toujours la consécration dans son pays où elle ne possède aucun poste d’enseignante.

Le concert de ce soir proposait la création en Belgique de …Ce qui arrive…. Cette partition, fruit d’une commande de l’European Concert Hall Organisation, était présentée comme un modèle de collaboration pour une Europe de la culture. L’œuvre se veut une composition spatiale dont le concept de dramaturgie tire sa source d’une « interaction constante entre la musique, l’image et le langage ». Dans un entretien publié dans le programme, Neuwirth parle même d’un « Léviathan énigmatique ». Le texte est constitué de la lecture, par l’écrivain Paul Auster, d’extraits de son recueil de nouvelles Red Notebook (1995). La présence de cet auteur très tendance a drainé un large public, visiblement peu au fait de la musique contemporaine. D’ailleurs certains n’hésitèrent pas à quitter ostensiblement la salle pendant l’œuvre. « Hasard, incertitude et quotidien » sont les trois thèmes centraux de cette « action scéniquesans acteurs». Le texte, déclamé plutôt piteusement par un Paul Auster aux problèmes d’articulation gênants, ne raconte rien de solide. On aurait aimé un sur-titrage pour aider à la compréhension.

Mais le pire vient de la vidéo commandée à la plasticienne française Dominique Gonzalez-Fœrster. Celle-ci montre la chanteuse de cabaret allemande Georgette Dee en promenade au bord de la mer. Parfois, Dee pousse la chansonnette dans un genre pop germanophone plutôt daté. Le programme du festival parle «d’effet hypnotique ». D’hypnotique à léthargique, il n’y a qu’un pas… On reste de bois devant les effets les plus faciles, agrémentés par des jeux de lumières qui témoignent d’un sidérant manque de maturité. On a énormément de mal à saisir la fascination de Neuwirth pour cette manière de travailler sur la mémoire et l’espace. Sans histoire, sans structure, cette œuvre part rapidement à la dérive et réduit la musique à un rôle d’illustration. L’, divisé de part et d’autre de l’écran, n’arrive pas à s’imposer dans ce flot d’images et sons. En dépit de certains alliages d’instruments évocateurs, l’orchestration apparaît déficienteet fait la part trop belle à un synthétiseur aussi envahissant que peu inspiré. On ne reconnaît même plus les sonorités âpres et les ruptures violentes qui sont le fort de la musicienne. L’utilisation de l’électronique est tout aussi scolaire et mal réglée ; on est ici bien loin de la fascinante alchimie du néerlandais (lire la chronique consacrée à son Here Trilogy). Tout paraît insipide et figé dans le temps. Les cinquante-cinq minutes de l’œuvre sont infinies et un accueil à peine poli vient récompenser la prestation des musiciens. On peut s’interroger sur les raisons de ce rigoureux échec, mais espérons que la jeune autrichienne retrouve rapidement le chemin de l’inspiration.

Crédit photographique : © Philippe Gontier

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 16-III-2005. Olga Neuwirth (née en 1968), …Ce qui arrive… ; textes récités et voix préenregistrée : Paul Auster ; film et mise en espace : Dominique Gonzalez-Fœrster ; apparition vidéo et textes chantés : Georgette Dee, lumières : Benoît Lalloz & ACT Espace ; vidéo : Caillera Lucida Productions & Fabrica ; électronique en temps réel : Markus Noistering & Institute of Electronic Music and Acoustics Graz ; régie son : Jakob Palfrader & Norbert Ommer ; Ensemble Modern, direction : Franck Ollu

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