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Paris. Théâtre du Trianon. 14-III-2005. Iannis Xenakis (1922-2001) : N’Shima ; Franco Donatoni (1927-2000) : Hot ; Octavio Lopez (né en 1962) : Raum der Gegenwart (création mondiale, commande de l’état) ; Franck Bedrossian (né en 1971) : It (création mondiale, commande de l’état). Maja Pavlovska et Monica Jordan, voix ; Pierre-Stéphane Meugé, saxophone ; Jean-Pierre Bouchard, cor. Ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier.

Poursuivant sa mission dévolue à la musique d’aujourd’hui, l’ – le sigle qui le désigne signifie études et expressions des modes musicaux – avait choisi la scène du Trianon ce lundi 14 Mars pour un concert qui conviait deux générations de compositeurs revendiquant leur filiation à un modèle. En première partie, un hommage était rendu à deux aînés aujourd’hui disparus, et , avant les créations mondiales d’ et Franck Bédrossian.

Composée en 1976 pour un petit effectif instrumental et deux voix n’utilisant que les phonèmes d’un texte en hébreu, N’Shima est une œuvre étonnante par l’âpreté de ses timbres et l’intensité viscérale qui s’en dégage. Obéissant, comme la plupart des compositions de ce disciple de Pythagore, aux lois de la musique stochastique, l’œuvre ne fait qu’actualiser, dans un domaine qui lui est propre, les structures mathématiques qui constituent pour Xenakis le modèle idéal. La musique n’en a pas moins des résonances profondément humaines répercutées haut et fort par les appels gutturaux des deux voix féminines, Maja Pavlovska et Monica Jordan pulsées par une rythmique obsessionnelle et envoûtante. Comme si les rapports secrets de la musique et du nombre invoquaient les forces magiques de l’Antique pour conférer aux sonorités leur splendeur originelle.

Hot (1989) de convoque un saxophoniste solo et quelques autres instruments évoquant le jazz – clarinette, trompette, trombone, piano, percussions, contrebasse – pour « un bœuf » un peu atypique où, comme dans la plupart des œuvres du compositeur italien, l’écrit flirte avec le non-écrit. Donatoni se lance ici dans une aventure risquée où il tente, à travers l’écriture, de restituer les gestes d’une pratique instrumentale improvisée. Si Pierre Stéphane Meugé s’impose par son jeu puissant et très investi, au saxophone tenor d’abord puis au soprano, l’œuvre pâlit quelque peu face à un modèle dont elle ne semble reprendre que les stéréotypes.

La deuxième partie faisait entendre deux créations très attendues, celle d’, d’abord, compositeur d’origine argentine orientant ses recherches vers les correspondances entre musique et peinture, entre sources sonores et projection cinématographique. Ses réalisations antérieures en simultané avec les films d’Oscar Fischinger ou de Hans Namuth en témoignent magistralement. Raum der GegenwartEspace du Présent – emprunte son titre à un projet d’installation – jamais réalisée – de l’artiste hongrois Lazlo Moholy-Nagy qui fascine Lopez au point d’en imaginer une transposition sonore, sans image cette fois, dans un univers où l’auditeur comme le spectateur aurait l’impression de planer « comme en état d’apesanteur ». Tel est bien l’effet ressenti à l’écoute de cette pièce aux fins agencements sonores où les trois groupes instrumentaux autour du soliste – cor et tuba Wagner – cernent un espace mouvant et pluridimensionnel dans lequel l’oreille librement voyage, captivée par les nuances infimes de la matière.

Seconde création mondiale de la soirée, It pour sept musiciens terminait plus bruyamment ce concert remarquablement conduit par le directeur artistique de l’ensemble . It, nous dit le compositeur, « est le frisson, l’état recherché par les musiciens de Jazz au cours d’une improvisation ». C’est sans aucun doute vers ce point paroxystique de transe sonore que veut entraîner l’auditeur par le biais d’un geste instrumental obsessionnel et quelque peu autoritaire dont la violence finale ne peut laisser indifférent : Un trait de jeunesse assurément, trahissant une forte personnalité dont la musique jusqu’au-boutistevenait clore ce concert passionnant dans l’effervescence sonore la plus débridée.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre du Trianon. 14-III-2005. Iannis Xenakis (1922-2001) : N’Shima ; Franco Donatoni (1927-2000) : Hot ; Octavio Lopez (né en 1962) : Raum der Gegenwart (création mondiale, commande de l’état) ; Franck Bedrossian (né en 1971) : It (création mondiale, commande de l’état). Maja Pavlovska et Monica Jordan, voix ; Pierre-Stéphane Meugé, saxophone ; Jean-Pierre Bouchard, cor. Ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier.

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