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Agrippina en demi teinte

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Tourcoing. Théâtre Municipal. 13-III-2005. Georg Friedrich Haendel : (1685-1759) Agrippina, dramma per musica en 3 actes, livret attribué à Vincenzo Grimani. Mise en scène : Frédéric Fisbach ; scénographie : Emmanuel Clolus ; costumes : Olga Karpinsky ; lumières : Daniel Levy ; maquillages et coiffure : Catherine Nicolas. Avec : Lynne Dawson, Agrippina ; Philippe Jaroussky, Nerone ; Ingrid Perruche, Poppea ; Nigel Smith, Claudio ; Thierry Grégoire, Ottone ; Bernard Deletré, Pallante ; Dominique Visse, Narciso ; Alain Buet, Lesbo. La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean-Claude Malgoire.

Atelier Lyrique

Suite de la riche saison tourquennoise avec, reprise de 2003, une production d’Agrippina qui n’atteint pas tout à fait le haut niveau artistique des derniers spectacles, la faute à une distribution inégale et à une mise en scène pas toujours inspirée.

Remplaçante de dans le rôle-titre, a connu des jours meilleurs. La voix, par rapport à ses meilleures années, s’est considérablement durcie, les aigus ont perdu de leur brillant et de leur sûreté, et l’instrument est moins souple, presque rebelle par moment, dans les récitatifs qui sont souvent rauques, elle produit beaucoup de sons métalliques et désagréables. A son actif, les airs sont généralement bien tenus, le médium est encore beau, et elle est une actrice naturelle et crédible dans son rôle de mère protectrice et dévorée d’ambition pour son fils.

Dans ce rôle somme toute assez effacé, est très convaincant dans son personnage d’adolescent attardé, mais son timbre aux qualités toutes séraphiques peine à rendre la noirceur et la violence latente de son personnage. La voix semble un peu fatiguée au début, mais il fait de son air « Come nube che fugge » un moment de bravoure pyrotechnique inoubliable. Son rival Thierry Grégoire est un Othon à la voix blanche et fade, au chant haché, à la peine face au moindre aigu. Ces défauts sont en partie compensés par la sincérité qu’il donne à son personnage, qui parvient à émouvoir les cœurs bien qu’il malmène les oreilles. Excellent Claudio de à la tessiture impressionnante, ne faisant qu’une bouchée de ses airs, et qui ose prendre des risques dans son numéro d’amoureux transi en bas et chemise de nuit auprès de Poppée.

Bernard Deletré et assurent sans problème leur partie, tandis que , tout en tortillements, fait un numéro de souris de dessins animés assez vite ennuyeux. La palme de la distribution ira à , soprano en pleine gloire vocale, au gosier agile, aux aigus pleins de panache et à la projection impeccable. On regrettera seulement qu’elle ne soit pas encore capable de véritablement colorer son chant et de varier son expression, et qu’elle manifeste une certaine tendance à crier dans le suraigu. Elle campe une Poppée fine mouche, très sensuelle, et justifie pleinement sur la scène tourquennoise son récent titre de révélation lyrique des Victoires de la Musique.

Faisant le pari du minimalisme et de la nudité, la mise en scène de est paradoxalement surchargée par les déplacements d’une bande de zombies en justaucorps de couleur chair qui manient les panneaux et les cubes faisant office de décors, à la fois hideux et ridicules, ces personnages encombrent le plateau sans se montrer d’une quelconque utilité pour la compréhension de l’action. La palme de l’incongru étant atteinte après l’entracte, quand on retrouve le panneau des surtitres non pas en haut, mais sur scène. Il sert de siège à Poppée, certains figurants de surcroît, se couchent devant. Après plusieurs jours de réflexions, nous n’avons toujours pas réussi à deviner quelle était l’utilité d’utiliser ces surtitrages si c’était pour les masquer à la vue de la moitié des spectateurs. Pour une reprise, ce genre de détails devrait quand même être réglé depuis belle lurette, à moins que cette mise en scène ne joue précisément sur la frustration des spectateurs. Au rayon des bonnes idées, il faut tout de même noter la projection de résumés des dialogues sur une toile lors des ensembles, ce qui permet de suivre l’action plus facilement, les commentaires ajoutés au texte étant de plus généralement savoureux.

A la tête de la Grande Ecurie, impose des tempi vifs et enjoués, un peu métronomiques parfois. Un peu plus de variété, de sensualité, d’abandon seraient tellement bienvenus. L’orchestre est en forme, avec des bois magnifiques et des violons en progrès, mais manquant encore un peu de discipline et de cohésion.

Lire aussi la chronique de notre correspondant Jacques Hétu à Montréal.

Credit photographique : © Danièle Pierre

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Tourcoing. Théâtre Municipal. 13-III-2005. Georg Friedrich Haendel : (1685-1759) Agrippina, dramma per musica en 3 actes, livret attribué à Vincenzo Grimani. Mise en scène : Frédéric Fisbach ; scénographie : Emmanuel Clolus ; costumes : Olga Karpinsky ; lumières : Daniel Levy ; maquillages et coiffure : Catherine Nicolas. Avec : Lynne Dawson, Agrippina ; Philippe Jaroussky, Nerone ; Ingrid Perruche, Poppea ; Nigel Smith, Claudio ; Thierry Grégoire, Ottone ; Bernard Deletré, Pallante ; Dominique Visse, Narciso ; Alain Buet, Lesbo. La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean-Claude Malgoire.

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