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Salomé, où est ta sensualité ?

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Cologne. Opernhaus. 17-III-2005. Richard Strauss (1864-1949) : Salome, opéra en un acte sur un livret du compositeur d’après Oscar Wilde (traduction de Hedwig Lachmann). Mise en scène : Katharina Thalbach, décors : Momme Röhrbein, costumes : Angelika Rieck, lumières : Dirk Sarach-Craig, choréographie : Katharina Thalbach/Athol Farmer. Avec : Camilla Nylund, Salome ; Almas Svilpa, Jochanaan ; Alexander Fedin, Herodes ; Dalia Schaechter, Herodias ; Hauke Möller, Narraboth ; Viola Zimmermann, Ein Page ; Martin Finke, Musa Duke , Robert , Johannes Preissinger, Selcuk Cara, die Juden ; Timm De Jong, 1. Nazarener/1. Soldat ; Leandro Fischetti, 2. Nazareneren ; Stefan Kohnke, 2. Soldat ; Nam-Uk Baik, ein Cappadocier. Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Markus Stenz

C’est devenu une vraie mode en Allemagne de confier des productions d’opéra à des metteurs en scène venant du film et du théâtre, qui ne cessent de proclamer haut et fort qu’ils n’ont aucune culture lyrique. L’exemple le plus flagrant des dernières semaines a certainement été le Rigoletto sur la Planète des Singes à Munich. Un Rigoletto de Dörris Dörrie et non plus celui de et Francesco Maria Piave. Mais à l’opéra de Cologne, on veut également se montrer progressiste. Ainsi, pour une nouvelle production de Salome de en automne dernier, on a fait appel à , actrice et metteur en scène de grande renommée, dont les premières expériences lyriques sont pourtant encore très récentes.

Le résultat, comme l’on a pu se rendre compte lors de cette reprise, est assez décevant. C’est que Madame Thalbach n’écoute pas la musique ! En transposant le chef d’œuvre de à notre époque, en situant l’intrigue, avec un réalisme bien cru, dans la cuisine (sic !) du palais de quelque dictateur moyen-oriental, elle néglige complètement l’atmosphère morbide et l’esprit fin de siècle que dessinent cette partition. Surtout, Thalbach n’est nullement sensible à l’érotisme de la musique de Strauss ; cette Salome est sobre et froide. Lors de sa danse, l’héroïne n’ôte aucun vêtement. En revanche, elle déploie sept torchons de cuisine (les sept voiles ?) sur lesquels elle écrase des fruits et pétrit une pâte. Trois ou quatre fois, elle se caresse avec ces ustensiles. On ne sait vraiment pas ce qui excite tellement le roi Hérode!

En ce qui concerne l’interprétation musicale, on reste, malheureusement, dans le même esprit. La lecture de , directeur musical du Gürzenich-Orchester, est très soignée, par moments même passionnée. Mais on y cherche en vain les couleurs quasiment impressionnistes et cette atmosphère lourde, gorgée d’érotisme que Richard Strauss a mises en musique dans cette partition. De même, dans le rôle-titre, ne convainc que partiellement. Ce n’est pas forcément parce que la princesse de Judée se situe encore à la limite de ses moyens vocaux. Grâce à une technique sans failles et une projection idéale de la voix, elle en surmonte quasiment toutes les difficultés – et cela en dépit d’une légère indisposition. Malgré une voix très lumineuse et juvénile, la soprano finlandaise ne parvient pas à transposer la sensualité du rôle. Cette Salomé est une petite fille obstinée à la découverte peut-être de sa propre sexualité. Mais elle n’exerce aucune fascination érotique.

Aux côtés de Nylund le ténor russe Alexander Fedin campe un Hérode très efficace scéniquement et vocalement. , à la voix stridente, mais très présente sur scène, est Hérodiade, le jeune ténor Hauke Möller, au timbre peu flatteur, mais étonnamment à l’aise dans cette tessiture difficile, interprète Narraboth. Très décevant en revanche le baryton-basse lithuanien Almas Svilpa, membre de la troupe du Aalto-Theater à Essen, qui remplace au pied levé . Dans une langue ressemblant vaguement à l’allemand, avec une voix puissante, mais complètement brute, il tente – non sans peine – de venir à bout de la musique que Strauss a écrite pour le prophète. Même pour un remplaçant ce n’est pas suffisant…

Crédit photographique : © Klaus Lefebvre

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Cologne. Opernhaus. 17-III-2005. Richard Strauss (1864-1949) : Salome, opéra en un acte sur un livret du compositeur d’après Oscar Wilde (traduction de Hedwig Lachmann). Mise en scène : Katharina Thalbach, décors : Momme Röhrbein, costumes : Angelika Rieck, lumières : Dirk Sarach-Craig, choréographie : Katharina Thalbach/Athol Farmer. Avec : Camilla Nylund, Salome ; Almas Svilpa, Jochanaan ; Alexander Fedin, Herodes ; Dalia Schaechter, Herodias ; Hauke Möller, Narraboth ; Viola Zimmermann, Ein Page ; Martin Finke, Musa Duke , Robert , Johannes Preissinger, Selcuk Cara, die Juden ; Timm De Jong, 1. Nazarener/1. Soldat ; Leandro Fischetti, 2. Nazareneren ; Stefan Kohnke, 2. Soldat ; Nam-Uk Baik, ein Cappadocier. Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Markus Stenz

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