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The Turn of the Screw selon Luc Bondy : Luxe aseptisé

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Bruxelles. Théâtre Royal de la Monnaie. 24-III-2005. Benjamin Britten (1913-1976), The Turn of the Screw, opéra en un prologue et deux actes, livret de Myfanwy Piper. Mise en scène : Luc Bondy ; Décors : Richard Peduzzi ; Costumes : Moidele Bickel ; Eclairages : Dominique Bruguière. Avec : Olivier Dumait : prologue ; Mireille Delunsch : la gouvernante ; Marlin Miller : Quint ; Hanna Schaer : Mrs. Grose ; Marie McLaughin : Miss Jessel ; Adam Berman : Miles ; Fleur Todd : Flora. Orchestre de chambre du Théâtre Royal de la Monnaie, direction : Patrick Davin

, l’actuel directeur du Théâtre Royal de La Monnaie, aura particulièrement œuvré pour établir au répertoire les opéras de Britten : Peter Grimes, A Midsummer Night’s Dream et The Turn of the Screw ont successivement foulé les planches du théâtre Bruxellois. The Turn of the Screw ayant même l’honneur de deux productions différentes. En 1999, le metteur en scène Keith Warner et le chef d’orchestre Antonio Papano conjuguèrent leurs efforts pour produire l’un des plus beaux spectacles bruxellois des années 90 (enregistrement audio édité chez Ricercar). C’est dire que la barre était placée haut pour cette production arrivée du Festival d’Aix-en-Provence 2001 avec une flatteuse réputation. Hélas ce spectacle amène quelques désillusions.

The Turn of the Screw est sans conteste un immense chef d’œuvre qui offre un florilège de thèmes différents et donc de multiples possibilités d’interprétations. Le metteur en scène suisse se limite malheureusement à une lecture terre à terre qui passe à côté des messages de l’œuvre : les personnages sont pris pour ce qu’ils sont littéralement : une gouvernante, des enfants, des fantômes… Il n’y a aucune étude approfondie des liens implicites entre les alliances de caractères : Miles-Quint, Flora-Miss Jessel, la gouvernante-les enfants…La scène finale où Quint esquisse une danse autour de la gouvernante et de Miles s’avère curieusement gratuite et tombe à plat. Dans cette scénographie, seul le décor blanc modulable, toujours stylisé, de son inséparable compère Richard Peduzzi rend à merveille le labyrinthe oppressant du manoir.

La distribution est tout aussi problématique. Saluons tout d’abord la prestation exceptionnelle d’Adam Berman en Miles et de Fleur Todd en Flora. Ces deux enfants, issus du Peter Kay Children’s Choir, sont superlatifs et rivalisent de musicalité et d’engagement scénique. Attendue avec impatience, la gouvernante de « La » souffle plus le froid que le chaud. Comme à son habitude la foi dans le rôle est au-dessus de toute critique, mais la voix déraille assez souvent : timbre dur et ligne de chant défaillante. Le premier acte s’avérant même plutôt difficile pour la diva française qui mérite tout de même le respect pour un accent anglais plus que satisfaisant. Cette artiste, grande et intègre, mais aux choix de rôles déroutants, devrait se ménager car elle risque de se brûler la voix… La vétérante Hanna Schaer ne peut faire illusion en Mrs Grose : le timbre n’est pas beau et elle doit trop souvent pousser son chant pour se faire entendre mais sans jamais se rendre intelligible. Au niveau vocal, le couple Quint-Miss Jessel de et Marie MacLaughlin est crédible, mais le ténor américain est handicapé par sa corpulence qui le fait passer pour un fantôme de « série B ». Le jeune français fait forte impression dans le petit rôle du prologue.

L’orchestration du compositeur est une merveille. Le lien entre la musique et la psychologie des personnages est intense et on reconnaît le don de l’Anglais pour des climats dramatiques : ambiances nocturnes, sonorités glaciales, pizzicatos angoissants… Malheureusement, il aurait fallu une direction plus engagée que celle du jeune chef belge . Son travail est très propre, mais il lui manque l’urgence nécessaire à l’œuvre. D’ailleurs, les treize musiciens issus de l’orchestre du Théâtre de la Monnaie sont avares en timbres et en couleurs.

Un spectacle assez décevant à revoir en juin au Théâtre des Champs-Élysées (mais avec Daniel Harding dans la fosse) et en juillet au Festival d’Aix-en-Provence (avec Kazushi Ono au pupitre).

Crédit photographique : © Elisabeth Carecchio

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Bruxelles. Théâtre Royal de la Monnaie. 24-III-2005. Benjamin Britten (1913-1976), The Turn of the Screw, opéra en un prologue et deux actes, livret de Myfanwy Piper. Mise en scène : Luc Bondy ; Décors : Richard Peduzzi ; Costumes : Moidele Bickel ; Eclairages : Dominique Bruguière. Avec : Olivier Dumait : prologue ; Mireille Delunsch : la gouvernante ; Marlin Miller : Quint ; Hanna Schaer : Mrs. Grose ; Marie McLaughin : Miss Jessel ; Adam Berman : Miles ; Fleur Todd : Flora. Orchestre de chambre du Théâtre Royal de la Monnaie, direction : Patrick Davin

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