La Scène, Opéra, Opéras

Fidelio sans chaleur et sans humanisme

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Cologne. Opernhaus. 27-IV-2005. Ludwig van Beethoven (1771-1827) : Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner et Friedrich Treitschke. Mise en scène : Christian Stückl, décors et costumes : Marlene Poley, lumières : Dirk Sarach-Craig. Avec : Ruth-Maria Nicolay, Leonore ; Stefan Vinke, Florestan ; Johannes von Duisburg, Don Pizarro ; Dieter Schweikart, Rocco ; Samuel Youn, Don Fernando ; Insun Min, Marzelline ; Hauke Möller, Jaquino. Chœur de l’opéra de Cologne (chef de chœur : Albert Limbach), Gürzenich-Orchester Köln, direction : Markus Stenz.

Dès que le rideau se lève, au milieu de l’ouverture, ce Fidelio nous plonge dans un univers de sang et de violence. Pendant que, devant à gauche, quelques prisonniers reçoivent à manger, à l’autre bout de la scène un corps est disséqué. Quelques moments plus tard, les hommes de Pizarro tuent froidement l’un des prisonniers. Un deuxième sera exécuté sur les ordres de Pizarro lui-même au moment de son grand air. Dans ce contexte, la première partie de l’opéra n’a plus rien d’un Singspiel. Marzelline est plus proche d’une Pamina que d’une Blonde, Jaquino est un neurotique agressif et même la bonhomie de l’air de Rocco n’est plus qu’une façade : dès qu’il doit parler à des prisonniers, le geôlier a du mal à se contrôler.

Mais ce qui, au début, semble être une approche tout à fait plausible s’avère bientôt une voie sans issue, principalement parce que le jeune metteur en scène bavarois , néophyte en ce qui concerne l’opéra, prend bien des libertés avec le texte. C’est qu’il refuse de raconter la véritable histoire de Fidelio, c’est à dire le triomphe de la liberté et de l’amour. L’atmosphère glaciale du cachot de Florestan (décors très réussis de ) règne pendant tout le spectacle. Bizarrement, Leonore, le caractère le plus fascinant, le plus fort de l’œuvre, devient ici un personnage pâle et faible. Dans le deuxième acte, elle se fait arracher le pistolet par Pizarro qui prend la fuite et enferme les deux amants. La dernière scène n’est qu’un grand coup médiatique, mis en scène par Pizarro et Don Fernando : après s’être présenté devant des journalistes en tant qu’homme de la paix et libérateur de son «ami Florestan», le ministre repart, main dans la main, avec Pizarro. Florestan s’effondre…

Malheureusement, même l’interprétation musicale nous prive de l’utopie beethovénienne. Si les tempi rapides de et l’énergie qu’il transmet aux formidables musiciens du Gürzenich-Orchester créent un climat exceptionnel de tension, on attend en vain les moments de magie dont cette partition est si riche, l’humanisme profond du quatuor, du chœur des prisonniers ou de l’air de Leonore. Ruth-Maria Nicolay affronte celui-ci sans sourciller, avec des graves bien timbrés et des aigus un peu métalliques, mais très faciles, et pourtant, son timbre monochrome ne possède nullement la chaleur pour exprimer la force visionnaire du personnage. Le rôle de Florestan est chanté par qui remplace souffrant. Le ténor allemand déploie un timbre plutôt agréable, au médium large et à l’aigu assez étroit, mais sûr. Si son Florestan parvient à nous convaincre grâce à son expressivité scénique et vocale, on a du mal à s’imaginer son Siegfried prévu pour la saison prochaine. Johannes von Duisburg campe un Pizarro brutal et cynique. La voix est impressionnante, mais brute, et l’interprétation, somme toute assez sommaire.

Les autres rôles ont été confiés à des membres de la troupe de Cologne qui confirment une nouvelles fois la qualité de cet ensemble : , à la voix ronde et chaude, mais pas très grande, est un Rocco tout à fait efficace ; confère aux phrases courtes, mais importantes, de Don Fernando plus d’autorité et d’humanité que ne permet le metteur en scène, et , ténor au timbre très clair, donne un relief inhabituel au personnage de Jaquino. Reste la Marzelline rien moins que parfaite d’ : timbre envoûtant, aigu particulièrement lumineux et diction de grande classe.

NB : Les photos, prises à l’occasion de la première de cette mise en scène en juin 2004, montrent dans le rôle de Florestan et dans celui de Marzelline.

Crédit photographique : © Klaus Lefebvre

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Cologne. Opernhaus. 27-IV-2005. Ludwig van Beethoven (1771-1827) : Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner et Friedrich Treitschke. Mise en scène : Christian Stückl, décors et costumes : Marlene Poley, lumières : Dirk Sarach-Craig. Avec : Ruth-Maria Nicolay, Leonore ; Stefan Vinke, Florestan ; Johannes von Duisburg, Don Pizarro ; Dieter Schweikart, Rocco ; Samuel Youn, Don Fernando ; Insun Min, Marzelline ; Hauke Möller, Jaquino. Chœur de l’opéra de Cologne (chef de chœur : Albert Limbach), Gürzenich-Orchester Köln, direction : Markus Stenz.

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