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Una furtiva lagrima Ecco !

La Scène, Opéra, Opéras

Zurich, Stadtoper. Le 06-05-2005. Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’elisir d’amore, opéra en 2 actes sur un livret de Felice Romani d’après Le Philtre d’Eugène Scribe. Mise en scène : Grischa Asagaroff ; décors : Tullio Pericoli, assisté de Marouan Dib ; lumières : Jürgen Hoffmann. Avec : Isabel Rey, Adina ; Fabio Sartori, Nemorino ; José Fardilha Belcore ; Carlos Chausson, Dulcamara ; Eva Liebau, Gianetta ; Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jürg Hämmerli), Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Nello Santi.

L’elisir d’Amore

L’Opéra de Zurich a eu la bonne idée de proposer une reprise de L’elisir d’amore de Donizetti dans la mise en scène sémillante de . Le prolifique compositeur natif de Bergame, s’il a légué quelque soixante-dix opéras sur vingt-cinq ans d’une activité foisonnante, n’est parvenu à inscrire qu’une poignée de ses opus parmi les ouvrages traversant les époques. Don Pasquale, Lucia di Lammermoor, Maria Stuarda et L’elisir d’amore demeurent incontestablement ceux qui reviennent prioritairement à l’esprit lorsqu’il s’agit d’évoquer l’Italien par le truchement de ses œuvres. Et le dernier ouvrage de cette brève liste brille particulièrement par son langage musical tout empreint d’une simplicité populaire, même s’il allie aux mélodies qui marquent à jamais les esprits dès la première écoute des prouesses vocales hautement non banales. L’elisir est emblématique de ce que l’opéra comique italien a livré de meilleur, avec le Barbier de Séville de Rossini. La production montée à Zurich fait vivre cet ouvrage à l’aune de ses valeurs premières, tant théâtrales que musicales. La scène de l’Opernhaus, habillée des décors coulissants de Tullio Pericoli, semble être soudain une émule italienne du Theater an der Wien de Schickanaeder. Tout est recouvert de dessins fonctionnels, naïfs et pittoresques, quasi-enfantins et dans des couleurs tendres, qui évoquent avec la fraîcheur qu’appelle l’opéra présenté la Toscane, ses collines, ses forêts et ses villages. Les personnages sont désopilants sans excès et surtout caractérisés sans verser dans la psychologie alambiquée. Du point de vue des costumes, idem, avec quelques emprunts à la comedia dell’arte. Le théâtre qui se joue pour l’occasion à Zurich est d’une essence pleinement populaire et semble tout droit sorti de l’époque de la composition, comme par enchantement. Le philtre de Dulcamara agirait-il sur le public au point que l’adhésion soit si totale ? Il n’est pas rare en effet d’entendre des rires aux quatre coins de la salle. La pièce se vit au sein de l’audience avec cet enthousiasme qui autorise quelques interruptions de l’action pour que des bravos fusent, notamment au terme du très attendu et très réussi « Una furtiva lagrima ». entonné par Nemorino.

La distribution de cet Elisir d’amore est au surplus de haut vol. campe un Nemorino naïf, confondant de bonté et de spontanéité, rond et bonhomme à souhait. Son chant, vigoureux et d’une fort belle présence séduit par l’émouvante façon avec laquelle il caresse cette musique. Il la déploie avec une largesse et une générosité qui la rendent peut-être plus touchante que s’il avait adopté un style plus manifestement démonstratif. Le timbre n’est jamais dur, l’émission d’une belle plasticité. Isabel Rey investit pour sa part le rôle exigeant d’Adina, l’impétueuse jeune fille dont l’humble paysan s’est entiché. Le rôle semble taillé sur mesure pour sa voix aussi cristalline que parfaitement émise, ne laissant aucune bribe de vocalise au hasard, soutenant chaque méandre et chaque envolée périlleuse de l’écriture donizettienne avec un aplomb confondant. Actrice séduisante, elle manipule savamment son entourage. Le sergent Belcore (José Fardilha, remplaçant Peter Kálman, malade) est volontairement caricaturé. Il a les manières de son rang et de sa fonction que la direction d’acteurs ridiculise avec une verve comique bienvenue. Il s’en dégage plus de bouffonnerie encore que du Docteur Dulcamara (). Tous deux sont impeccables vocalement et complètent avantageusement le plateau. Le chœur s’amuse et se rengorge de cette farce italienne pur jus, tout en faisant montre d’une maestria sans faille. A ce titre, le « saria possibile » des villageoises (Scene II, acte II) mérite d’être mis en exergue.

Quant à Nello Santi, fort de 55 ans de carrière menée pour l’essentiel dans le répertoire italien, il brille par sa science de l’interprétation et le naturel magnifique avec lequel il semble empoigner cette partition à bras le corps pour en dégager toute la saveur qu’on lui reconnaît à juste titre depuis près de deux siècles maintenant. Une interprétation tout simplement idéale !

Crédit photographique : © Suzanne Schwiertz

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