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Récital Vesselina Kasarova : haute voltige

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Bruxelles. Théâtre royal de la Monnaie. 18 -V-2005. Georg Friedrich Haendel (1685- 1759) : Ariodante, ballet du premier acte, « E vivo ancora? – Scherza infida in grembo al drudo » ; Solomon, sinfonia du troisième acte ; Alcina : « Mi lusinga il dolce affetto », « Sta nell’Ircana pietrosa tana ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Clemenza di Tito, « Parto, ma tu ben moi », ouverture, « Deh per questo istante solo ». Gioachino Rossini (1792-1868) : Tancredi, « O patria! – Tu che accendi questo core – Di tanti palpiti ». Christoph Willibald Gluck (1714- 1787) : Orphée et Eurydice (Version Berlioz, 1859), ballet du second acte, « Qu’entends-je – Amour, viens rendre à mon âme ». Vesselina Kasarova, mezzo-soprano ; Orchestre symphonique de la Monnaie, direction : David Syrus.

Véritable star sur la scène du Staatsoper de Munich, ville qui a jalonné sa carrière tant par ses prises de rôles que ses enregistrements, la mezzo bulgare est particulièrement rare sur les scènes francophones. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir de nombreux admirateurs. C’est dire que le public attendait avec impatience ce récital avec orchestre d’autant plus qu’il était organisé dans le cadre du gala des Amis de la Monnaie qui regroupe les plus fidèles mélomanes du théâtre bruxellois.

La première partie était intégralement consacrée à Haendel. Dès les premières notes du ballet du premier acte d’Ariodante on est pris d’un malaise. L’oreille est accrochée par l’interprétation du chef anglais . Tout apparaît lourd, poussiéreux et pompeux. Un Haendel à la Thomas Beecham, complètement suranné à l’heure où les orchestres traditionnels intègrent les acquis de révolution baroque (on pense à l’orchestre du Vlaamse Opera qui fait des merveilles dans Rinaldo sous la conduite d’, lire à ce propos la chronique de notre collaborateur Richard Letawe). Dès lors les airs vont subir cet accompagnement mais aussi le style vocal de la chanteuse. Des caractéristiques solides très « Europe centrale » mais un chant en total désaccord avec les canons musicologiques actuels. L’air d’Ariodante et « Mi lusinga il dolce affetto » d’Alcina vont souffrir d’une absence d’émotion alors de le célèbre et très virtuose « Sta, nell’Ircana pietrosa tana » termine sur une touche plus positive mais sans convaincre. Les moyens sont immenses mais ils apparaissent sans contrôle. Le passage du médium au grave est brutal et l’aigu trop forcé.

La seconde partie s’ouvre avec deux extraits de la Clemenza di Tito. Dans le grandiose « Parto, ma tu ben mio », la chanteuse semble soudain en pleine maîtrise de son talent : timbre chaud et éclatant et technique hors pair. Mais le chef s’amuse à jouer un exaspérant yoyo rythmique, ralentissant à l’extrême le solo de clarinette ce qui dénature cette aria. retrouve la raison musicale dans « Deh per questo istante solo », où, à défaut d’éclairs de génie, il sert la chanteuse qui poursuit sa montée en puissance artistique. L’extrait de Tancredi nous montre Kasarova dans son répertoire de prédilection. Elle se joue, avec une aisance confondante, des difficultés de la pièce et elle fait chavirer la Monnaie. Dès lors, le dernier air, extrait d’Orphée et Eurydice, est accueilli par une véritable ovation du public. Outre d’énormes progrès en matière de prononciation française (domaine qui fut pendant longtemps le point faible de cette artiste), l’incarnation « Qu’entends-je? Amour, viens rendre à mon âme » est idéale : musicalité, style, noblesse. On ne sait qu’admirer, chez Kasarova. Devant l’enthousiasme débridé du public la chanteuse nous offre deux bis « Verdi prati » d’Alcina et « Perche turbar la calma di questo cor » de Tancredi. Visiblement très émue par la standing ovation et les acclamations, l’artiste est obligée de rechanter une partie du second bis. Malgré un début critiquable, un très grand récital.

Crédit photographique : © Wilfried Hösl

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Bruxelles. Théâtre royal de la Monnaie. 18 -V-2005. Georg Friedrich Haendel (1685- 1759) : Ariodante, ballet du premier acte, « E vivo ancora? – Scherza infida in grembo al drudo » ; Solomon, sinfonia du troisième acte ; Alcina : « Mi lusinga il dolce affetto », « Sta nell’Ircana pietrosa tana ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Clemenza di Tito, « Parto, ma tu ben moi », ouverture, « Deh per questo istante solo ». Gioachino Rossini (1792-1868) : Tancredi, « O patria! – Tu che accendi questo core – Di tanti palpiti ». Christoph Willibald Gluck (1714- 1787) : Orphée et Eurydice (Version Berlioz, 1859), ballet du second acte, « Qu’entends-je – Amour, viens rendre à mon âme ». Vesselina Kasarova, mezzo-soprano ; Orchestre symphonique de la Monnaie, direction : David Syrus.

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